La présentation de l’avant-projet de loi sur la santé, hier, à l’Assemblée populaire nationale (APN) a été marquée par un débat houleux. Dans une ambiance électrique, les députés de l’opposition, inscrits en nombre pour intervenir lors des débats, ont, en effet, copieusement critiqué le texte de loi.

Pire, les parlementaires du Parti des travailleurs (PT) ont même organisé une contestation à même l’Hémicycle pour exprimer leur désaveu à la copie du gouvernement. Scandant des slogans, «non à la privatisation de la santé», «non à une santé pour les riches et à une autre pour les pauvres », ou encore, «non à la suppression de la gratuité des soins», les députés du parti de Louisa Hanoun ont même été rejoints par leurs pairs d’autres formations. «Nous disons non à ce texte de loi qui crée une santé de deux poids, deux mesures », lance Youcef Taâzibt, député PT d’Alger. Selon lui, l’avant-projet de loi sur la santé ne va pas améliorer la santé des citoyens, car « il remet en cause l’un des acquis de l’Indépendance, à savoir la gratuité des soins ». Avant de faire observer que « ce sont les privés qui vont bénéficier de cette nouvelle loi ». « Le gouvernement veut privatiser la santé en mettant les moyens du secteur public à la disposition du secteur privé », soutient-il, appelant au retrait pur et simple du texte de loi en question. Les députés du Mouvement de la société pour la paix (MSP) n’en pensent pas moins. C’est ainsi que les parlementaires de la formation de Makri estiment « inappropriée » cette loi sur la santé, appelant à son report. « Ce n’est pas le moment d’un débat autour de la nouvelle loi sur la santé », ont-ils indiqué. A leurs yeux, « il faut d’abord mûrir cette question chez les syndicats de la santé. Qu’ils s’expriment et débattent de la question avec les professionnels de la santé avant de la soumettre en plénière », ont-ils lancé. Les députés du Front pour la justice et le développement (FJD), par la voix de Lakhdar Benkhelaf, député du FJD de Constantine, pointent « l’incapacité des démunis de se soigner en cas de privatisation de la santé ». Son argument est que « le prix de la consultation, celui des analyses biologiques ainsi que des radiologies sont inaccessibles, non seulement pour les patients pauvres mais aussi pour les familles nombreuses ». A son avis, « cette santé à deux vitesses va être à l’origine de l’émergence de maladies éradiquées, à l’instar des maladies infectieuses ». Hassan Aribi, député de Souk Ahras de la même formation, abonde dans le même sens, estimant que le « législateur n’a pas suffisamment pensé à la santé des citoyens ». Le groupe parlementaire du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) est également intervenu en nombre pour exprimer son opposition par rapport à la loi en question. Si Maître Nora Ouali, députée de Béjaïa, dit ne pas comprendre « où sont les aspects positifs» de cette loi mis en avant par le ministre de la Santé, Amar Saoudi, député RCD d’Alger, qualifie le texte d’«inopportun et porteur d’instabilité pour le pays ». Son argument est qu’il a comme arrière-pensée politique de «privatiser la santé ».

Les députés et l’obligation du service civil
L’autre question épineuse sur laquelle les parlementaires de l’opposition se sont exprimés concerne la problématique du service civil. A ce propos, ces derniers ont appelé à l’unisson à l’impératif d’une amélioration des conditions de travail des médecins. C’est ainsi qu’aux yeux de Benkhelaf, « les médecins algériens ne demandent pas l’impossible». « Ils souhaitent exercer leurs métiers dans des conditions adéquates », soutient-il. Avant d’appeler le gouvernement à « apporter les moyens matériels et à créer les conditions d’un exercice optimum de la médecine dans les régions les plus reculées du pays ». De son côté, Lakhdar Brahim, du Mouvement de la société pour la paix (MSP), abonde dans la même sens en exhortant le gouvernement à améliorer la « situation sociale et professionnelle des médecins pour le bienfait des malades de l’intérieur du pays ». Ramdane Taâzibt (PT), quant à lui, évoque les mauvaises conditions d’exercice de la médecine dans les wilayas les plus reculées du pays. Mettant en avant l’absence des réactifs pour les examens biologiques ou encore les pannes répétées des appareils radiologiques, à l’instar des scanners. Il appelle le gouvernement à « respecter la santé du citoyen ». Les députés de la majorité, Front de libération nationale (FLN) et du Rassemblement national démocratique (RND) se sont, pour leur part, inscrits en nombre pour influer sur les débats. Au cours de leurs interventions, ils ont abondé dans le sens de la présentation du ministre de la Santé et ont vigoureusement vanté les mérites du texte de loi. Ils n’ont pas manqué à cette occasion d’appeler avec insistance au maintien du service civil.

Hasbellaoui imperturbable face aux critiques
En dépit de l’ambiance électrique et des critiques acerbes contre le texte de loi, le ministre de la Santé est resté imperturbable. Il a, en effet, défendu bec et ongles le texte de loi en insistant sur ses mesures phare. Il en est ainsi du maintien du caractère obligatoire du service civil. « Le service civil sera maintenu, je vous le dit tout de suite », a-t-il lancé aux députés dans un Hémicycle archicomble. Avant de préciser : « L’État mettra en œuvre toutes les conditions nécessaires afin qu’il se déroule dans de meilleures conditions. »
L’autre point sur lequel le ministre de la Santé s’est voulu insistant concerne le caractère de gratuité de la santé : « La gratuité des soins est un acquis important pour le citoyen, consacrée clairement dans cette loi », a-t-il répété, arguant que la réforme du système de santé est à même de garantir « les droits du patient sur tous les plans avec une répartition équitable des ressources humaines et financières, en fonction des besoins sanitaires réels du citoyen ».
Hasbellaoui a appelé à un effort important pour une augmentation de l’espérance de vie des patients. Selon lui, « il faut que l’effort soit poursuivi et élargi dans le cadre d’une nouvelle stratégie de protection, de prévention et de promotion de la santé, destinée, d’une part, aux catégories vulnérables à l’instar des mères, des enfants, des adolescents et des personnes âgées, ainsi qu’ aux personnes en situation difficile ».
Aussi sur le plan épidémiologique, le membre du gouvernement a expliqué que le « diagnostic nécessite des structures appropriées, des équipements sophistiqués et des pratiques hautement spécialisées ».
De son avis, « ces maladies exigent d’investir davantage dans la prévention, la protection et la promotion de la santé, dans un cadre intersectoriel plus large pour combattre les facteurs de risque ». Aussi et s’agissant des maladies chroniques, il a soutenu que leur prise en charge « implique la réorganisation du système national de santé en vue d’améliorer sa gestion, d’élargir les activités des établissements de santé au niveau des structures sanitaires de base ».