Le texte budgétaire complémentaire de l’actuel exercice, présenté, dimanche, en Conseil des ministres, devrait être enrichi avant un deuxième examen.

Par Hakim Ould Mohamed
Il ne s’agira pas uniquement d’ajuster les comptes de l’Etat et/ou de remettre en cause certains textes législatifs précédemment entérinés, tel que le barème fiscal appliqué à certaines professions libérales et qui a provoqué le courroux des avocats, entre autres, mais d’une nouvelle vision «réaliste et rationnelle», alors que le pouvoir d’achat des Algériens est sérieusement érodé ces dernières années. Même si le communiqué du Conseil des ministres n’a pas levé le voile sur le contenu de la loi de finances complémentaire, son renvoi pour enrichissement en tenant compte des paramètres du pouvoir d’achat et des équilibres financiers du pays témoigne de sa nature, probablement classique, alors que les contextes mondial et national plaident pour un paramétrage minutieux du budget. Il s’agit d’un budget rectificatif, puisque le gros de la politique budgétaire de l’actuel exercice est contenu dans la loi de finances 2022. Ce deuxième projet de loi de finances complémentaire devrait prendre deux paramètres et non des moindres. Il s’agit, primo de reparamétrer les équilibres macroéconomiques de l’Etat en fonction des éléments de la conjoncture interne et externes, marquée par la hausse des cours du brut, mais aussi des engagements de l’Etat en devises aux fins de couvrir les besoins en équipements nécessaires pour faire repartir la croissance, mais aussi des besoins en produits alimentaires et intrants. La hausse des recettes pourrait être contrebalancée par l’augmentation, en valeur, des engagements de l’Etat en devises. Secundo, il sera question de prendre en compte l’érosion du pouvoir d’achat des ménages dans un contexte inflationniste et d’augmentation des cours des produits alimentaires de base. La présentation de l’avant-projet de la loi de finances complémentaire 2022 a donné ainsi lieu à deux orientations : «Revoir la teneur de la loi, suivant une vision réaliste et rationnelle, qui préserve l’équilibre macro-financier de l’Etat et tient compte de l’importance de pallier le manque de ressources sur la base des effets de la loi de finances 2022. Une vision prévoyant un allègement des charges inhérentes aux mesures prises par le Gouvernement». La loi de finances complémentaire 2022, indique le Président de la République, «ne doit pas renfermer de nouveaux impôts, ni toucher sous aucune forme, la structure des prix appliqués actuellement, l’objectif étant de préserver le pouvoir d’achat et les acquis sociaux décidés par l’Etat en faveur des citoyens», peut-on lire dans le communiqué de la Présidence de la République, sanctionnant les taux du Conseil des ministres. «Les citoyens à faible et moyen revenus ne doivent pas être la catégorie la plus soumise aux impôts», soutient le chef de l’Etat dans ses orientations. Ainsi, selon les orientations du Président Tebboune, le gouvernement doit quêter de nouvelles ressources fiscales ou du moins améliorer la collecte de l’impôt, tant il est vrai que les deux années de choc pandémique, se sont traduite par une forte baisse de la croissance et donc des revenus de la fiscalité ordinaire. Fort heureusement que malgré cette tendance à la baisse des revenus de la fiscalité ordinaire, lequel mouvement s’est poursuivi en 2022, a été compensé par la hausse des recettes de la fiscalité pétrolière en raison de la hausse des prix du pétrole sur le marché mondial, mais aussi par la dépréciation du dinar qui, mécaniquement, fait augmenter artificiellement les revenus de la fiscalité pétrolière libellé en dinar. L’avant-projet de loi de finances 2022 doit comprendre également de nouvelles mesures en faveur du renforcement du pouvoir d’achat des ménages, en complément aux mesures déjà prises par le gouvernement, dans une conjoncture d’une forte pression inflationniste et de faible évolution des rémunérations. Ces nouvelles mesures devraient concerner, à en croire le chef de l’Etat, les petites et moyennes bourses qui ont soutenu jusqu’ici l’essentiel des sacrifices nécessités par le contrechoc pétrolier de 2014. Il s’agit aussi d’introduire un bouclier tarifaire gelant les prix et les régimes d’imposition. Il s’agit, en somme, de deux paramètres sur lesquels devrait être bâtie la prochaine loi de finances complémentaire, à savoir l’engagement d’une opération d’assainissement financier qui prendrait en compte l’impératif de quêter de nouvelles ressources fiscales ainsi que celui d’équilibrer les paramètres macro-financiers, mais aussi la nécessité de renforcer le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises en éliminant la variable d’une révision des barèmes fiscaux s’adressant à l’ensemble des contribuables. <