L’avant-projet de loi de finances pour 2019, débattu récemment en réunion du gouvernement en prévision de son examen en conseil des ministres, maintient les grands équilibres budgétaires ainsi que la politique d’expansion budgétaire adoptée dès 2018 par le gouvernement.

L’avant-projet de loi de finances pour 2019, débattu récemment en réunion du gouvernement en prévision de son examen en conseil des ministres, maintient les grands équilibres budgétaires ainsi que la politique d’expansion budgétaire adoptée dès 2018 par le gouvernement. Au chapitre des dépenses, le gouvernement a maintenu pratiquement inchangées la valeur des crédits tant pour les dépenses de fonctionnement que pour les dépenses d’équipement, exception faite du budget dédié à l’investissement qui connaîtrait une baisse au titre du prochain exercice. L’article 50 de l’avant-projet de loi de finances 2019 stipule qu’un crédit de
7 928 864 986 000 dinars est ouvert aux fins de couvrir les dépenses de fonctionnement.
Un crédit de 3 461 625 942 000 est, en revanche, ouvert pour les besoins de financer les dépenses d’équipement à caractère
définitif.
Cependant, les autorisations de programme sont plafonnées à 2 549 404 286 000 dinars, couvrant le coût des réévaluations du programme en cours et le coût des programmes neufs susceptibles d’être inscrits au cours de l’année 2019. Dans les détails, la fiche du budget contenue l’avant-projet de LF 2019 lève le voile sur une hausse de 7,5% des dépenses de fonctionnement en 2019 ainsi que sur une légère progression de la valeur des transferts sociaux, s’élevant à 1 772,5 milliards de dinars, correspondant à une proportion de 8,2% du PIB, marquant une progression de 12,5 milliards (+0,7%) par rapport aux prévisions de la loi de finances pour 2018. Les dépenses d’équipement devraient, en revanche, se contracter en 2019, à raison de -6,1% pour les autorisations de programme et de -12,2% pour les crédits de paiement. Le gouvernement fait ainsi le choix d’arbitrer en faveur du maintien de la politique d’expansion budgétaire, faisant la part belle aux dépenses de fonctionnement et au soutien social au détriment de l’investissement et de la croissance. Plus inquiétant encore est la forte contraction des réserves de change du pays prévue sur la période 2019-2021 sous l’effet des déficits extérieurs que le gouvernement peine à endiguer.
Dans la partie réservée au cadrage macroéconomique des trois prochains exercices, le gouvernement prévoit pour 2019 un déficit de 10,4 milliards de dollars de la balance commerciale. La balance des paiements devrait enregistrer, elle, un déficit de -17,2 milliards de dollars en 2019, tandis que les prévisions pour 2020 et 2021 s’établissent sur des déficits respectivement de -14,2 et de -14 milliards de dollars.

Fonte des réserves de changes
Ces déficits, bien qu’ils se contractent sur la période de référence, se traduiront par une forte accélération de la fonte des stocks en devises placés par l’Algérie dans les banques souveraines occidentales. Ce matelas se rétrécirait pour atteindre 62 milliards de dollars l’année prochaine, 47,8 milliards de dollars en 2020 et 33,8 milliards de dollars en 2021. Au plan du commerce extérieur, l’avant-projet de loi de finances 2019 fait part d’une faible moisson en économies sur la période 2019-2021 (2,2 milliards de dollars seulement) et d’une maigre évolution des recettes tirées de la vente des hydrocarbures (2 milliards de dollars). C’est-à-dire que les niveaux de recettes restent pratiquement proches des niveaux actuels, tandis que la facture d’importation continuerait à se maintenir au-dessus de 40 milliards de dollars à moyen terme. Le cadrage macroéconomique du prochain exercice table, par ailleurs, sur une faible croissance limitée à 2,6%, due probablement à la contraction des budgets injectés dans l’équipement, et un taux d’inflation de 4,5%, bien au-dessous des prévisions de la loi budgétaire de l’actuel exercice (5,5%). L’avant-projet de loi de finances 2019 lève le voile sur une opération de renflouement de certains fonds spéciaux du Trésor, dont celui dédié au développement du grand sud et qui devrait prendre en charge la réduction de 60% des factures d’électricité décidée au bénéfice des populations du sud. Dans son chapitre fiscal, l’avant-projet de LF 2019 s’intéresse à certaines niches parmi les entreprises, dont celles entretenant des rapports commerciaux avec des sociétés de consulting, d’assistance technique, financière et comptable établies à l’étranger. Des dispositifs anti-abus et de lutte contre le transfert de devises à l’étranger ont été introduits dans l’avant-projet de LF 2019 sous forme de taxes. D’autres impositions concernent les entreprises recourant à la sous-traitance dans les différents domaines d’activité, dont les travaux publics, afin de limiter la fraude et l’évasion fiscales.
Le gouvernement dit se rendre compte que la sous-traitance avantage les fraudeurs, c’est pourquoi des pare-chocs fiscaux ont été introduits pour la première fois dans une loi budgétaire. Les ventes sur Internet sont également taxées ainsi que les budgets publicitaires des entreprises, tandis que les ménages sont ménagés cette fois-ci après trois exercices de forte pression fiscale.