Lundi dernier, l’Autriche a connu sa première tuerie de masse depuis des décennies. Cette attaque, la première que les Autrichiens ont eu à vivre en temps réel et revendiquée par l’organisation Etat islamique, a été menée lundi soir, dans le centre animé de Vienne par un jeune Autrichien radicalisé.
Hier, mercredi, l’ensemble du pays se posait la question comment ce «soldat du califat», a-t-il pu échapper au suivi des autorités judiciaires, dont il était connu? L’assaillant, tué par la police, Kujtim Fejzulai, 20 ans, avait été condamné en avril 2019 à 22 mois de prison pour avoir tenté de rejoindre la Syrie mais avait été libéré de manière anticipée.
Ce n’était «certainement pas une bonne décision», a réagi le chancelier conservateur Sebastian Kurz. «S’il n’avait pas été relâché, alors l’attaque n’aurait pas eu lieu», a-t-il assuré, même si l’auteur aurait de toute façon été libéré en juillet. Il n’a pas répondu en revanche aux critiques qui ont pu émerger sur le rôle des services anti-terroristes autrichiens (BVT).
Ceux-là avaient été informés par la Slovaquie d’un projet d’achat de munitions par l’auteur de l’attaque. «Au cours des dernières heures, des informations sont apparues, montrant que quelque temps avant l’attaque terroriste, les services secrets slovaques avaient informé le BVT au sujet de l’assaillant. Ils avaient indiqué qu’il voulait se procurer des munitions», a déclaré le ministre de l’intérieur Karl Nehammer lors d’une conférence de presse.
Le chancelier a cependant appelé l’Union européenne à mieux lutter contre l’«islam politique», une «idéologie» qui représente un «danger» pour le «modèle de vie européen». Dans cette optique, M. Kurz a dit réfléchir à des «initiatives communes» avec le président français Emmanuel Macron, dont le pays a lui-même été touché par deux attaques sanglantes ces dernières semaines.
Ce dernier drame «dit la volonté de nos ennemis de s’attaquer à ce qu’est l’Europe, cette terre de liberté, de culture, de valeurs», a déclaré M. Macron en se rendant mardi à l’ambassade d’Autriche à Paris. Dans une déclaration à la télévision, mardi soir, le directeur de la sécurité publique a affirmé «qu’il n’y avait qu’un seul assaillant qui a été neutralisé par nos hommes». Selon Franz Ruf, les policiers restaient toutefois en alerte. Les enquêteurs, qui avaient saisi la veille «une grande quantité de matériel» au cours de perquisitions, interrogeaient toujours 14 personnes. D’après ce responsable, «il est possible qu’elles aient apporté un soutien» à l’auteur de l’attaque.
Souvenirs lointains mais traumatisants
Né à Moedling, au sud de Vienne, Kujtim Fejzulai, nom à consonances albanaises, a des racines en Macédoine du Nord. Dans un discours télévisé adressé à ses compatriotes au lendemain de la tragédie, le chancelier Sebastian Kurz a dit partager la vision de beaucoup de ses compatriotes d’une «île des bienheureux, où nous ne connaissons que la violence et la terreur qui se passent ailleurs». Il faut remonter à 1995 pour retrouver trace d’un attentat aussi meurtrier que celui de lundi soir: une attaque raciste contre la minorité Rom avait alors fait 4 morts.
Dans les années 1980, l’Autriche avait par ailleurs connu une série d’attentats par des militants palestiniens, notamment contre un bureau de la compagnie aérienne israélienne El-Al à l’aéroport de Vienne. En décembre 1975, il y avait eu la prise en otage des ministres du pétrole des pays de l’Opep, à Vienne, par Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos. Mais au cours des dernières années, l’Autriche a été plutôt épargnée par les attaques à caractère islamiste. Les crimes violents, règlements de comptes ou les agressions par armes à feu y sont extrêmement rares.
Selon le ministère de l’Intérieur, entre 2011 et 2018, quelque 300 candidats au jihad ont quitté ou tenté de quitter le territoire pour aller combattre en Syrie et en Irak, dont 50 ont été interpellés en route, 40 ont trouvé la mort sur place et 90 sont rentrés en Autriche. n