Par Feriel Nourine
C’est le ministre des Travaux publics qui le dit, l’autoroute Est-Ouest est devenue un danger pour les usagers. Plusieurs tronçons de cette voie traversant l’Algérie de l’extrême Est à l’extrême Ouest ont subi l’usure sous l’impact d’une circulation quotidienne qui dépasse les normes requises en matière de densité et de surcharge des moyens de transport, notamment les poids-lourds, a alerté Kamel Nasri, jeudi, lors d’une plénière au Conseil de la Nation, consacrée aux questions orales. Le ministre a indiqué que des tronçons de cette autoroute avaient déjà connu quelques réparations par le passé, notamment dans son axe Est, mais que ces deux contraintes ont fini par entraîner son usure à nouveau. En effet, outre la surcharge des poids-lourds qui l’empruntent, l’autoroute Est-Ouest enregistre le passage de plus de 200 000 véhicules par jour, alors qu’elle a été conçue pour en accueillir 100 000, selon l’intervenant qui cite des études réalisées sur ce sujet.

Le premier responsable du secteur aurait peut-être dû rappeler que cet ouvrage, classé parmi les réalisations du siècle dans le pays, est avant tout victime des pratiques de corruption qui y ont sévi pendant deux décennies. Outre l’immense retard dans sa livraison, son coût qui a dépassé exagérément les estimations initiales pour être gonflé de plusieurs milliards de dollars supplémentaires, cette autoroute de 1 300 km n’a pas tardé, dès les premiers tronçons livrés, à donner un aperçu sur le bricolage dont avait usé les responsables chargés du projet, entre hauts responsables au sein de l’Etat et entreprises retenues pour son exécution.
Mais, aujourd’hui, le mal est fait, et même si les principaux mis en cause dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest sont en train de rendre des comptes à la justice, les autorités chargées aujourd’hui de gérer cette voie ouvrant sur le développement socio-économique du pays se retrouvent devant l’urgence de faire barrage au danger qui guette ses usagers. Une urgence qui commence par la route reliant Lakhdaria à Bouira, «située dans une zone géotechnique très compliquée», selon le ministre. Sur le même dossier, le chef de projet de wilaya de l’Algérienne des autoroutes (ADA), Slimane Amhir, a fait savoir à l’APS que «des travaux sont déjà engagés pour la réparation de la chaussée dégradée le long de deux sections autoroutières, pour un délai pouvant aller jusqu’à une dizaine de mois». La première section porte sur la voie reliant El Adjiba à Bouira, sur 26 kilomètres, dont «plusieurs points sont impraticables en raison des sérieuses dégradations subies durant ces douze dernières années», a expliqué M. Amhir, précisant que «les travaux de réhabilitation de cette section sont scindés en deux opérations, dont la première concerne un linéaire de 13 kilomètres, confiée à la Société algérienne des travaux routiers (Altro), tandis que la seconde portant sur la réhabilitation des 13 kilomètres restants est prise en charge par l’Entreprise publique des travaux routiers du centre (EPTRC». Quant à la deuxième section, elle concerne le tronçon autoroutier qui relie Bouira à Aïn Turk sur une distance de 10 kilomètres. Les travaux confiés à l’entreprise publique EPTRC, a fait savoir le même responsable, soulignant que les travaux de cette section sont également entamés. Pour sa part, le ministre du secteur a évoqué, au Conseil de la nation, la reprise du projet de la pénétrante de l’autoroute Djen Djen, après plusieurs années d’arrêt. Lequel a été confié à trois entrepreneurs dont la société italienne qui a entamé effectivement les travaux. M. Nasri a indiqué que ce projet figure parmi «les priorités» du programme d’action du gouvernement au regard de son importance majeure en termes économiques d’autant qu’il s’étend de la wilaya d’El Tarf à la frontière algéro-tunisienne, sur 84 kilomètres. Sa réalisation a été confiée à la société chinoise CITIC, mais a connu un retard suite à la résiliation du contrat avec le Groupe japonais Cojaal. En mai dernier, Kamal Nasri avait annoncé l’achèvement des travaux de ce tronçon dans l’année. Celle-ci est en train de s’achever, mais pas le tronçon.