Le soutien financier international aux territoires palestiniens en est forte baisse, alerte la Banque mondiale à la veille d’une conférence des donateurs à Bruxelles où se trouve le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammed Shtayyeh. A Ramallah, l’Autorité lance un appel pour faire cesser les «crimes» et les «exécutions sommaires» commis par l’occupation israélienne.

Synthèse de Kahina Terki
Lundi, 9 mai, la Banque mondiale a appelé la communauté internationale à accroître son aide à l’Autorité palestinienne. Dans un rapport publié à quelques heures de l’ouverture à Bruxelles d’une conférence des donateurs internationaux aux Palestiniens, l’institution décrit une autorité confrontée à une crise budgétaire et des contributions financières étrangères ayant atteint un «creux historique». Dans ce document, diffusé une année après la dernière guerre et l’incursion militaire israélienne d’envergure à Gaza, la Banque mondiale trace également un portrait contrasté de l’économie palestinienne, faisant notamment état d’un phénomène de «nouveaux pauvres» dans les régions rurales de la Cisjordanie occupée
Après une année de contraction liée à la pandémie, l’économie palestinienne a, selon le document de la Banque mondiale, repris en 2021, avec une hausse du nombre de permis de travail en Israël et dans les colonies pour les Palestiniens de Cisjordanie, ce qui a contribué à une croissance de 7,8% du PIB dans ce territoire occupée. Dans la bande de Gaza, la croissance a été «ralentie» par la guerre, en mai 2021, atteignant néanmoins 3,4%. Cette reprise économique a permis d’accroître les revenus fiscaux de l’Autorité palestinienne, qui a limité d’un autre côté ses dépenses, souligne l’institution. Or, malgré ces mesures, «les finances palestiniennes demeurent très précaires», indique le rapport de la Banque mondiale, appelant les pays donateurs à «accorder un soutien budgétaire à l’Autorité palestinienne». Toujours selon le rapport, «en 2021, le déficit s’est chiffré à 1,26milliard de dollars (1,20 milliard d’euros), alors que l’aide internationale a atteint un creux historique de 317 millions de dollars (300 millions d’euros)»dû à l’absence de contributions de certains pays du Golfe et de «délais» dans les versements de l’Union européenne. Résultat, le déficit réel a atteint 940 millions de dollars (892 millions d’euros), poussant l’Autorité palestinienne à réduire les versements des salaires de ses employés.
Alors que le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, mène depuis lundi à Bruxelles des entretiens avec des responsables européens dans l’espoir de les convaincre «d’une avancée de la position européenne sur son soutien» aux Palestiniens, selon le porte-parole gouvernement palestinien, Ibrahim Melhem, l’Autorité palestinienne a appelé, hier, à une intervention d’urgence de la communauté internationale pour mettre fin aux exécutions sommaires perpétrées par Israël, dont la dernière en date a visé, dimanche 8 mai, deux jeunes Palestiniens dans le sud et le nord de la Cisjordanie occupée.
Dimanche, le Premier ministre palestinien, M. Shtayyeh a, selon le porte-parole du gouvernement palestinien, déclaré que «les crimes horribles commis par les soldats de l’occupation israélienne contre le peuple nécessitent une intervention d’urgence de la communauté internationale, pour mettre fin au terrorisme organisé de l’occupation et fournir une protection internationale à notre peuple». Il a souligné que «les soldats de l’occupation sont mus par la doctrine de la brutalité et procèdent à des exécutions sommaires contre nos enfants».

«Terrorisme organisé de l’occupation»
Le ministère palestinien des Affaires étrangères a également condamné, dans un communiqué repris par les agences de presse, «les exécutions sommaires successives commises contre des citoyens palestiniens par les forces d’occupation israéliennes et les colons armés».
Le ministère a affirmé que «ces crimes sont la concrétisation sur le terrain des instructions émanant de la hiérarchie politique du pays occupant, menée par le Premier ministre israélien Naftali Bennett, qui a déclaré à plus d’une occasion que ses forces accomplissent leur tâche sans avoir à subir de contrôles ni de restrictions». Il a tenu le gouvernement présidé par Bennett, «pleinement et directement responsable des exécutions sommaires qui se poursuivent et de leurs graves conséquences sur le déroulement du conflit».
Le ministère a souligné que «les exécutions sommaires commises aujourd’hui sont une preuve supplémentaire de la politique d’escalade du conflit menée par l’occupation, dans le but d’atteindre des objectifs purement coloniaux et de marginaliser et éliminer toute solution politique au conflit».Il a exprimé son étonnement face au «silence de la communauté internationale, de l’administration américaine et de la Cour pénale internationale face à ces crimes» qui «relèvent du crime de guerre et du crime contre l’humanité». Et qui «tombent sous le coup du droit international, et qu’il faut que l’occupation réponde de ses actes».
Le ministère palestinien de la Santé a annoncé, dimanche 8 mai, dans un bref communiqué, «le martyre du jeune Mahmoud Sami Khalil Aram, abattu par l’occupation près du poste de contrôle de Jabara, dans le nord de la Cisjordanie». L’armée israélienne a déclaré, dans un communiqué, que ses forces avaient tiré sur un Palestinien en situation irrégulière (Aram), après l’avoir repéré près de la ville de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie. Dans un autre communiqué, le ministère palestinien de la Santé a également déclaré : «la mort du jeune de 17 ans, Mutassim Muhammad Talib Atallah, à l’intérieur de la colonie de Tuqu’, à l’est de Bethléem».