Le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé samedi la rupture de « toutes les relations », y compris sécuritaires, entre l’Autorité palestinienne d’une part, et Israël et les Etats-Unis d’autre part, lors d’une réunion extraordinaire
de la Ligue arabe sur le projet de paix américain. 

«Nous vous informons qu’il n’y aura aucune sorte de relation avec vous (les Israéliens, NDLR) ainsi qu’avec les Etats-Unis, y compris en matière sécuritaire, à la lumière » du plan américain, qui est une « violation des accords d’Oslo » signés avec Israël en 1993, a dit le président de l’Autorité palestinienne au Caire. M. Abbas, qui a affirmé avoir transmis le message au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a appelé l’Etat hébreu à « prendre ses responsabilités en tant que puissance occupante » des Territoires palestiniens. Les Palestiniens « ont le droit de continuer leur lutte légitime par des moyens pacifiques pour mettre fin à l’occupation », a-t-il ajouté dans une intervention au Caire à l’occasion de la réunion extraordinaire de la Ligue arabe qui s’est tenue hier à sa demande. Mahmoud Abbas a affirmé qu’il n’y aurait désormais « aucune sorte de relation » avec les Israéliens « ainsi qu’avec les Etats-Unis, y compris en matière sécuritaire ». Lors de cette réunion, Mahmoud Abbas, qui a affirmé avoir averti le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de sa décision, a appelé l’Etat hébreu à prendre ses responsabilités en tant que puissance occupante » des Territoires palestiniens. En juillet 2019, le chef de l’Autorité palestinienne avait déjà menacé de rompre la coopération sécuritaire avec Israël, mais il s’était ravisé de joindre l’action à la parole. Avant cette annonce et ses déclarations de juillet 2019, M. Abbas avait déjà indiqué suspendre la coordination sécuritaire avec Israël en juillet 2017, avant de la rétablir officiellement un an plus tard. Pendant cette année de pause, elle avait toutefois été maintenue de facto à 95%, d’après la police palestinienne. Si M. Abbas a en outre gelé les relations entre Ramallah et Washington dès décembre 2017 – après la reconnaissance unilatérale par M. Trump de Jérusalem (Al Qods) comme capitale d’Israël –, l’Autorité palestinienne a maintenu ses contacts avec la CIA. Mise en place avec les Accords d’Oslo, en 1993, la coopération sécuritaire a limité l’action de la résistance, côté palestinien, et beaucoup bénéficié, côté israélien, à déjouer plusieurs centaines d’attentats, ce qui a valu à l’autorité palestinienne de vives critiques et l’accusation de brader la cause nationale face à un interlocuteur qui ne respecte pas ses engagements.
Sous-traitance sécuritaire en faveur d’Israël
Les opposants et les détracteurs de l’autorité considèrent que la coopération sécuritaire sert fortement à Israël pour le renforcement de la colonisation et contribué à réprimer les opposants politiques au Fatah. Cette coopération a fonctionné jusqu’à la fin des années 1990, puis elle a pris fin durant la deuxième Intifada (2000-2005) avant qu’elle ne soit relancée en 2005 avec l’élection de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne. Abbas, qui considère la coopération sécuritaire comme un « pilier de la construction d’un futur Etat palestinien », la relance avec d’importants moyens : 30 à 45% du budget de l’Autorité palestinienne, et 44% des employés du service public de l’Autorité palestinienne, soit 80.000 Palestiniens, travaillent dans le domaine de la sécurité Soutenue par l’Union européenne et les Etats-Unis, cette coopération permet le démantèlement de groupes armés, la modernisation des forces de sécurité et la création d’unités spécialisées dans la lutte anti-terroriste. Le tout, avec l’aval de l’Etat hébreu. Selon des estimations des autorités israéliennes et de leur service de sécurité intérieure, le Schin Beth, les services de sécurité de l’Autorité palestinienne auraient permis de déjouer 30 à 40% des attaques prévues en Cisjordanie. Sur la période de violence accrue comprise entre octobre 2015 et janvier 2016 – qui correspond aux prémices de l’Intifada des couteaux – les mêmes services de sécurité palestiniens auraient empêché 200 attaques violentes fomentées contre des Israéliens (8) et arrêtés 100 Palestiniens soupçonnés de préparer un attentat. La coopération sécuritaire jouit d’une bonne image sur la scène internationale. Son efficacité et l’existence d’un dialogue régulier entre les forces israéliennes et palestiniennes ont fait nourrir l’espoir d’une collaboration et d’un dialogue politique plus poussés entre Israéliens et Palestiniens. Mais en vain. Pour cette raison, elle est restée très impopulaire chez les Palestiniens. L’ONG israélienne Yesh Din affirme que 85% des enquêtes concernant des attaques menées par des colons sont closes du fait du manque d’efficacité de la police palestinienne. Pour la population palestinienne, la coopération sécuritaire entretient un lien de subordination des Palestiniens face à Israël. Si les Palestiniens cessent d’appliquer les accords conclus avec Israël, cela pourrait avoir des conséquences notamment sur la sécurité en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Environ 400.000 colons israéliens y vivent, de manière conflictuelle, avec plus de 2,5 millions de Palestiniens, et la coopération entre services de sécurité palestiniens et israéliens passe pour avoir permis de déjouer des dizaines d’attentats anti-israéliens.n