L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a brillé hier par un silence incompréhensible. Ni point de presse, ni communiqué, ni même un commentaire. L’effet immédiat de son mutisme a été d’encourager le boursicotage électoral et d’inciter le chef du MSP à crier victoire avant même une quelconque estimation des suffrages obtenus par les listes des formations en lice.

Par Feriel Nourine
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a revendiqué, hier, la victoire aux élections législatives en annonçant avoir raflé la majorité dans les wilayas du pays et des circonscriptions à l’étranger, où est établie la communauté algérienne.
Dans un communiqué signé par son président Abderrezak Makri, le MSP ne s’arrête pas à s’autoproclamer vainqueur du scrutin de samedi dernier, il « met en garde contre les nombreuses tentatives de modifier les résultats du scrutin comme cela se faisait auparavant », lit-on sur le communiqué.
« Nous prévenons que les conséquences seront dommageables pour l’avenir du pays et le futur de l’action politique et électorale », poursuit le principal parti de la mouvance islamiste dans le même esprit de mise en garde, avant d’appeler le président de la République à veiller au « respect » de la volonté populaire. « Nous appelons le président de la République à faire respecter la volonté populaire exprimée ainsi qu’il l’a promis », insiste, à ce propos, le communiqué.
Sauf que le MSP n’est pas le seul à revendiquer la victoire dans le scrutin organisé samedi. Le Front de libération nationale a, lui aussi, annoncé avoir obtenu le plus grand nombre de sièges dans la majorité des wilayas du pays et à l’étranger. « Les premières indications qui nous sont parvenues des wilayas du pays et de l’étranger montrent que le FLN est classé premier aux législatives », a, en effet, indiqué le président de l’ex-parti unique Abou El Fadhl Baadji, au journal électronique arabophone « Algeriemaintenant.dz ».
A noter qu’avant le texte annonciateur de victoire aux législatives d’hier, le MSP avait publié un premier communiqué, dans la soirée de samedi, pour signaler deux « dépassements graves » dans l’opération de dépouillement des voix. « A l’issue de l’opération de vote, nous avons constaté deux graves dépassements que nous avons jugés utile de signaler », a écrit le MSP, citant le cas du « refus de l’Autorité nationale indépendante des élections de remettre le procès-verbal de dépouillement aux représentants des candidats, ce qui est contraire à la loi 01/21 portant code électoral, notamment l’article 152 ». Mais dans le cas du communiqué d’hier, on voit bien le forcing opéré par le parti islamiste qui semble exploiter la brèche ouverte par la lenteur qui caractérise l’opération de dépouillement dans ces législatives qui ne ressemblent pas aux précédentes opérations du genre.
A ce sujet, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Charfi, a affirmé samedi que les résultats du vote du 12 juin pourraient attendre jusqu’à 96 heures pour être proclamés. Le nouveau système de dépouillement « s’effectuera sur deux étapes, la première s’effectuera en fonction des listes et du nombre de sièges remportés par chaque liste, la deuxième concerne la révision de chaque bulletin ainsi que le calcul des points obtenus par le candidat selon les voix des citoyens », précisant que le dépouillement sera compliqué par rapport à l’ancien système, à savoir la liste fermée ». n