Par Bouzid Chalabi
Devant les récurrentes difficultés d’approvisionnement et de hausse des prix des produits agricoles à la consommation, le ministère du Commerce a annoncé l’ouverture des portes des marchés de gros et de détail aux agriculteurs, les autorisant ainsi à vendre directement leur production sur place sans passer par le circuit traditionnel, dominé par la vente sur pied aux collecteurs livreurs et autres intermédiaires du champ.
A propos de cette initiative, un communiqué du département de Kamel Rezig, rendu public samedi dernier, indique qu’elle s’inscrit «dans le cadre des efforts entrepris par le ministère pour réguler, contrôler les marchés et poursuivre les opérations de lutte contre toute forme de spéculation». Selon cette même source, la décision est entrée en vigueur dimanche 5 septembre. Les consommateurs espèrent qu’à travers cette initiative le poids de la spéculation va s’amoindrir et ne plus être à la merci d’opérateurs et commerçants sans scrupule. Ce faisant, des observateurs du marché redoutent que les agriculteurs ne jouent pas le jeu en tournant le dos à cette formule, notamment en raison du manque de moyens de logistique ou du temps qu’ils auront à consacrer à des clients finaux. Certains n’en sont pas moins prudemment optimistes et considèrent que l’initiative était d’ «d’autant plus attendue» qu’il y a eu durant ces derniers mois trop de dysfonctionnements dans les circuits de distribution des produits de la terre, soutient-on du côté de la filière des cultures maraîchères.
En effet, pour Bachir Rouis, professionnel du secteur, «l’idée est bonne mais faut-il encore que les agriculteurs soient assurés de tirer profit de cette formule. Ce qui n’est pas du tout évident dans la mesure où ils doivent engager des frais supplémentaires pour pouvoir s’adonner à la vente directe qui se résume en la rétribution de personnes chargées de la cueillette et son embarquement dans un moyen de transport approprié moyennant une somme d’argent au titre de la location d’un véhicule». Et de poursuivre : «Autant de frais supplémentaires qu’ils peuvent s’épargner en restant dans le circuit traditionnel de vente de leur production. Dans ce dernier circuit, ce sont les collecteurs livreurs qui se chargent de tout en achetant sur pied. Le propriétaire n’a pas à lever le moindre petit doigt sauf à être payé cash». Un autre professionnel assure que «ce sont surtout les petits producteurs qu’on va rencontrer sur les marchés de gros et de détail. Ils verront dans cette formule une véritable opportunité pour écouler leurs produits essentiellement maraîchers chaque fois que le besoin se fera sentir, faute d’alternative.»
Bachir Rouis estime que l’idée est louable en elle-même mais ne saurait trouver écho sur le terrain pour des raisons évidentes. Il explique : «Faut-il savoir que partout dans le monde, le volet commercialisation de la production agricole n’est souvent pas du ressort des agriculteurs mais des coopératives, afin de leur permettre de se consacrer uniquement à la production . C’est donc ce moyen qui fait défaut en Algérie alors qu’il a démontré ailleurs son efficacité sur le terrain de la stratégie de la production et de sa commercialisation.»
«Si nous voulons en finir avec ses grosses fluctuations des prix à la hausse sur les étals des détaillants par intermittence, la solution idoine est de créer des coopératives à même de réguler le marché de gros et de détail des produits végétaux frais. Ce sont en tout cas les consommateurs qui seront les grands bénéficiaires», conclut-il.