Annoncée pour le dimanche 10 janvier puis, pour dimanche dernier, la première liste des concessionnaires agréés n’est toujours pas connue. Ce dossier vedette chez les Algériens joue, du coup, une énième séance de prolongation sans que le ministère de l’Industrie ne juge important de communiquer et de dévoiler les raisons de ce nouveau rendez-vous raté.

Pourtant c’est bel et bien le ministre de tutelle qui avait été le premier à rendre publique l’échéance de l’octroi des premiers agréments pour l’activité d’importation de véhicules, mais sans suite. Quelques petits jours plus tard, le mode de communication du département de Ferhat Aït Ali rompt avec la série de sorties médiatiques ininterrompues de ce dernier et opte pour un communiqué à travers lequel est annoncée cette opération pour le 17 janvier.
Que s’est-t-il alors passé pour que cette nouvelle annonce soit, à son tour, sans suite, laissant l’opinion publique sur sa faim ? Et surtout par la démarche communicationnelle dont fait preuve un ministère systématiquement mis au-devant de l’actualité nationale par les dossiers dont il a la charge.
Cette démarche semble aussi trouver un relais chez les opérateurs ayant déposé un dossier d’agrément en faisant preuve d’une avarice exagérée en matière d’information. Et lorsqu’ils parlent, c’est pour dire qu’ils ne sont au courant de quoi que ce soit, laissant facilement transparaître une crainte de divulguer des informations classées «top secret».
Ceci étant, une source qui serait proche du dossier des agréments pour l’importation d’automobiles attribue le mutisme qui a suivi le 17 janvier à des difficultés à dégager la liste des premiers agréments annoncée pour cette date. Elle l’a affirmé hier au site Algérie 24H en précisant que ladite liste «n’a pas encore été établie» et que les dossiers déposés par les opérateurs «sont toujours à l’étude».
Cette mission, faut-il le rappeler, relève du Comité technique interministériel conjoint chargé de suivre les dossiers déposés et dont dix avaient été étudiés pour la libération des premiers agréments provisoires, avait indiqué le ministère de l’Industrie dans son dernier communiqué, précisant que neufs dossiers concernent l’importation de véhicules de tourisme et un celle des motocycles.
D’autres demandes d’agrément seront examinées jusqu’à bouclage de l’ensemble des dossiers déposés par les opérateurs, a souligné la même source, notant que le comité concerné par cette mission «a augmenté son rythme de travail en tenant des réunions urgentes tout au long de la semaine». Quant au nombre de dossiers éligibles à l’examen par ce comité, ils ne sont que 40 sur les 180 déposés au niveau de la plateforme numérique mise en place depuis le 20 septembre dernier.
«Pour l’instant, sur le plan documentaire, nous avons recensé 40 dossiers qui sont complets (…)», avait, en effet précisé, la semaine dernière, M. Aït Ali, avant d’évoquer les motifs qui ont repoussé l’échéance de l’octroi des agréments aux opérateurs ayant souscrit à l’activité de concessionnaire. «Nous avons tardé dans le choix des dossiers d’importateurs de véhicules neufs, car il fallait bien examiner leur conformité aux conditions fixées dans le cahier des charges et s’assurer que le client ne soit pas pris en otage comme c’était le cas dans le passé», avait-il justifié.
Quant à la question de savoir quels sont les noms portés sur la fameuse liste annoncée pour le 17 janvier, les services du ministère de l’Industrie ne les ont pas livrés. Ne semblant pas être embarrassés par les nouvelles critiques qui ont, une nouvelle fois, ciblé la gestion de ce dossier, ils ne manifestent également aucun empressement à communiquer officiellement sur les motifs de cette situation assez floue. Une situation qui ouvre la voie à la spéculation et à des rumeurs relayées sur certains sites web et réseaux sociaux, donnant des noms retenus par le comité interministériel pour représenter telle ou telle marque automobile. Mais à défaut de donner l’information et ses détails, le ministère de la tutelle préfère démentir ces listes «dénuées de fondement». Il n’hésite pas à rappeler que les auteurs de ce type d’informations sont passibles de poursuites en justice.
Pas d’empressement…
Or, s’il y a rumeurs et «listes dénuées de fondement», c’est parce qu’il y a d’abord un déficit énorme en matière de communication chez ceux qui ont pour mission d’informer. Ce qui a été rarement le cas dans le secteur automobile, réduit à une année 2020 sans marché et maintenu en éveil artificiel, soit par les affaires de scandales qui ont mené les propriétaires d’usine dans les prisons ou par le projet de nouveaux cahiers des charges devant servir à rompre avec les pratiques du passé, aussi bien pour le métier de concessionnaire que pour celui d’industriel.
On se rappelle la lenteur qui avait caractérisé l’opération cahiers des charges. Annoncée en début d’année 2020 pour, au plus tard, le mois d’avril dernier, la confection des nouveaux textes réglementaires avait été décalée pour cause de coronavirus qui venait de faire son apparition. Un décalage qui durera, toutefois, plusieurs mois entrecoupés d’annonces de dates dont aucune n’a été respectée. Il a fallu attendre jusqu’au 20 août pour voir les deux cahiers des charges publiés, enfin, sur le Journal Officiel suite à des rappels à l’ordre renouvelés par le Président de la République en ce sens.
Ce sont d’ailleurs toujours les instructions de Abdelmadjid Tebboune qui ont donné une nouvelle impulsion au dossier de l’importation de véhicules neufs, obligeant les parties concernées à annoncer la libération des agréments, alors que quelques jours auparavant, Ferhat Aït Ali avait surpris les Algériens en jugeant que le véhicule neuf n’était pas un besoin prioritaire pour le citoyen et que l’industrie automobile devait passer en premier.
Faudra-t-il donc attendre un autre retour d’Allemagne du président de la République pour que la liste attendue soit dégagée et rendue publique ? n