Le secteur du véhicule dans notre pays n’a pas perdu de son intérêt aux yeux des grands opérateurs et constructeurs internationaux. Au vu des contacts et des discussions entreprises récemment par de grands noms de l’industrie automobile internationale avec les autorités algériennes, on constate que le flou et les incertitudes qui ont dominé ces dernières années n’ont pas entamé leur appétit et leurs intentions d’investissement.

PAR INES DALI
Preuve en est, au lendemain de la signature d’une convention-cadre avec le groupe italien Stellantis et le lancement de Fiat, le groupe français Renault a, à son tour, annoncé la reprise de son activité en Algérie. C’est le directeur général de Renault Algérie Production, Rémi Houillons, qui en a fait l’annonce, indiquant que l’usine, située à Oued Tlelat dans la wilaya d’Oran, s’attèle à reprendre son activité. «Trois jalons importants ces derniers jours préparent la reprise prochaine» de la production, a-t-il écrit dans un message sur les réseaux sociaux. Pour étayer son propos, il a fait savoir que le 4 octobre, il y a eu l’«entrée du premier véhicule de formation sur la ligne d’assemblage». Le lendemain, «une séance de communication et de questions/réponses» a eu lieu «avec les managers de l’usine», suivie, le 6 octobre, par des «séances d’accueil de tous les collaborateurs et le lancement du programme standard de formation».
C’est dire que les préparatifs vont bon train pour Renault Algérie, dont l’activité a été suspendue en 2020, et que l’appétit des constructeurs internationaux est intact, cela d’autant que l’attente du consommateur algérien a été suffisamment longue et que la reprise de ce secteur, notamment concernant l’importation des véhicules dans un premier temps, ne peut que présager que le marché va, enfin, respirer. Il y a lieu, ici de rappeler que le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, a récemment indiqué que les négociations avec des constructeurs automobiles étaient à «un stade avancé et «seront finalisées courant novembre», soulignant que ces négociations «sont en bonne voie». Avant lui, le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, avait indiqué que les noms des constructeurs automobiles retenus pour activer en Algérie seront connus après la promulgation des textes d’application de la nouvelle loi sur l’investissement. La signature de la convention-cadre, jeudi, avec les Italiens est un autre signal fort de la redynamisation du marché automobile.
Dans ce registre, le ministère de l’Industrie et le groupe Stellantis prévoient le lancement, en Algérie, d’un projet de construction automobile des véhicules de la marque Fiat dans la zone industrielle Tafraoui, dans la wilaya d’Oran. En outre, l’accord prévoit que le constructeur italien développe «les activités industrielles et les services après-vente et de pièces détachées de la marque». Le groupe Stellantis est le quatrième groupe automobile mondial, qui compte dans son portefeuille la marque Fiat.
La cérémonie de signature s’est déroulée en présence du ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, et de Carlos Tavares, PDG du groupe Stellantis, qui a été reçu par le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, ce projet s’inscrivant dans le cadre du ««renforcement du partenariat stratégique privilégié liant l’Algérie et l’Italie et en concrétisation des recommandations du 4e Sommet intergouvernemental algéro-italien tenu à Alger le 18 juillet dernier».

Développer la sous-traitance
Même s’il n’a pas précisé la cadence de production du groupe italien, le ministre de l’Industrie a, néanmoins, révélé l’échéance de la disponibilité des premiers véhicules Fiat fabriqués en Algérie. «Nous pourrons avoir plusieurs modèles de véhicules de la marque Fiat fabriqués en Algérie qui seront disponibles sur le marché vers la fin de l’année 2023», a-t-il déclaré, en marge de la signature de la convention-cadre du projet de production de véhicules touristiques et utilitaires légers.
Plus important encore, et pour ne pas avoir à retomber dans les mêmes travers, M. Zehdar a souligné qu’«aucun investissement dans l’industrie automobile reposant sur le simple montage ne sera approuvé», affirmant que le choix le porté sur Fiat se justifie par son «engagement à réaliser un transfert technologique effectif ainsi qu’un taux d’intégration qui s’accorde avec les aspirations du ministère». Les deux parties feront en sorte d’atteindre, d’ici à 5 ans, les taux d’intégration prévus dans l’accord, y compris par la possibilité de l’installation de sous-traitants italiens en Algérie.
De son côté, M. Tavares a assuré qu’il n’y aura «aucun écrantage» entre les Fiat qui seront fabriquées en Algérie et celles fabriquées ailleurs, affirmant que «le consommateur algérien aura droit aux mêmes modèles et aux mêmes technologies» et soutenant que Fiat apportera ce qu’elle a «de meilleur» pour offrir aux Algériens «une mobilité sûre, propre et abordable». Il a ajouté que le groupe qu’il dirige a «parfaitement compris l’intérêt de l’Algérie, à savoir converger le plus rapidement possible vers une intégration locale, la plus élevée possible», un intérêt qu’il dit partager. Cette intégration va «progresser au fur et à mesure que le marché se développe et que notre part de marché se développe aussi», a-t-il dit.

Un besoin de 350.000 véhicules par an
Pour arriver à un taux d’intégration tel que voulu par l’Algérie, il y a, en effet, le passage obligé du développement de la sous-traitance. C’est tout un tissu de sous-traitants qui doit être mis en place pour atteindre un taux appréciable. Cela se fera de manière progressive et peut prendre quelques années, selon les experts du secteur. Dans tous les cas, le marché algérien de l’automobile continue de susciter l’intérêt des constructeurs mondiaux tant la demande est forte. Les besoins du marché sont estimés à environ 350.000 véhicules par an, selon le chiffre annoncé récemment par un responsable du ministère de l’Industrie. Une étude de la CAPC (Confédération algérienne du patronat citoyen) portant sur les pistes de relance du secteur automobile avait même souligné que la demande est d’environ «350.000 véhicules par an sur 10 ans», pour souligner le fort potentiel que recèle ce secteur.
Ce fort potentiel va nécessiter plus de deux constructeurs et l’on s’attend à ce que la liste s’allonge dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Dans ce sens, il y a lieu de rappeler que des négociations semblaient être en bonne voie avec le nom du constructeur japonais Suzuki.
Avant la sortie d’usine des véhicules made in Algéria, c’est la tant attendue importation qui comblera le vide. Le Premier ministre est revenu sur le sujet, hier, au Conseil de la Nation, soulignant que le gouvernement est en train de faire «de grands pas dans le cahier des charges» pour mettre en avant l’avancée réalisée en la matière. Un cahier des charges que ne cessent de réclamer les concessionnaires et qui devra, normalement, bientôt être présenté en Conseil des ministres.
Cela d’autant que lors du CM de dimanche dernier, le Président Tebboune a annoncé aux Algériens que les particuliers pourront importer les véhicules de moins de trois ans, outre les importations qui seront autorisées pour les constructeurs et les concessionnaires. <