Le ministre de l’Industrie a semblé fixer hier les limites du domaine industriel et commercial automobile. Selon Ferhat Aït Ali, le gouvernement n’a de priorité que la recherche des moyens et des partenaires pour la relance de l’activité moribonde du montage-assemblage. L’importation du véhicule neuf et la reprise de l’activité de concession n’est pas une urgence, tandis que l’ouverture du marché au véhicule d’occasion de moins de trois ans n’est même plus envisageable, a-t-il dit. Rien de nouveau sous le capot, donc, mais un argus promis à la flambée des prix !

Les opérateurs ayant déposé une demande d’agrément pour l’importation et la commercialisation de véhicules neufs risquent d’attendre encore longtemps avant d’avoir une réponse du comité interministériel chargé de suivre leurs dossiers. C’est en tous les cas ce qui pourrait être interprété par la sortie du ministre de l’Industrie, hier, sur les ondes de la Radio nationale.
En déclarant que la priorité des pouvoirs publics était accordée à l’industrie automobile, Ferhat Aït Ali apporte une réponse partielle aux questions que se posent aussi bien les opérateurs que les observateurs sur cette lenteur qui caractérise la démarche concernant l’attribution des agréments aux concessionnaires. En effet, alors que le marché automobile souffre d’une pénurie inédite depuis la fin de l’année dernière, suite à l’arrêt des usines d’assemblage, le gouvernement ne juge pas urgent de répondre aux candidats à l’activité de concessionnaires, réhabilitée pourtant depuis le mois de mai dernier par voie de loi de finances complémentaire 2020. Bien au contraire, les services concernés par ce dossier semblent se plaire à jouer aux prolongations, alors que c’est une durée de 30 jours qui est fixée par le nouveau cahier des charges pour l’examen du dossier déposé.
Or, aujourd’hui, ils sont 187 souscripteurs à avoir déposé leur dossier d’agrément pour l’importation de véhicules neufs, selon les chiffres fournis hier par l’intervenant sur la Chaîne I. La majorité d’entre eux l’ont fait depuis déjà trois mois, sans pour autant connaître le type de traitement qui a été réservé à leurs dossiers. Le ministre affirmant à ce propos que «la majorité des dossiers sont incomplets et ne répondent pas aux exigences du cahier des charges».
Entre temps, «des discussions ont été engagées avec les Allemands et d’autres opérateurs mondiaux pour lancer une véritable industrie de véhicules touristiques et utilitaires», rappellera le premier responsable du secteur, sans citer aucun nom parmi les constructeurs intéressés par une implantation en Algérie via le dispositif réglementaire introduit par le nouveau cahier des charges relatif à l’industrie automobile, qui privilégie, faut-il le rappeler, l’intégration locale à travers un régime préférentiel au profit des opérateurs intéressés.
La démarche adoptée par le gouvernement réussit donc à entretenir le cafouillage qui caractérise l’évolution du dossier automobile, et le flou reste à son plus fort quant à la date de libération des agréments pour l’importation de véhicules et la reprise du marché du neuf. Les souscripteurs à cette activité devront encore languir sans savoir jusqu’à quand, et le citoyen pourrait bien vivre une année 2021 qui ressemblera, au moins pour plusieurs mois, à sa devancière, c’est-à-dire une année sans marché du neuf. C’est aussi ce qui pourrait être aussi retenu des précisions du ministre lorsqu’il met en avant la situation financière du pays et classe les priorités du citoyen. «Avec la baisse des réserves de change, des prix de pétrole, nous devons préserver les réserves, unique garantie du dinar et de la souveraineté du pays pour le fonctionnement de l’économie et de la vie publique», a-t-il souligné, estimant que «pour cela, le citoyen ne doit pas fixer lui-même ses besoins personnels ou catégoriels concernant les importations du pays».
Ainsi donc, si la priorité est donnée à l’industrie automobile, c’est aussi parce que le pays a passé une année financière difficile qui fait de la réhabilitation de l’activité de concessionnaire une mesure de LFC quasiment impossible à accomplir et à assumer actuellement.
Ce qui pousse M. Aït Ali à insister pour dire que «l’industrie c’est la priorité aujourd’hui, ainsi que les médicaments et la pièce de rechange pour les équipements existants». «Nous avons besoin de véhicules, mais le but n’est pas de dynamiser le marché de l’automobile, mais d’assurer les besoins du pays en fonction de ses moyens financiers et des priorités», soutiendra-t-il, non sans se réjouir du fait qu’en 2020, le pays ait pu économiser 3 milliards de dollars pour ne pas avoir importé de kits d’assemblage automobile, ainsi que 500 millions dans la pièce de rechange.
Quant au dossier des importations de véhicules de moins de trois ans, le ministre va, cette fois-ci, plus loin dans ses pensées, considérant qu’«il n’est pas applicable et ne sert pas l’économie nationale». Un dossier qui semble donc être clos, d’autant qu’aucun engouement n’a été manifesté par le citoyen depuis que l’autorisation d’importation de ce type de véhicule d’occasion a de nouveau été accordée aux Algériens.
Resté sans dispositif devant fixer les modalités qui accompagneraient ce type de transaction, cette mesure était surtout très difficile à matérialiser sur le terrain pour ses différentes contraintes, parfois insurmontables, pour l’intéressé. Elle est devenue impossible depuis l’arrivée de la pandémie de la Covid-19 et la fermeture des frontières. Elle est même devenue inutile depuis que la LF a rouvert la voie à l’importation des véhicules neufs sous la bannière des concessionnaires.