Alors que le nouveau ministre de l’Industrie semble avoir opté pour une tactique de distanciation vis-à-vis de la presse – il n’a pas dit un mot en public sur le dossier très médiatisé de l’automobile depuis son arrivée à ce poste -, c’est le président de la République qui s’est chargé d’apporter quelques éléments d’information aux interrogations de l’opinion publique face à une situation de flou qui persiste, augurant d’une nouvelle année blanche pour le marché du véhicule.

Par Feriel Nourine
Ce dossier sera réglé durant le semestre en cours, a, en effet, fait savoir Abdelmadjid Tebboune, dimanche, lors de sa rencontre périodique avec des médias nationaux. M. Tebboune n’a pas manqué de souligner que l’Algérie passera vers un «véritable montage» automobile. Il insistera sur cette démarche, contenue d’ailleurs dans le nouveau cahier des charges, en rappelant que l’expérience des premières usines automobile en Algérie «n’a donné aucun résultat et nous a coûté une fortune», il est aujourd’hui question de passer «vers une autre expérience qui s’appuie sur le véritable montage automobile», a-t-il soutenu.
Dans le même sens de remise en cause de l’expérience passée, le président de la République rappellera que «le prix du véhicule monté localement a dépassé celui du véhicule importé», imputant cela aux opérateurs qui, fera-t-il remarqué une nouvelle fois, «n’ont pas honoré leurs engagements à réaliser un taux d’intégration». «Nous sommes supposés créer, lorsqu’on parle de montage automobile, des milliers d’emplois. Mais nous avons assisté hélas à la création de 400 postes uniquement par un investisseur qui a consommé trois milliards de dollars», a-t-il relevé, sans citer le nom de l’opérateur. Il citera, par contre, celui du constructeur français Renault, qui a été le premier à implanter une usine en Algérie, en novembre 2014, mais qui n’a commencé que «maintenant à intégrer certaines pièces fabriquées localement», dira-t-il.
C’est pourquoi, «si le montage automobile n’aboutit pas, d’ici 3 à 4 ans, conformément au cahier des charges, à la réalisation d’une intégration d’au moins 40%, à la création de postes d’emploi et à la fabrication de pièces algériennes, il n’y aura pas de montage automobile», a insisté M. Tebboune, laissant entrevoir une vision des pouvoirs publics qui pourrait privilégier l’industrie mécanique au détriment de l’activité d’importation de véhicules neufs par les concessionnaires..
Ceci d’autant, qu’en plus de rappeler les déclarations privilégiant cette même logique de priorité que livrait régulièrement l’ex-ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, l’intervention du premier responsable du pays a lieu alors que des informations font état depuis quelques jours d’une reprise de l’activité des usines automobiles à l’arrêt depuis plus d’une année. Le ministre limogé avait, certes, fait état de discussions avancées avec un constructeur européen et un autre asiatique, tous deux de renommée mondiale, mais il est clair que si ces discussions devaient aboutir à un projet d’usine automobile Algérie, ils devraient passer par les étapes nécessaires qui exigent du temps. D’où l’option de réouverture des usines déjà en place, à laquelle seraient attentives les autorités concernées, dont le ministère de tutelle et son premier responsable, Mohamed Bacha.
En effet, si ce dernier joue la carte de la discrétion, contrairement à son prédécesseur qui avait fini par payer le prix de ses sorties médiatiques sans compter sur le dossier automobile, des sources indiquent néanmoins que M. Bacha serait attentif aux doléances des acteurs de l’industrie automobile qui seraient revenus à la charge ces dernières semaines pour exploiter la brèche ouverte par le limogeage de Ferhat Aït Ali et espérer décrocher l’autorisation de faire redémarrer leur outil de production, en se conformant au nouveau cahier des charges.
Pour appuyer leurs doléances, les opérateurs concernés seraient en train de mettre en avant plusieurs motifs, particulièrement le désastre causé au marché de l’emploi par la fermeture des usines depuis plus d’une année. Les travailleurs de la filière mis au chômage se comptent par milliers.
A ce propos, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaaboub, a indiqué, il y a quelques jours, qu’à elles seules, les filières automobile et électroménager ont enregistré plus de 51 000 emplois perdus. De son côté, le président du Conseil national consultatif de le petite et la moyenne entreprise (CNCPME), Adel Bensaci, a récemment révélé que des «constructeurs automobile ont reçu l’autorisation de relancer leurs lignes de montage afin de solder tous les encours de fabrication et de permettre de lever la pression sur la demande de véhicules». Cette autorisation fait suite à la mise en place de la commission chargée d’étudier les dossiers déposés par des opérateurs dans le cadre de l’activité d’industrie mécanique, a précisé M. Bensaci.