Joe Biden a prêté serment hier comme 46e président des Etats-Unis, prenant la tête d’un pays traversé par des crises profondes au terme du mandat de Donald Trump qui aura déchiré les Américains et bousculé le monde. Le nouveau président a salué une journée d’«espoir» pour l’Amérique.

Le président des Etats-Unis Joe Biden a affirmé sur Twitter quelques heures auparavant, ce que beaucoup de personnes ne pourront plus faire, qu’un «jour nouveau» se levait sur l’Amérique.
Il a aussi assisté à une messe catholique suivant son appartenance à cette église faisant de lui, tout comme J.F. Kennedy naguère, un des rares chefs de la Maison-Blanche à reconnaître l’autorité du Pape. Il a assisté à cette cérémonie religieuse à Washington en compagnie des leaders républicains et démocrates du Congrès, avant de se rendre au Capitole prêter serment vers midi, heure locale.
Au bureau ovale, le premier instrument dont devra se servir Joe Biden sera sûrement une gomme, «an eraser», pour annuler plusieurs décrets décidés et signés par son prédécesseur. Une promesse de campagne qu’il tient à honorer le premier jour de son investiture.
«17 actions» seront nécessaires, selon lui et son staff, pour que quelques décisions de Trump, jugées dangereuses pour la démocratie américaine, soient reléguées au rang d’archives tout juste bonnes à servir d’objets d’histoire. M. Biden a ainsi annoncé le retour de son pays à l’Accord de Paris sur le climat, qui prévoit une prise en compte du dérèglement climatique à chaque action économique. Cet accord prévoit de réduire d’un degré, au moins, la température moyenne à un proche horizon, en n’utilisant, à terme que des énergies propres. Son intention est aussi que les Etats-Unis retrouvent leur siège au sein de l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé, que Trump avait quittée avec fracas au lendemain de l’apparition de la crise et pandémie mondiale du coronavirus.
D’ailleurs, l’immunologue Anthony Fauci interviendra au nom des Etats-Unis à une séance du conseil exécutif de l’OMS dès aujourd’hui.
Puis rendant caduques les promenades sans protocole de protection de l’ex-Président, et afin de limiter la propagation du virus, qui a fait 400 000 morts dans le pays, le Président aura son paraphe au bas d’un décret pour rendre obligatoire le port du masque dans les bâtiments fédéraux ou pour les agents fédéraux, sachant que la Maison-Blanche a été un cluster très important pendant l’année dernière.
L’autre promesse honorée est relative aux aides aux personnes ayant perdu leurs revenus, avec suspension, un moratoire sur les expulsions de logement et la trêve dans le remboursement de prêts étudiants fédéraux. Il reviendra aussi sur une série de mesures de dérégulation en matière de normes environnementales décidées par l’administration de son prédécesseur, révoquant la permission donnée par Donald Trump au projet controversé d’oléoduc Keystone XL, entre les Etats-Unis et le Canada. Un projet qui a fait sortir des Indiens du Canada, dont le projet devait passer par des terres sacrées. Une presque insurrection qui avait mis dans la gêne le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

Une main moins lourde sur l’immigration
L’immigration, une question chaotique durant l’administration Trump, sera revue et corrigée par Biden qui avait promis que les Etats-Unis redeviendraient une terre d’immigration. Il pense surtout à régulariser quelque 11 millions d’émigrés et ouvrira les portes des écoles et universités à ceux qui étaient mineurs en foulant le sol américain. Le président Biden, en effet, confiera en même temps un projet de loi sur l’immigration au Congrès. Il offrira notamment à 700 000 jeunes arrivés clandestinement aux Etats-Unis lorsqu’ils étaient enfants, les «Dreamers», et aux autres immigrés en situation illégale une opportunité de naturalisation à terme et sous conditions.
Le «ban muslims» ne survivra pas plus de 24 heures au départ de Trump, puisque le chef de la Maison-Blanche a apposé son sceau pour l’annulation d’entrée aux Etats-Unis pour plusieurs nationalités, dont la Syrie et l’Iran, bien sûr.
Joe Biden gommera ainsi un décret migratoire critiqué, adopté par son prédécesseur, interdisant aux ressortissants de pays en majorité de musulmans d’entrer aux Etats-Unis. Cette décision était «enracinée dans la xénophobie et l’animosité religieuse», a commenté Jake Sullivan, le futur conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche.
Le fameux mur entre le Mexique et les Etats-Unis, pierre angulaire et promesse majeure de Trump pendant sa première campagne électorale, aura vécu. Les travaux de construction seront suspendus par décret de Biden aussi. Un mur long de plus de 700 km. D’ailleurs, l’ex-Président, qui n’en aura érigé qu’une centaine, s’appropriera la totalité dans ses discours.
Il y aura quand même une réforme lucide pour des fonds supplémentaires pour renforcer la vigilance et les contrôles aux frontières et un plan de soutien au Salvador, au Guatemala et au Honduras, les pays de provenance de la plupart des migrants, un projet qui coûtera quelque quatre milliards de dollars sur une durée de quatre années.
Dans le sillage du mouvement «Black lives Matter», les actions suspectées de racisme de la part de la police seront vues à la loupe car, dans le cadre de la lutte contre les inégalités raciales, Joe Biden a promis de signer un décret pour ordonner aux agences fédérales d’estimer les inégalités dans leurs plans et politiques.