La météo était au rendez-vous, comme pour donner raison à Yennayer, le Nouvel an amazigh, qui annonce l’arrivée de l’hiver dans les montagnes à travers le Grand-Aurès.

En effet, le mercure a nettement chuté durant la fin de semaine qui a vu la cérémonie de Yennayer se prolonger dans les zones les plus recluses.

Une joyeuse ambiance s’est installée et ce depuis plus d’une semaine. A T’kout, Arris, Mchounèche, Merouana, Ichmoul et plein d’autres villages mais surtout hameaux et agglomérations, les plus petits et les plus éloignés qui, faut-il le rappeler, n’ont jamais dérogé à la règle, c’est-à-dire organiser et célébrer Yennayer et l’arrivée d’une nouvelle saison ou le nouvel an agraire, comme le considèrent les habitants de la montagne. En effet, aussi bien sur le territoire de la wilaya de Batna que dans les villes, communes et villages des wilayas limitrophes, cette célébration a pris une ampleur jamais constatée. A Tkout, la célébration n’a rien d’extraordinaire car elle fait partie des traditions et habitudes de ce village. Depuis plus d’une semaine des jeunes, qui sont rodés à ce genre de rencontres, se sont attelés à faire le nécessaire pour préparer l’arrivée du Nouvel an amazigh et de la manière la plus faste qui soit, nous ont averti les jeunes Tkoutis. Et, effectivement, le jour J les habitants du village ont pris part au plus grand couscous jamais dégusté de mémoire de villageois. Des citoyens des villages limitrophes et même de Batna ont fait le déplacement pour prendre part à ce festin auquel ils ont été cordialement invités. Dans la ville d’Arris, en plus des festivités, une rencontre débat a eu lieu pour discuter des origines de cette pratique millénaire mais aussi de sa philosophie de l’attachement culturel et sociale des habitants des Aurès à cette cérémonie, comme nous le disait Amar Barki, universitaire et l’un des principaux organisateurs de cette fête : « A la veille de cette fête, nous avons organisé une rencontre où nous avons débattu aussi bien le caractère religieux qu’agraire d’Yennayer. On a profité de cette rencontre afin de discuter agriculture avec les agriculteurs de la région et surtout les producteurs de pommes (amendement, tailles, traitements…). Mme Meghni, ingénieur agricole, a tenu une conférence à cette occasion. Pas loin d’Arris, la commune de Ghassira, mais aussi Aïth Idir, Ghouffi et bien d’autres regroupements et habitations ont célébré Yennayer. Un fait marquant a été constaté lors de cette fête, la présence des familles durant toute la fête. Surtout l’autre versant des Aurès, à Merouana, Chidi, cité Ali Nmeur, les citoyens ont aussi tenu à faire la fête en dépit des importantes chutes de neige. La commune Taxlent semble avoir tiré son épingle du jeu et sort du lot en se distinguant par des activités aussi riches que variées, les fameuses troupes traditionnelles Irahaben sont venues donner de la voix au plaisir des grands et des petits, mais aussi et surtout en présence d’invités, qui ont fait le déplacement de Hammamet, Tunisie. Ces invités n’ont pas cessé d’exprimer leur joie et satisfaction de constater qu’une telle pratique est encore vivace en Algérie. En effet, rencontré à la Maison de jeunes de Taxlent, en compagnie des jeunes du village, un groupe d’enseignants a fait le déplacement de Tunisie, dans le cadre d’un échange culturel entre les deux pays. Ces invités espèrent voir revivre cette pratique et fête en Tunisie où elle a pratiquement disparu. Salima Deghiss, enseignante, membre du groupe en visite dans les Aurès, qui a fait le déplacement du pays voisin nous a exprimé son ample satisfaction et joie de pouvoir enfin partager avec ses frères Algériens une fête multimillénaire.