L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires de l’Opep+ tiendront leur réunion mensuelle demain. Des retrouvailles, toujours par visioconférence, qui devraient reconduire la même démarche observée par l’alliance depuis le mois d’août 2021, à savoir un rajout en adéquation avec le programme d’augmentation progressif de sa production.

Par Feriel Nourine
En effet, si les pays consommateurs, dont notamment ceux de l’Union européenne, poursuivent leurs démarches auprès de l’Opep+ dans l’objectif d’obtenir plus de brut et de pousser les prix à la baisse, l’alliance ne manifeste toujours aucune disposition à satisfaire ce type de demande. En ce sens, la réunion de demain se dirige d’ores et déjà vers une augmentation de 400 000 barils par jour pour le mois de juin. Les 13 pays de l’Opep, menés par l’Arabie Saoudite, et leurs 10 alliés, menés par la Russie, s’apprêtent sans doute à ratifier les plans d’un nouveau supplément qui n’est pas du goût des pays consommateurs, notamment en cette période où ces derniers font face à une offre amoindrie par la guerre en Ukraine et les perturbations causées au marché de l’or noir.
Mais l’impact de la guerre en Ukraine sur le marché pétrolier est devenu moins évident ces derniers jours avec les confinements massifs opérés en Chine après le retour en force de la pandémie de Covid-19. A Shangai, c’est pratiquement l’ensemble de la population (25 millions d’habitants) qui est concernée par cette mesure, et un net ralentissement des déplacements et des activités industrielles est observé dans ce haut lieu économique du pays. La demande du premier importateur de pétrole au monde suit systématiquement et se rétracte, sur fond de prévisions à la baisse de la demande mondiale et des prix qui se calment ces derniers jours.
Une évolution qui conforte l’Opep+ dans sa démarche prudentielle, d’autant que la guerre en Ukraine fait craindre un ralentissement économique mondial qui pousse déjà à une révision à la baisse des prévisions de demande mondiale de brut. Celle-ci subit également les conséquences de l’arrêt de deux importants terminaux pétroliers et la fermeture de nombreux gisements en Libye, donnant une baisse de production avoisinant les 600 000 barils par jour.
Fin avril, le Fonds monétaire international (FMI) a fortement révisé ses prévisions de croissance mondiale pour 2022, mettant en cause la guerre en Ukraine et l’inflation qu’elle est en train de provoquer. Celle-ci devrait encore augmenter, prévoit le Fonds, non sans avertir qu’un nouveau durcissement des sanctions occidentales contre les exportations russes de pétrole mènerait à un recul important de la production mondiale.
De son côté, l’Opep a réagi au rapport du FMI en dégageant totalement la responsabilité des producteurs dans ce qui est en train de se passer sur le marché de l’or noir. L’Organisation a indiqué que la flambée des prix du pétrole était en grande partie due à la crise ukrainienne, soulignant que le groupe ne prendrait aucune mesure supplémentaire pour augmenter l’offre. L’Opep ne change donc pas son discours pour expliquer les raisons de la hausse des prix de l’or noir, l’imputant à des facteurs de géopolitique, alors que les pays consommateurs tentent de mettre une partie de cette hausse sur le compte des pays producteurs. Ces derniers refusent d’ouvrir davantage leurs robinets en partant du principe que le marché est suffisamment pourvu en offres et que les perturbations qu’il subit sont le résultat de la situation de facteurs qui se trouvent ailleurs. A travers cette déclaration, l’Opep manifeste sa détermination à maintenir inchangée sa démarche qu’elle exécute depuis de nombreux mois avec ses partenaires de l’Opep+, dont la Russie. Un code de conduite imperturbable, en dépit des pressions des pays consommateurs, que les pays de l’alliance disent respecter dans l’intérêt du marché et de sa stabilité. C’est pourquoi, ils refusent une quelconque révision pour les besoins conjoncturels en lien avec des facteurs géopolitiques.
L’Opep a, par ailleurs, expliqué que le prix du brut Brent de référence mondiale s’était établi en moyenne à près de 98 dollars le baril au premier trimestre, en hausse d’environ 18 dollars par rapport aux trois derniers mois de 2021. Les tensions en Ukraine constituent le facteur principal de cette augmentation, a insisté l’organisation.