Les mouvements de protestation contre la cherté de la vie manifestent les dysfonctionnements de l’économie nationale et la crise de gestion qui touche les administrations et les entreprises publiques.

Par Khaled Remouche
Après les secteurs de l’éducation et de la santé, du commerce… le mouvement de protestation contre la cherté de la vie et la baisse de pouvoir d’achat s’est élargi au secteur de la poste et aux pompiers. Cette grogne sociale a pour dénominateur commun l’amélioration des conditions socioprofessionnelles cristallisées autour du salaire et des primes. La flambée des prix des produits de large consommation pendant le mois de Ramadan a été la goutte qui a fait déborder le vase. Le pouvoir d’achat de la majorité des ménages a été frappé de plein fouet pendant cette période et bien avant par les manoeuvres spéculatives, l’absence de contrôle ou son insuffisance par l’Etat dans un contexte de laisser-faire des pouvoirs publics. Aucune mesure à grand impact sur la stabilité du marché n’a été prise par le ministère du Commerce ni celui de l’Agriculture.
La grève des postiers au début du mois de Ramadan a ouvert la boîte de Pandore. Encouragée par le manque d’anticipation des conflits sociaux par la tutelle, cette grogne risque de s’élargir à d’autres secteurs et de s’exacerber au point de gripper le fonctionnement des administrations et des entreprises et créer un malaise social qui s’il perdure menacerait le rythme de croissance et la qualité de service offerte à la population.
La question aujourd’hui est de savoir de quelles marges de manoeuvre dispose le gouvernement pour absorber ce mécontentement social. Il faut savoir en ce sens que les gouvernements qui se sont succédé depuis la chute brutale des prix du pétrole en 2014 ont gelé les salaires des fonctionnaires. Les entreprises publiques et privées ont suivi le mouvement et, du coup, le pouvoir d’achat de millions de travailleurs s’est érodé sérieusement depuis la dépression des prix du baril. Résultat des courses, plus de six millions de travailleurs perçoivent un salaire de 35 000 dinars et moins. Une situation synonyme de paupérisation de la majorité de la population et de risque de disparition des couches moyennes. Les pompiers sont aussi sortis dans la rue pour demander la revalorisation du salaire de base, la révision du point indiciaire de 45 à 90 dinars, l’annulation de l’RG et l’augmentation de la prime de rendement de 40%. Quant aux enseignants, ils revendiquent la révision du statut particulier de l’enseignant. Cette montée des revendications des fonctionnaires intervient dans un contexte de crise financière conjuguée à une crise sanitaire qui plombe la dynamique économique.
Le Président de la République dans cette situation a sommé le gouvernement d’engager le dialogue social avec les différents partenaires sociaux et pas uniquement l’UGTA.
Alors que l’Algérie connaît une crise de liquidité aiguë, les mouvements de protestation pourraient faire tache d’huile. Et il faudrait beaucoup d’imagination pour trouver des solutions. La masse salariale des fonctionnaires est déjà énorme et contribue à l’exacerbation des difficultés budgétaires du pays. Les remèdes à cette situation existent, en attendant la réforme de l’administration et la modernisation des entreprises publiques et privées qui consacre la corrélation entre salaire, primes et performance et productivité. Ce qui est loin d’être le cas actuellement. Les solutions sont multisectorielles, d’une part, il convient de protéger le pouvoir d’achat des ménages par une organisation de la sphère commerciale et un contrôle par l’Etat, d’augmenter les ressources budgétaires par une meilleure appréhension de l’assiette fiscale et un meilleur recouvrement des impôts, la relance de l’investissement, de lier l’augmentation des salaires à l’effort des travailleurs, à leur performance. Le système de rémunération de la Fonction publique doit être révisé de façon à introduire la notion d’atteinte des objectifs de productivité ou d’amélioration de la qualité des services publics. En attendant la réforme de la Fonction publique et la modernisation des entreprises publiques et privées, ce sont les catégories de travailleurs les plus revendicatifs qui vont bénéficier d’augmentation qui risquent d’être absorbée par l’inflation si la satisfaction des revendications n’est pas accompagnée d’une meilleure productivité.
A rappeler qu’avec l’investiture du Président Tebboune, les travailleurs ont bénéficié d’une augmentation du SNMG et de la suppression de l’IRG sur les salaires entre 35 000 dinars et moins, entraînant une augmentation de leur revenu. Un acquis positif, mais la situation aujourd’hui est telle que la très grande majorité des travailleurs touchent un salaire de 40 000 dinars par mois alors que le revenu minimum pour un ménage de cinq personnes est de 80 000 dinars mensuellement. Ces faibles salaires expliquent fondamentalement cette grogne sociale. Une problématique qui ne peut être réglée que par l’évolution de l’économie nationale, l’essor des entreprises, la relance de l’investissement. Celle-ci reste plombée par la crise sanitaire et économique favorisée par le statu quo en matière de réformes et un fonctionnement toujours rentier ainsi qu’une gouvernance qui n’est pas à l’écoute des suggestions les plus adéquates de nos spécialistes économiques. n