Lundi dernier, lors du dernier Conseil des ministres président par Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’Etat est revenu à la charge sur la question des salaires, ordonnant à son gouvernement de préparer les textes d’application relatifs à l’augmentation des salaires, des pensions de retraite et de l’allocation chômage pour entamer le versement des augmentations directement après l’approbation, par le Parlement, du projet de loi de finances 2023, à compter de janvier 2023.

Par Hakim Ould Mohamed
Le Président de la République tranche ainsi dans le vif sur la hausse promise des salaires des travailleurs, alors que le ministre du Travail, de l’emploi et de la sécurité sociale entretenait encore le doute, quelques jours auparavant, en affirmant, devant les membres de la chambre basse du Parlement, que «l’augmentation des salaires n’est pas prévue pour l’exercice de l’année 2023». Youcef Cherfa a précisé que «seuls les allocations chômage et pensions de retraites seront augmentés» l’an prochain. Une déclaration qui a surpris plus d’un et qui contraste de manière saisissante avec les promesses du chef de l’Etat. Fin juillet, lors de son entrevue périodique avec les représentants de la presse nationale, Abdelmadjid Tebboune a réitéré son engagement d’augmenter les salaires, les pensions de retraite et l’allocation chômage, au regard, a-t-il dit, «des recettes supplémentaires» engrangées cette année par l’économie nationale. «Tant qu’il y a des recettes supplémentaires cette année, je m’engage à augmenter les salaires et l’allocation chômage», avait-il assuré. Deux mois plus tard, le Président de la République est revenu à la charge en déclarant à l’ouverture de la rencontre gouvernement-walis de fin septembre dernier que «l’Etat s’engage à augmenter encore les salaires, les pensions de retraites et les allocations chômage, à partir de janvier 2023. Nous œuvrons à relever le pouvoir d’achat des citoyens». Le chef de l’Etat a eu le mérite, en 2021 déjà, de mettre les pieds dans le plat en déclarant qu’il y avait un problème de pouvoir d’achat et que l’Etat devait intervenir pour préserver la «dignité» des Algériens. Il y avait véritablement un problème des salaires, tant il est vrai que ceux-ci sont restés figés des années durant, alors que l’inflation repartait au galop, atteignant 9,8% en août dernier, en glissement annuel, avant de refluer, en septembre, à 8,7%. Les salaires n’ont donc pas suivi l’augmentation des prix, ce qui s’est traduit par une forte érosion du pouvoir d’achat des petites et moyennes bourses.

Une allocation budgétaire de 1.376 milliards de dinars
Cela a amené l’Exécutif à intervenir dès cette année, à la faveur de dispositions sociales contenues dans la loi de finances de l’actuel exercice. Ces mesures portaient sur une défiscalisation des revenus de moins de 30.000 dinars, sur une baisse de l’IRG-salaire ainsi que sur la hausse du point indiciaire de la Fonction publique. Lundi, le chef de l’Etat est intervenu pour la énième fois pour lever les équivoques sur ses promesses salariales pour le prochain exercice. Selon Hebib Si Ali, expert consultant en droit du travail et ressources humaines, contacté par nos soins, la nouvelle augmentation promise par le chef de l’Etat concernera à la fois les travailleurs de la Fonction publique que ceux du secteur économique. Selon lui, deux options sont possibles pour les salariés de la Fonction publique, à savoir le relèvement du point indiciaire et l’octroi d’une indemnité complémentaire avec un montant fixe, mais dégressif de sorte à ce que les bas salaires soient une priorité. En revanche, pour les travailleurs du secteur économique, Hebib Si Ali estime qu’il est souhaitable que la hausse des salaires prévue à partir de janvier 2023 passe par une négociation tripartie ou bipartite. Cela étant, cette hausse pourrait intervenir, selon notre interlocuteur, à travers le relèvement du salaire national minimum garanti (SNMG), mais aussi par une nouvelle révision du barème de l’Impôt sur le revenu global (IRG) appliqué aux salaires. En tout état de cause, la hausse des salaires des travailleurs est acquise, puisque le chef de l’Etat l’a de nouveau confirmé après une déclaration très remarquée, à l’Assemblée, du ministre du Travail, de l’emploi et de la sécurité sociale. C’est au gouvernement qu’incombe désormais la mission de mettre en place les formes. La question étant définitivement tranchée, le chef de l’Etat renvoie ainsi la balle au gouvernement. En tout cas, le ministre des Finances, Brahim Djamel Kassali, qui présentait, hier, le projet de loi de finances 2023 aux élus de la chambre basse du Parlement, a annoncé une allocation budgétaire de 1.376 milliards de dinars, dans le budget 2023, consacrée à la couverture des augmentations attendues des salaires, des pensions de retraite et de l’allocation chômage. <