La tendance haussière de l’épidémie du nouveau coronavirus (Covid-19) en Algérie se poursuit mettant sous pression les hôpitaux.

PAR INES DALI
Les 300 cas quotidiens, précisément 299, révélés avant-hier vendredi, représentent un seuil qui n’a pas été atteint depuis plusieurs mois. De plus, ce ne sont que les chiffres déclarés officiellement, tandis que les chiffres réels peuvent être deux à trois supérieurs.
La vitesse de propagation a connu une ampleur telle que la situation épidémique «inquiète». Près d’une centaine de nouveaux cas confirmés ont été recensés entre jeudi et vendredi derniers : en 24 heures seulement, ils sont passés de 212 à 299. Les pertes en vies humaines ne sont pas en reste et leur nombre est en constante hausse. Mercredi dernier, le pays a enregistré 10 décès. Le nombre des malades en réanimation est également en train d’augmenter.
La tendance haussière se confirme chaque jour un peu plus et commence à se faire ressentir dans les hôpitaux, dont certains évoquent déjà un taux de remplissage de lits Covid allant crescendo. Cette situation était attendue au vu deux facteurs essentiels que les professionnels de la santé mettent à chaque fois au cœur de leur diagnostic de la situation épidémique : la faible vaccination et le non-respect des gestes barrières. «Il est clair que nous sommes encore en phase d’augmentation des nouveaux cas et nous sommes en train de le constater au niveau des structures hospitalières», a déclaré le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, avant de qualifier la situation épidémiologique d’«inquiétante». Il y a un peu plus de vingt jours, l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Rouiba, où il exerce en tant que chef de service du laboratoire central, comptait à peine «6 ou 7 malades» de Covid-19. Dix jours plus tard, le chiffre a «augmenté à 15/16 malades» avant de doubler en dépassant «32 malades à la fin de la semaine», a-t-il indiqué, tout en faisant remarquer que la hausse est constatée partout dans les structures hospitalières.
C’est, en effet, le cas puisque c’est le même constat à l’hôpital Brahim-Tirichine (ex-Faubourg) de Blida, où le Pr Yacine Kheloui, pneumologue, a fait savoir que le nombre de malades hospitalisés a dépassé le nombre de lits prévus. «Il n’y a plus de places pour les malades Covid chez nous. On a dégagé un autre espace à l’hôpital Frantz-Fanon pour hospitaliser ce genre de malades», a-t-il déclaré. «On affiche complet au niveau du service Covid. Il y a beaucoup de cas sévères et cela tue !», a alerté le professeur, qui a regretté le décès, jeudi, d’une de leur consœur «médecin enceinte de 38 ans, sans aucune comorbidité». En outre, il y a également «des malades en ambulatoire, c’est-à-dire qui viennent à l’hôpital et prennent ensuite le traitement à domicile», a-t-il ajouté. C’est ainsi qu’il insiste que «le Covid tue», estimant que la propagation de cette maladie est «la conséquence de la non-vaccination et le non-respect des mesures barrières efficaces, concrètes, partout et tout le temps».
L’autre exemple de la situation des hôpitaux est donné à Oran. Le taux d’occupation des lits Covid, répartis entre l’hôpital Nedjma et l’hôpital d’El Kerma, a dépassé le seuil des 80% au cours des derniers jours, selon la direction de la santé et de la population (DSP) de cette wilaya. «Les lits Covid, au nombre de 320 répartis entre ces deux hôpitaux, sont actuellement occupés à un taux 83%», a indiqué le chargé de communication de la DSP, Youcef Boukhari. La moyenne des nouveaux cas confirmés «est passée de 45 cas par jour récemment, à une cinquantaine ces derniers jours», a-t-il précisé, ajoutant que la wilaya d’Oran compte actuellement 12 cas en réanimation dont 7 intubés. S’agissant des dispositions prises par les autorités locales pour faire face à un éventuel pic en cas de saturation des deux établissements dédiés aux malades Covid, il a affirmé que l’hôpital de Gdyel de 240 lits a été équipé et préparé pour une telle éventualité, déplorant que le «faible engouement» vis-vis de la vaccination. «Les 57 points de vaccination que compte la wilaya d’Oran ne comptabilisent parfois pas plus qu’une trentaine de personnes vaccinées par jour», a-t-il souligné.

«Plus de 95% des malades hospitalisés ne sont pas vaccinés»
C’est également sur l’acte vaccinal que le Pr Djenouhat a, lui aussi, tenu à attirer l’attention, déclarant que «la vaccination a évité l’hospitalisation à «une grande majorité» des nouveaux cas. «Le point commun entre les nouveaux malades, c’est que plus de 95% de ceux qui sont hospitalisés ne sont pas vaccinés». Par contre, a-t-il enchaîné, «on peut trouver des personnes qui ont été vaccinées et qui sont en train de tomber malades, mais ce sont des malades qui ne nécessitent pas d’hospitalisation». «Le peu de personnes vaccinées qui font des Covid font des formes bénignes de la maladie et sont soignés chez eux, en ambulatoire», a-t-il insisté.
Il ne faut pas oublier, par ailleurs, que la saison hivernale est un facteur favorisant l’émergence de virus respiratoires, comme le Covid-19 en circulation. Le problème qui se pose, selon le Pr Djenouhat, «c’est que nous sommes en hiver et les cas vont continuer d’augmenter. Mais on ignore encore si cette augmentation va se poursuivre ou s’arrêter à 400 cas ou 500 cas ou dépasser les 1.000», a-t-il dit. Une situation qui pousse le spécialiste immunologiste à replacer la vaccination dans la case «solutions» à préconiser pour éviter d’avoir une situation complexe, difficilement gérable.
Ne sachant donc pas ce qui pourrait advenir avec exactitude, il reste que «prévenir est mieux que guérir», a-t-il soutenu. «C’est pour cette raison qu’on lance (les spécialistes) de nouveau un appel au respect des mesures barrières et beaucoup plus par rapport à la vaccination», surtout que les vaccins sont «disponibles», a souligné le Pr Djenouhat, rappelant par la même occasion, que le «variant Delta qui domine cette 4e vague continue de circuler et de cibler principalement les personnes non-immunisées ou non-vaccinées», auquel viendrait s’ajouter le variant Omicron dont le premier cas a été diagnostiqué mardi dernier.
La vaccination continue de tourner au ralenti, avec un taux national de 27%, alors que des quantités importantes de doses sont disponibles. Ce sont 13 millions d’anti-Covid-19 qui sont stockés en attente d’être utilisés. Au vu de l’évolution de la situation épidémique que vit le pays, «les cas vont augmenter beaucoup plus en raison de la réticence et de l’hésitation vaccinale de la population et que, jusqu’à présent, on n’arrive pas à comprendre», affirmé le président de la Société algérienne d’immunologie. <