Par Khaled Remouche
Augmenter les exportations de gaz à 100 milliards de mètres cubes/an est un pic qui n’a jamais été atteint depuis l’indépendance du pays. Mais, il s’agit d’un sentier d’affirmation de la puissance énergétique du pays. Bémol, c’est une mission difficile à court terme. Mais à une échéance de dix ans, ce pari peut être relevé à condition d’actionner trois leviers et de bien évaluer l’option pétrochimie.
Au cours de la Foire de la production nationale, le Président de la République a placé la barre haut en termes d’ambitions économiques. Il a affirmé que l’Algérie devrait exporter 100 milliards de mètres cubes de gaz. Elle produit actuellement 100 milliards de mètres cubes, dont 50% sont consommés localement, a-t-il ajouté. Une mission certes pas impossible mais un pari difficile à relever. L’idée est néanmoins intéressante parce c’est avec un tel volume que l’Algérie démontre sa puissance énergétique aux pays tiers et qu’elle peut compter comme l’un des principaux acteurs sur l’échiquier énergétique mondial. Mais cette volonté a ses limites. Il faut savoir que l’Algérie a exporté dans les années 2000 au maximum 65 milliards de mètres cubes/an de gaz. Ce qui est sûr, à court terme, c’est une mission difficile. Et pour cause. Entre 2023 et 2025, avec l’exploitation des nouveaux gisements d’Isarène, du Sud-Ouest et de Tinhert, principalement, Sonatrach pourrait augmenter sa production de 10 à 20 milliards de mètres cubes. Une croissance qui pourrait ne pas aller vers l’augmentation des exportations mais vers la consommation domestique.
D’ailleurs, Toufik Hakkar, PDG de Sonatrach, a prévu une hausse importante de la consommation domestique durant cette période. A une échéance de 10 ans, ce pari pourra être relevé à condition que trois leviers soient actionnés.
Premièrement, il s’agit de recourir au gaz de schiste, ce qui suppose au préalable un consensus politique. Tout un chantier. Le deuxième est d’impulser l’investissement étranger dans le pays en attirant de nouveaux investisseurs pour accroître la concurrence. L’objectif de ce nouveau flux est d’exploiter les gisements découverts ces dix dernières années. Alnaft, l’agence nationale de valorisation des hydrocarbures, indique qu’il y a un potentiel important en gaz et pétrole à confirmer, mais que ces ressources sont plus difficiles d’accès et plus coûteuses et donc nécessitent des apports de capitaux et de nouvelles technologies. La question qui se pose de nouveau est de rendre attractifs ces périmètres pour les compagnies étrangères. L’autre facteur dont il faut tenir compte, c’est que Sonatrach dans sa stratégie 2030 a inscrit la valorisation des hydrocarbures comme axe de son plan de développement. La plus-value en termes de devises est plus importante si on transforme le gaz naturel en produits pétrochimiques en Algérie. La valeur est dix fois supérieure.
L’autre équation, et troisième levier, est la nécessité de rationaliser la consommation domestique de gaz : usage d’appareils de chauffage, de cuisine, de climatiseurs et d’équipements industriels moins énergivores, isolation thermique du patrimoine immobilier ancien et nouveau, sobriété dans la consommation énergétique.
L’autre piste est l’acquisition d’actifs gaziers à l’étranger. La question est de savoir si l’Algérie peut utiliser ses bons liens politiques avec des pays comme la Libye, le Mozambique, le Nigeria, le Soudan, l’Irak, pour acquérir des gisements de gaz en production ou en phase de développement qui puissent accroître ses exportations. La piste de l’offshore est également à explorer ; il faudra attendre les résultats des études sismiques et de forage d’un puits par Sonatrach et ENI à l’est du pays pour se rendre compte de l’importance de ces ressources offshore.

15 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures
Le Président de la République a également porté, dans ses déclarations au cours de sa visite à la Foire de la production nationale, l’ambition en termes d’exportation hors hydrocarbures à 15 milliards de dollars. L’objectif à atteindre est de 7 milliards de dollars en 2022 et 10 milliards de dollars en 2023. Au cours des neuf premiers mois de 2022, l’Algérie a réalisé 5 milliards de dollars, contre un niveau moyen de 2 milliards de dollars/an au cours d’une période d’au moins 20 ans. Quant à l’huile de table, il a indiqué qu’en mars prochain l’Algérie sera autosuffisante en ce produit de large consommation. Ce qui veut dire qu’elle ne va pas importer l’huile brute. L’Algérie table sur la mise en service des unités de trituration de graines oléagineuses de Jijel, réalisées par les frères Kouninef et récupérées par l’Etat algérien, et l’unité de trituration de graines oléagineuses de Cevital à Béjaïa. A cela, s’ajoute la mise en culture dans le Programme du ministère de l’Agriculture du tournesol, du colza ou autre plante oléagineuse. Ce qui veut dire que le processus de production de l’huile de table sera plus intégré. De la culture locale de la graine oléagineuse, sa trituration au raffinage de l’huile. Mais ce qu’il convient d’ajouter c’est que la production de graines oléagineuses ne sera pas suffisante. Pour un spécialiste, si on couvre 30 à 40% de nos besoins au cours des prochaines années, ce serait un grand progrès. Idem pour le sucre. <