La situation épidémiologique de l’Algérie a enregistré une hausse des cas contaminations au nouveau coronavirus durant trois jours consécutifs. Le nombre de cas confirmés est passé de 121 mercredi dernier à 146 vendredi. Mais d’une façon générale, cette hausse est qualifiée de «pas significative». La situation épidémiologique est «stable» et reste «gérable», s’accordent à dire les membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, qui mettent cependant en garde contre un quelconque relâchement sachant que «le virus est toujours là», que la rentrée scolaire pour 10 millions d’élèves ainsi que la rentrée universitaire n’ont même pas débuté, auxquels vient s’ajouter le risque de la grippe saisonnière maintenant que l’automne est bien installé.

«Il y a certes une hausse des cas, mais elle n’est pas significative. Quand on rapporte le nombre de cas de Covid-19 à la population générale, la hausse n’est pas énorme», a affirmé Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique. Il ajoutera, dans une déclaration à Reporters, qu’il ne faut pas perdre de vue qu’il y a «un nombre important de wilayas, allant parfois jusqu’à 38, qui n’enregistrent aucun cas pendant plusieurs jours et d’autres pendant plusieurs semaines, c’est un indicateur à ne pas négliger». Il reste que les grandes villes comme «Alger, Oran, Tizi Ouzou, Béjaïa, un peu Annaba et Constantine continuent d’enregistrer des cas car elles ce sont des villes qui connaissent une grande acticité humaine, et ce sont encore les vacances qui continuent, il y a encore des gens qui font des achats et d’autres qui vont à la mer, d’où il y a une promiscuité qui s’installe. Mais le reste de l’Algérie est pratiquement nul en termes de cas Covid-19», a indiqué Dr Bekkat Bekani.
«Qu’il y ait une vingtaine de cas à Alger, une dizaine à Oran et 5 à Constantine, cela ne représente pas grand-chose sur le plan épidémiologie», a-t-il assuré. «C’est une évolution en dents de scie, et d’une façon générale, on peut dire qu’il y a une stabilisation des cas, car ce n’est pas une hausse qui va crescendo», a-t-il encore insisté, tout en révélant qu’il pourrait encore y avoir «une hausse demain ou après-demain ou les prochains jours», mais tant que la hausse reste à ce niveau, cela reste «gérable» car «il faut regarder sur l’ensemble, et l’Algérie s’en sort plutôt bien».

Ne pas perdre les bonnes habitudes !
Mais ce que déplore Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins, c’est le relâchement constaté ici et là. «En voyant les chiffres baisser, les gens ont tendance à penser qu’il n’y a plus de coronavirus et commencent alors à perdre les bonnes habitudes de prévention. Au contraire, ils doivent être bien plus vigilants qu’avant afin que nous ne perdions pas tous les acquis réalisés» dans la bataille contre la pandémie de Covid-19. «Il faut continuer à porter le masque et à respecter la distanciation physique», a-t-il insisté, expliquant que «nous ne voulons et ne pouvons tout de même pas revenir à la situation de confinement d’avant».
C’est dans le même sens que s’est exprimé le Pr Abdelkrim Soukehal, épidémiologiste et membre du Comité scientifique, selon lequel «la situation épidémiologique est satisfaisante» avec «une courbe en baisse progressive depuis la fin de juillet dernier» et une «évolution baissière de tous les cas de PCR positive à travers tout le pays». Cependant, il a lui aussi mis en garde contre un relâchement de la population en termes de respect des mesures préventives, car la situation risque de «changer avec la rentrée scolaire et la grippe saisonnière au moment où le virus circule toujours».

Préserver l’école
Abordant la prochaine rentrée scolaire, Dr Bekkat Berkani est également revenu sur les mesures d’hygiène et de prévention à respecter étant donné que ce sont elles qui garantissent «la scolarisation tout en préservant la santé des élèves». «Sur le plan scientifique, on a déjà dit que les enfants étaient des vecteurs, c’est-à-dire qu’ils avaient tendance à être des porteurs sains et, en même temps, ils pouvaient contaminer les adultes, donc les enseignants, leurs parents», a-t-il dit. Il enchainera en expliquant que c’est pour éviter de tomber dans cette situation que le protocole sanitaire a été établi et a défini les précautions à prendre, à savoir moins d’élèves en classes, un seul élève par table, distanciation physique, lavage des mains, etc.
Le Pr Soukehal parle également de la nécessité de se conformer aux mesures de prévention, cela d’autant que «nous allons avoir un afflux d’enfants qui étaient jusque-là en confinement, qui vont se retrouver dans des endroits clos et où il y a risque de reprise des contaminations. Sur le plan clinique, la contamination sera visible avec des porteurs asymptomatiques. Ils sont infectés mais aussi infectants et vont amener le virus à la maison. Et c’est de cette façon que nous allons avoir des adultes contaminés par l’intermédiaire des enfants scolarisés et des étudiants», a-t-il mis en garde.

Transports interwilayas et ouverture des frontières : Patience !
La mise en garde est, par ailleurs, valable pour les transports interwilayas qui n’ont pas encore repris. Il a expliqué, à ce propos, que «le virus va voyager d’une wilaya à une autre. Nous allons alors avoir une contamination horizontale à travers tout le pays. Nous allons voir la naissance de clusters». Afin d’éviter de se retrouver dans une telle situation, il ne reste qu’«une chose à faire, c’est de rester extrêmement vigilant et appliquer avec rigueur les mesures barrières», a-t-il souligné. Cette vigilance doit être renforcée avec l’arrivée de la grippe saisonnière, selon le Pr Soukehal qui préconise «la vaccination pour éviter la confrontation de deux épidémies, l’une étant en voie d’extinction lente (Covid-19), et l’autre étant la reprise de la grippe saisonnière».
En effet, avec l’arrivée de l’automne, la grippe saisonnière risque de compliquer la situation dans le sens où il y a des symptômes qui sont pratiquement les mêmes et qui peuvent engendrer des complications en termes de diagnostic de la grippe ou de dépistage de Covid-19. La meilleure façon de se prémunir est de se faire vacciner, notamment les personnes âgées et les celles atteintes de maladies chroniques, selon les recommandations des médecins. L’Algérie va importer 2,8 millions de doses de vaccins contre la grippe saisonnière, rappelle-t-on.
Sur un autre chapitre, celui de l’ouverture des frontières, le Dr Bekkat Berkani a estimé que le moment ne semble pas propice, sachant que «les pays avec lesquels nous avons un trafic important et où il y a une forte communauté algérienne enregistrent plusieurs milliers de cas par jour». Il a cité l’exemple de «l’Ïle de France qui a enregistré plus de 20.000 cas quotidiens avant-hier». «Imaginez que des milliers de voyageurs arrivent en Algérie, partent dans leurs familles. S’il y a des cas confirmés parmi eux, nous aurons une importation de cas qui vont seront alors à l’origine de clusters qu’il sera alors difficile de maitriser…», a averti Dr Bekkat Berkani.