Le juge enquêteur près la Cour suprême a ordonné, hier, le placement de l’ancien ministre et ex-sénateur, Djamel Ould Abbès en détention provisoire à la prison d’El Harrach. C’est le troisième ancien haut responsable de l’Etat à être conduit vers la prison d’El Harrach à l’issue de son audition par le juge d’instruction près la Cour suprême.

Les deux anciens Premiers ministres, Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, ainsi que l’ex-ministre du Commerce, Amara Benyounes, ont connu le même sort, alors que Karim Djoudi, Abdelghani Zaâlane et Amar Tou, respectivement ancien ministre des Finances et ex-ministre des Transports, ont été placés sous contrôle judiciaire par la même juridiction.
Le cas de Djamel Ould Abbès a été instruit après que ce dernier se soit désisté de son immunité parlementaire. Il était désigné sénateur, membre du tiers présidentiel après avoir quitté le poste de secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), remplacé par Mouad Bouchareb, lui-aussi débarqué depuis peu du même poste après une fronde en interne, voire de ses fonctions de président de l’Assemblée populaire nationale (APN). Djamel Ould Abbès a comparu, dans la matinée d’hier, devant le juge enquêteur près la Cour suprême pour dilapidation de deniers publics, conclusion d’un marché en violation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur et faux en écritures publiques lorsqu’il était ministre de la Solidarité nationale et de la Famille. Le parquet général près la Cour suprême avait engagé les procédures de poursuite judiciaire à son encontre pour des faits punis par la loi. Il s’agit des chefs d’inculpation de « dilapidation de deniers publics, conclusion d’un marché en violation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, abus de fonction et faux en écritures publiques ». Le dossier de cette affaire avait été transféré au juge enquêteur désigné à cet effet pour prendre les mesures adéquates. Djamel Ould Abbès a siégé durant de nombreuses années dans les différents gouvernements du président déchu, Abdelaziz Bouteflika. Il était l’un des hommes réputés très proche de la famille Bouteflika. Durant de nombreuses années, il avait occupé successivement plusieurs postes ministériels dès l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, en 1999. Il avait même survécu à plusieurs remaniements et quitté le gouvernement en 2012 après douze années passées dans le giron du régime Bouteflika. Après avoir quitté le gouvernement en 2012, il a été désigné membre du tiers présidentiel siégeant au Conseil de la Nation. Il avait été, ensuite, désigné secrétaire général du FLN, en remplacement d’Amar Saâdani. Il avait occupé le poste durant plus de deux années, soit de 2016 à 2018, avant qu’il ne soit débarqué au profit de Mouad Bouchareb. Dès avril 2019, alors que la pression de la rue s’accentuait contre le 5e mandat de Bouteflika, dont il était l’un de ses fervents défenseurs, Djamel Ould Abbès se voit pris dans les filets de la lutte contre la corruption qui visait plusieurs anciennes figures du régime Bouteflika. Huit anciens Premiers ministres, ministres et walis ont été déjà entendus par le juge d’instruction, dont certains sont déjà en prison, d’autres placés sous surveillance judiciaire, alors qu’un seul wali, cité dans l’affaire Ali Haddad, a été relaxé jusqu’ici. Plusieurs anciens ministres sont actuellement dans les starting-blocks dans l’attente de leur audition par le juge d’instruction près la Cour suprême. Selon des indiscrétions, l’ancien ministre de l’Agriculture, Saïd Barkat, devrait être auditionné, aujourd’hui, pour des faits de dilapidation de deniers publics. Il a, également, renoncé à son immunité parlementaire, tout comme Boudjema Talaï et Amar Ghoul, dont les poursuites judiciaires ont été engagées à leur encontre après que ces derniers aient renoncé à leur immunité parlementaire. Sur les listings du juge d’instruction près la Cour suprême figurent aussi les noms d’Abdesselem Bouchouareb et Abdelkader Bouazegui, respectivement ancien ministre de l’Industrie et des mines, et ex-ministre de l’Agriculture ; le premier étant en fuite à l’étranger, alors que le second devrait comparaître devant la même juridiction dans les prochains jours. Les noms d’anciens walis et d’autres actuellement en poste y figurent également.