Après les explosions au port de la ville, mardi 4 août, Beyrouth, la capitale libanaise, offrait hier un spectacle de guerre. Au lendemain de cette catastrophe, le bilan est effroyable : au moins cent morts, des milliers de blessés, des centaines de milliers de sans-abri et des habitants cherchant encore des disparus et des affaires personnelles au milieu d’immeubles éventrés. Les autorités libanaises ont décrété trois jours de deuil.

D’après ces autorités, quelque 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, stockées «sans mesures de précaution» dans le port de Beyrouth, sont à l’origine de la puissance des déflagrations, les pires vécues par la capitale libanaise, malgré son histoire tourmentée.
La puissance de ces explosions présentées comme accidentelles est telle qu’elles ont été enregistrées par les capteurs de l’institut américain de géophysique USGS comme un séisme de magnitude 3,3. Leur souffle a été clairement ressenti jusque sur l’île de Chypre, à plus de 200 km de là.
L’explosion a soufflé les vitres des habitations dans la plupart des quartiers de Beyrouth et de sa grande banlieue et les artères de la ville restent jonchées de bris de verre. Les hôpitaux de la capitale, déjà confrontés à la pandémie de la Covid-19, sont saturés. Des habitants, blessés et ensanglantés, ont dû faire le tour des hôpitaux toute la nuit pour les supplier d’être admis.
«La situation est apocalyptique, Beyrouth n’a jamais connu ça de toute son histoire», a estimé le gouverneur de Beyrouth, Marwan Aboud. Selon ce préfet, les dégâts occasionnés par la double explosion se chiffrent entre trois et cinq milliards de dollars. Il a fait savoir que 300 000 Beyrouthins se retrouvent sans domicile. De son côté, le président de la municipalité de Beyrouth, Jamal Itani, a annoncé que 30 milliards de livres libanaises seraient immédiatement mobilisés, comme somme préliminaire, pour venir au secours des habitants. Il a souligné qu’un mécanisme allait être mis en place pour reloger les personnes sinistrées et couvrir les frais d’hospitalisation des personnes blessées. L’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), pour sa part, a dit craindre «à brève échéance un problème de disponibilité de farine». «Les stocks sont gravement endommagés», a dit à l’AFP le responsable des urgences de la FAO, Dominique Burgeon.

«Inadmissible»
Le Premier ministre, Hassan Diab, dont le gouvernement est contesté par une partie de la population et qui a été fragilisé encore davantage par la démission lundi du ministre des Affaires étrangères, a décrété trois jours de deuil national et promis que les responsables devraient «rendre des comptes». Il a également décrété l’état d’urgence pendant deux semaines pour la ville de Beyrouth, a annoncé en conférence de presse la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, précisant qu’«un pouvoir militaire suprême sera immédiatement chargé des prérogatives en matière de sécurité». Pour le chef de l’exécutif libanais, M. Diab, «il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2 750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire», a-t-il déclaré devant le Conseil supérieur de défense, selon un porte-parole.
Après le ravage du port de Beyrouth, et d’une grande partie de la capitale, une source au port de Tripoli a assuré à L’Orient-Le Jour que «le port de Beyrouth n’est plus opérationnel et ne le sera plus pendant un moment». «Les dégâts sont encore en train d’être évalués, mais les destructions sont énormes, que ce soit sur les quais, au niveau des bâtiments ou encore au niveau du système informatique. La direction du port de Beyrouth est totalement dépassée», témoigne-t-elle.
Pour la source précitée, l’intégralité du trafic maritime en matière de fret devrait être redirigée vers le second plus important port du Liban, celui de Tripoli. Le directeur de cette infrastructure assure que son personnel est «prêt» et que des contacts sont actuellement en cours pour organiser l’arrivée et le déchargement des premiers navires, notamment ceux affrétés par l’aide étrangère qui a commencé à se mobiliser.
A ce sujet, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a eu mercredi un entretien téléphonique avec le président libanais, Michel Aoun, au cours duquel il s’est enquis de la situation. M. Tebboune a assuré son homologue de «l’entière solidarité de l’Algérie avec le Liban dans cette douloureuse épreuve et de sa disponibilité à répondre aux besoins qu’il exprimera pour atténuer l’ampleur de la catastrophe». n

Deux Algériens légèrement blessés
Le ministère des Affaires étrangères a annoncé, hier mercredi, que deux (02) ressortissants algériens avaient été légèrement blessés lors des explosions qui ont secoué, mardi, le port de Beyrouth (Liban), affirmant que «jusqu’à présent aucune présence de ressortissants algériens n’a été signalée au niveau des hôpitaux de Beyrouth». «Après ma déclaration préliminaire, faite quelques heures après les explosions ayant secoué mardi 4 août le port de Beyrouth, nous avons confirmé aujourd’hui que deux (02) ressortissants algériens étaient légèrement blessés et jusqu’à présent aucune présence de ressortissants algériens n’a été signalée au niveau des hôpitaux de Beyrouth’, a déclaré le porte-parole du MAE, Abdelaziz Benali Cherif. «Des maisons et locaux commerciaux appartenant à trois (03) ressortissants algériens ont été considérablement endommagés, tandis que les biens de trois (03) autres ressortissants algériens, ainsi que le siège de notre ambassade à Beyrouth et la résidence de l’ambassadeur ont été légèrement touchés (vitres des fenêtres brisées)». «Le bilan de ces tragiques explosions fait l’objet de suivi par notre représentation diplomatique en vue d’évaluer son impact sur la communauté algérienne, résidant au Liban frère», a assuré M. Benali Cherif.