Le marché officiel des changes s’est complètement emballé ces dernières semaines ; le dinar poursuivant sa glissade pour la énième semaine de suite, malmené par la situation économique du pays où les fondamentaux restent sous pression, faute d’un mouvement haussier soutenu sur le marché pétrolier.

Les cotations hebdomadaires des billets de banque et des chèques de voyage, valables à compter du dimanche 27 décembre 2020, communiquées, dimanche, par la Banque d’Algérie montrent que la valeur de la monnaie nationale poursuivait sa décote sur le marché officiel. La valeur de l’euro est fixée par la banque centrale à 168,72 dinars, alors que la valeur du dollar est fixée à 138,23 dinars. Jamais la monnaie nationale n’a fréquenté des niveaux aussi bas. Le dinar s’effrite complètement face aux principales devises d’échange du pays ; une tendance baissière alimentée essentiellement par l’absence de perspectives à l’horizon, alors que l’économie s’enfonce dans la récession. Cette dévaluation était pour le moins prévisible en l’absence de réformes et des ajustements de fonds en mesure de limiter l’effet corrosif exercé par la baisse des cours du brut sur les fondamentaux de l’économie nationale. Depuis 2014, alors que les prix du pétrole dégringolaient sous le poids d’une offre excédentaire, les fondamentaux de l’économie baissaient dans le sillage des cours du brut et le dinar avait servi en amortisseur. La banque centrale avait d’ailleurs reconnu à maintes reprises de 2014 à 2017 que le taux de change du dinar a joué dans une large mesure son rôle d’amortisseur de chocs externes, «par sa flexibilité soutenue par les interventions de la Banque d’Algérie sur le marché interbancaire des changes». C’est-à-dire que le taux de change du dinar a été l’unique levier d’ajustement dont disposait les précédents gouvernements qui se sont succédé au gouvernail depuis 2014, année marquée par un spectaculaire retournement de situation sur le marché pétrolier. La banque centrale reconnait que le levier monétaire a été maintes fois actionné pour faire face à la chute des cours du pétrole. «Afin de prévenir toute appréciation du taux de change effectif réel dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme, la relative flexibilité du cours du dinar sur le marché interbancaire des changes permet d’absorber, en partie, l’effet de la chute des prix du pétrole. Les interventions de la Banque d’Algérie sur ce marché s’inscrivent dans cet objectif stratégique», avait écrit la banque centrale dans l’une de ses dernières notes de conjoncture. La rechute des prix du pétrole amorcée depuis le début de l’année en cours a amené l’actuel gouvernement également à reprendre à son compte les recettes de ses prédécesseurs et faire de la dévaluation du dinar une arme contre les effets pervers de la chute des prix du pétrole sur les positions financières internes et externes du pays. Sauf qu’il s’agit d’une arme à double tranchant, étant donné que cette dévaluation renchérit, certes, les importations et fait augmenter les recettes en dinar de la fiscalité pétrolière, mais son impact sur le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises est nuisible. La hausse du taux d’inflation de ces derniers mois est liée en partie à la baisse que connait la valeur du dinar depuis le début de l’année en cours. Le cours de change du dinar a connu d’importants ajustements depuis 2014. La valeur de l’euro est ainsi passée de 107 dinars-1 euro à la mi-2014 à 168,72 dinars-1 euro aujourd’hui, alors que la valeur du dollar est passée de 78 dinars-1 dollars en moyenne en juin 2014 à 138,23 dinars pour un dollar cette semaine. Cependant, la banque centrale a mis en garde dans sa dernière note de conjoncture que «l’ajustement du taux de change ne doit pas constituer le principal, voire l’unique levier d’ajustement macroéconomique». Pour que le levier d’ajustement monétaire soit efficace, la banque centrale suggère que celui-ci soit accompagné par la mise en œuvre effective d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomique, notamment budgétaire, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques, et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services.