Comme attendu, la visite en Algérie du Premier ministre italien, Mario Draghi, s’est soldée par le renforcement de la coopération énergétique entre les deux pays. Un renforcement qui porte, en premier lieu, sur les livraisons algériennes de gaz vers l’Italie, rassurant ainsi ce partenaire en cette période où le marché gazier international connaît de fortes perturbations, en matière de prix et d’offres, et impose aux pays importateurs de se mettre à l’abri d’une éventuelle pénurie de gaz en s’efforçant de réduire leur dépendance à la Russie.

Par Feriel Nourine
En effet, M. Draghi est reparti dans son pays après avoir assisté, lundi, aux côtés du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à la signature d’un accord entre Sonatrach et son partenaire historique ENI qui permet d’accélérer le développement des projets de production de gaz naturel, en conjuguant les efforts des deux sociétés, et d’augmenter les volumes de gaz exportés en utilisant les capacités disponibles du gazoduc Enrico Mattei (Transmed), a indiqué un communiqué de Sonatrach. Cet accord permet aussi aux deux sociétés de fixer les niveaux des prix de vente de gaz naturel, en ligne avec les conditions du marché, pour l’exercice 2022-2023 conformément aux clauses contractuelles de révision des prix, a souligné la même source.
Résultats de contacts de plusieurs mois entre les deux entreprises, sous la houlette des plus hautes autorités des deux pays, cet accord a été mis sur la voie de la concrétisation en novembre 2021, lors de la visite en Algérie du président italien, Sergio Matarella. «Les relations algéro-italiennes sont solides, anciennes et stratégiques, et nous travaillons afin de les consolider davantage», avait déclaré M. Matarella. Les contacts se sont, en effet, intensifiés depuis cette visite, se laissant fondre dans les relations privilégiées entre les deux pays, avant d’aboutir au résultat de lundi. Lequel témoigne de la dynamique favorable au rapprochement entre l’Algérie et l’Italie en cette étape de guerre en Ukraine qui reconfigure les alliances dans le monde. Dans le cas algéro-italien, l’alliance était déjà très solide et le devient assurément plus grâce à un accord qui vient à point nommé pour les deux pays, notamment pour l’Italie qui verra ses approvisionnements gaziers fortement augmenter à travers le gazoduc Transmed/ Mattei.
Ce que soulignera d’ailleurs, le Premier ministre italien devant la presse, en rappelant que «tout de suite après l’invasion de l’Ukraine, j’avais annoncé que l’Italie se serait rapidement organisée pour réduire la dépendance du gaz russe» et que, par conséquent, «les accords d’aujourd’hui sont une réponse significative pour atteindre cet objectif stratégique et d’autres suivront», s’est-il réjoui.
Selon un communiqué d’ENI, l’accord signé avec Sonatrach «permettra d’exploiter les capacités de transport disponibles du Transmed pour assurer une plus grande flexibilité d’approvisionnement en énergie et fournir progressivement des volumes croissants de gaz à partir de 2022, jusqu’à 9 milliards de mètres cubes de gaz par an en 2023-24».
L’Algérie devient ainsi le premier fournisseur en gaz de l’Italie, qui importe environ 95% du gaz qu’elle consomme, en étant l’un des pays européens les plus dépendants du gaz russe. D’Algérie, elle en avait importé durant le premier trimestre 2021 un total de 6,4 milliards de mètres cubes, soit une progression de 109% par rapport à 2020. Le contrat de vente de gaz entre les deux pays a été renouvelé en mai 2019 pour une durée de huit ans jusqu’en 2027, en plus de deux années optionnelles supplémentaires.
Le secteur des hydrocarbures occupe une place importante dans la relation économique algéro-italienne, grâce notamment au partenariat entre le Groupe Sonatrach et le groupe énergétique italien ENI, présent depuis 1981 en Algérie. Les deux Groupes gèrent le Gazoduc TransMed, avec une capacité d’exporter jusqu’à 32 milliards de m3 de gaz/an.
Le 20 mars dernier, Sonatrach et ENI ont annoncé une importante découverte de pétrole brut dans le périmètre de recherche Zemlet El Arbi, dans le bassin de Berkine, après avoir réalisé avec succès le forage du premier puits d’exploration dans ce périmètre.
Fin 2021, les deux partenaires avaient signé à Alger, un contrat dans les hydrocarbures, portant sur un investissement de 1,4 milliard USD et une production de 45 000 barils/jour, et un accord stratégique dans les énergies renouvelables. Les deux parties travaillent actuellement sur une douzaine de projets aussi bien dans l’exploration que dans la production des hydrocarbures.
Lors d’une visite en Algérie, il y a quelques jours, le PDG d’ENI, Claudio Descalzi, s’est dit «très satisfait» du partenariat avec la Sonatrach, qualifiant l’Algérie de partenaire «de confiance» et «crédible», en exprimant son «très vif intérêt à continuer à investir en Algérie».
De son côté, Sonatrach a indiqué, avoir mis en avant l’accord signé lundi avec son partenaire, soulignant qu’il confirme la «forte» collaboration entre les deux sociétés aussi bien dans les activités d’exploration et de production d’hydrocarbures que dans le domaine des énergies nouvelles et renouvelables, telles que l’énergie solaire, l’hydrogène, les biocarburants, le captage, le stockage et l’utilisation du CO2. En ce sens, M. Draghi a fait savoir que son pays était prêt à «travailler avec l’Algérie pour développer les énergies renouvelables et l’hydrogène vert», tout en souhaitant «accélérer la transition énergétique pour créer davantage d’opportunités de développement».
Il s’exprimait après l’audience que lui avait accordée Abdelmadjid Tebboune, soulignant que «l’Algérie et l’Italie s’attèleront, en outre, à élargir leur coopération à d’autres domaines». Dans cette perspective, une rencontre de haut niveau entre les Gouvernements des deux pays est prévue en juillet prochain, a-t-il annoncé, ajoutant que ce rendez-vous sera précédé par une visite que devrait effectuer le Président Tebboune en Italie en mai prochain. n