La sortie dans la rue, ce vendredi 22 février, de milliers d’Algériens à travers le territoire national pour exprimer leur rejet du cinquième mandat semble avoir eu l’effet d’un choc. L’évènement est venu irrémédiablement s’introduire dans le débat politique en devenant un élément inévitable à l’avenir. En cette période pré-électorale propice à tous les débats et sujette à toutes les manœuvres, cette évolution avec son lot d’inconnues et ses possibles bouleversements devrait à l’évidence booster davantage la scène politique. L’instant de surprise passé, l’on tente de comprendre le mouvement et les possibles évolutions futures. Le nombre des marcheurs du vendredi qui ont exprimé une opinion politique et revendiqué un rejet du cinquième mandat est aujourd’hui sujet à polémique. Ceux qui ont battu le pavé dans les grandes villes du pays sont-ils représentatifs de la société algérienne et portent-ils la voix de la majorité ? Les partisans de la continuité estiment que les revendications légitimes des Algériens qui ont marché expriment une certaine exaspération vis-à-vis des acteurs politiques du pays. Ces derniers sont sommés d’écouter et de répondre aux revendications des milliers de jeunes sortis dans la rue. Les partis politiques dans leur diversité, visiblement mis hors-jeu face à cet évènement inattendu, tentent de surfer sur la vague. Désormais, ils devront inclure dans leurs discours la nouvelle donne dans la perspective du grand rendez-vous d’avril. A quelques jours de la clôture de la période des dépôts de dossiers pour les candidatures, qui aboutiront à dégager ceux parmi eux qui seront dans les starting-blocks, il y a comme une nouvelle situation. L’opposition tentera certainement dans les jours avenir de reprendre à son compte ce qui s’est passé vendredi et récupérer la donne.
Les partisans de l’Alliance présidentielle sont, de leur côté, particulièrement attendus pour tenter de reprendre la main et démontrer à l’opinion qu’il y a des millions d’Algériens qui sont loin d’être en accord avec les mots d’ordre des marches de vendredi. Un fait marquant qui suscite l’optimisme : les marches du 22 février se sont déroulées globalement dans le calme. Les pouvoirs publics ont bien réagi en encadrant une expression politique légitime sans qu’il y ait de dérapage. Mais ces effervescences populaires sans encadrement politique identifié pourraient également mener le pays dans une véritable impasse politique. Si les différents acteurs politiques ne désamorcent pas la situation, il y a un évident risque de dérapage.
Il est clair que toute revendication politique appelle une réponse. Il reste comme un évident risque de tension extrême, ce qui mettrait le pays dans une situation de fragilité. A l’évidence, la présidentielle du 18 avril prend, comme attendu, une allure très disputée. De bon augure pour la vie politique algérienne. A condition d’éviter comme la peste les tentations du pire.<