La première édition du Festival «Phonetics», qui s’est déroulée du 22 au 24 novembre dernier, a surpris par son concept innovant et a eu de bons échos auprès des artistes et du public, curieux de découvrir ce nouvel univers où le son est exploré dans de multiples dimensions.

Conçue et imaginée par Edgard Savary, Wassyl Abdoun Tamzali et Paul Emilien, cette manifestation aura ainsi exploré l’étendue des acceptations que l’on pourrait donner à la définition du son à l’occasion de ce festival d’art sonore. Les organisateurs expliquent, dans la présentation à ce sujet, qu’au-delà de la musique « les sons ont de nombreux autres usages et manières d’êtres, ils servent à se repérer dans l’espace, à identifier une source et à juger d’une humeur ou d’un état d’âme». Les trois jours du festival ont notamment été marqués par des actions artistiques interactives dans l’espace urbain, des concerts à l’Institut culturel français d’Alger, partenaire de la manifestation, des rencontres autour du son à la Casbah d’Alger, ainsi qu’une exposition d’œuvres expérimentales aux «Ateliers sauvages » d’Alger centre. L’occasion de découvrir le fruit de la résidence d’artistes, qui s’est déroulée en amont du Festival durant quinze jours dans le même espace, en partenariat avec la marraine de l’événement Wassila Tamzali. L’exposition aura ainsi été l’occasion de découvrir les installations de plusieurs artistes dont celle de Rudy Decelière, de Xavier Boissarie, de Paloma Colombe, mais aussi de la Tunisienne Rehab Hazgui, qui a animé vendredi et samedi derniers un atelier sur la «Fabrication de synthétiseur». L’artiste autodidacte rencontrée, alors qu’elle expliquait à ses élèves les différentes étapes de création d’«une boîte à sons » au moyen de composantes électroniques de base, nous explique comment elle est passée de la conception graphique à la création de sons. En soulignant : « J’ai débuté dans cette voie après mes études de design graphique. J’ai travaillé dans le domaine de la post-production, notamment dans le secteur du cinéma puis je me suis intéressée aux sons produits au travers de l’électronique, ainsi qu’aux phénomènes physiques qui créent ces fréquences.» A propos de l’atelier qu’elle a animé à Alger, elle nous confie qu’elle propose déjà ce type d’atelier de formation depuis quelques années en Tunisie en précisant que «ce type d’atelier peut être ouvert à tout le monde, ce n’est pas seulement du domaine des musiciens». Le concept étant ici de s’inspirer du schéma, créé en 1980 par l’ingénieur américain Forrest Mims, mais en y ajoutant toutefois une nouvelle partie permettant de se connecter à d’autres machines et de monter une « console Azki Punk». Elle explique à ce sujet qu’un circuit électronique permet de «sculpter le son, oui c’est la même chose qu’une sculpture. On peut amplifier diminuer les fréquences, lisser le son et tant d’autres possibilités». L’Atelier de formation apparaissant ainsi comme un rendez-vous artistique, ludique mais aussi par certains aspects, un atelier scientifique qui permet de maîtriser certains éléments de base nécessaires à la création. Rehab Hazgui, également connu comme DJ, précise que «c’est avant tout une passion. Le processus de création d’une machine, d’assembler les composantes, de comprendre la conversation qui se passe entres ces éléments, le passage de l’énergie du signal, c’est vraiment captivant. Et être témoin de la naissance d’une machine qui produit est en soit un accomplissement ». Pour rappel, le Festival « Phonetics », dont le concept est certainement une première à Alger, a rassemblé une quinzaine d’artistes algériens et étrangers dans une démarche inédite autour de vibrations créatives