Problématique qui revient au-devant de la scène, la question de la disponibilité et de la vente du livre papier et du livre numérique via internet trouve, aujourd’hui, tout son sens. En effet, alors que les Algériens sont aujourd’hui confinés chez eux, que l’ensemble des librairies du pays sont fermées et que le travail du secteur de l’édition est presque totalement à l’arrêt, il est plus facile d’avoir accès au livre numérique sur les sites internationaux que sur les sites algériens. Ainsi, le chantier, plusieurs fois abordé ces dernières années par le secteur de la Culture, sans que le public constate pour autant de grands changements sur le terrain, semble néanmoins susciter discussions et réflexions des professionnels du livre, eux-mêmes, nous fait savoir l’un de membres de l’Organisation nationale des éditeurs de livres (Onel).
En effet, contacté hier, Salhi Abdelhalim, lui-même éditeur à la tête de La Bibliothèque verte, une maison d’édition notamment spécialisée dans le livre jeunesse, nous explique que l’organisation à laquelle il appartient consultait actuellement ses membres, alors que la crise sanitaire frappe de plein fouet le marché du livre, « nous sommes en discussion sur les mesures à prendre collectivement pour faire face à cette situation (…) mais il faut savoir que la situation est déjà difficile pour les collègues des pays où le marché est très développé ».
Précisant en ce sens que les résultats de ces concertations n’étaient pas encore connues, des questions telles que la vente en linge, la création d’un système de livraison des commandes, mais aussi la question du livre en version numérique sont aujourd’hui les pistes les plus probables. «Je ne suis qu’un des membres de l’Onel, je ne peux pas encore me prononcer de façon précise sur ce que donneront ces discussions, mais il est sûr que nous allons vers l’idée de la vente du livre en ligne et en version numérique, c’est une question qui doit être prise en charge», nous confie-t-il. Il ajoute que la situation actuelle mettait également en lumière la faiblesse du marché du livre algérien en estimant qu’«aujourd’hui l’édition est à l’arrêt, la distribution est stoppée, les librairies sont fermées (…) Nous devons nous réorganiser à notre niveau, trouver les moyen d’assurer les demandes des lecteurs ».
Discussions entre professionnels qui interviennent alors que les demandes et le regain d’intérêt des Algériens pour le livre ont été constatés. Salhi Abdelhalim en a lui-même été témoin à la veille de l’instauration des mesures de confinement, expliquant que durant les 48 heures ayant précédé la fermeture des librairies, « je peux vous dire que dans l’une des libraires d’Alger à Chéraga, les ventes ont augmenté. C’est une réalité, je ne peux parler que pour cette librairie, mais les ventes étaient très importantes alors qu’elles sont habituellement faibles (…) Les clients ont acheté énormément de livres, dont beaucoup de romans, mais aussi des jeux de société et des articles pour enfants ».
Le livre étant en effet « le remède contre le stress que l’on peut connaître (…) Je dirais même que c’est le meilleur moyen de s’éloigner de l’internet et de l’information en continue », explique l’éditeur, qui souligne néanmoins la préférence qu’il partage avec nombre de lecteurs pour le livre papier. En concluant : « Le livre numérique est intéressant mais il ne remplacera pas la qualité d’un livre papier. Je pense même que lire un livre sur un support numérique nuit à la concentration. » n