«L’Algérie est le premier pays concerné par la stabilité de la Libye et, qu’on le veuille ou non, nous n’accepterons jamais qu’elle soit écartée des solutions proposées au dossier libyen.»

Dans son discours d’investiture, le président de la République Abdelmadjid Teboune s’est voulu sans ambiguïté sur le dossier particulièrement brûlant du grand voisin de l’Est, dont l’instabilité est devenue source de menace régionale. L’Algérie, qui est pour un traitement régional de la question libyenne avec les voisins directs, à savoir la Tunisie et l’Egypte, n’entend désormais plus accepter un interventionnisme qui semble prendre de l’ampleur.
«L’Algérie déploiera davantage d’efforts en faveur de la stabilité de la Libye et de la préservation de l’unité de son peuple et de son intégrité territoriale», fera noter le nouveau président, appelant «tous les frères libyens à la réunification des rangs, au dépassement des divergences et au rejet de toute ingérence étrangère, qui ne fait que les éloigner les uns des autres et entraver la réalisation de leur objectif de construire une Libye unie, stable et prospère». Les efforts d’Alger concernant ce pays s’inscrivent dans le but de trouver un terrain d’entente entre les parties en Libye pour, justement, éviter une scission qui pourrait s’avérer désastreuse pour toute la région. La mise en garde contre «l’intervention étrangère» est d’autant plus pertinente qu’Alger a toujours œuvré pour la réunification entre les parties en présence depuis la chute du régime de Kadhafi. Il est indéniable que le dossier libyen pourrait bien être le plus difficile à gérer à l’avenir pour la diplomatie algérienne, tant ce pays est aujourd’hui au centre de luttes feutrées entre puissances régionales.
La Libye, grand pays d’Afrique du Nord, est aujourd’hui partagée en deux entités antagoniques. En dépit de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU à la Libye depuis 2011, la Turquie offre un soutien militaire affiché aux forces du Gouvernement d’union nationale. Ces dernières sont basées à Tripoli et dirigées par le Premier ministre Fayez Al-Sarraj. Les autres soutiens dont bénéficie Al-Sarraj sont les mêmes qu’auparavant, à savoir la Turquie, le Qatar mais aussi l’Italie et la Grande-Bretagne. D’un autre côté, les troupes de Khalifa Haftar contrôlent une large partie du pays et continuent leur offensive contre Tripoli, où siège le Gouvernement d’union nationale. Soutenu par le Parlement de Tobrouk dans l’Est depuis 2014, Khalifa Haftar, longtemps proche des Américains, s’appuie aujourd’hui sur plusieurs puissances régionales et étrangères. Ses principaux soutiens sont principalement l’Egypte et les Emirats arabes unis. Mais aussi l’Arabie saoudite, la Russie et la France. L’application, annoncée par Tripoli, d’un accord de coopération militaire avec la Turquie ouvre la voie à une intervention turque plus poussée en Libye pour contrer le maréchal Khalifa Haftar, soutenu, lui, par des pays rivaux d’Ankara dans la région. Ce qui fait déjà de ce pays un point chaud sur la carte des conflits. Les soubassements de ces interventions concernant les richesses pétrolières de ce pays ne sont pas difficiles à deviner. Des analystes et l’ONU mettent en garde contre le risque d’une escalade et d’un scénario à la syrienne en cas d’une implication plus directe de pays étrangers en Libye. La posture nouvelle d’un acteur, la Turquie, sur ce dossier pourrait compliquer un tant soit peu la situation de ce pays et irrémédiablement inquiéter les voisins directs qui pourraient être impactés par toute complication de la situation.