De nouveau la tension dans le secteur de la justice. Les «robes noires» ont tenu hier un rassemblement devant le tribunal Sidi M’hamed (Alger) pour dénoncer «des atteintes aux droits de la défense» et plaider le respect dû au travail des avocats. Sur le lieu du rassemblement, Abdelmadjid Sellini a crié sa colère en décriant «la justice des injonctions et de la Hogra». La grève des avocats se poursuivra jusqu’à jeudi, selon le bâtonnier d’Alger.

Par NAZIM B.
Les avocats en colère ont tenu à marquer le coup en dépit du dispositif policier mis pour la circonstance et d’une chaleur suffocante, exhibant des pancartes en lien avec l’exercice du métier d’avocat. «Nulle justice sans les droits de défense», «cessez l’humiliation des avocats», «arrêtez les dépassements envers l’avocat», «cessez vos slogans», sont entre autres les mots d’ordre portés par les manifestants dans ce qui traduit le désarroi de cette catégorie professionnelle dans un contexte marqué par la récurrence des procès, des renvois et des procès en appel.
Prenant la parole lors de ce rassemblement, le bâtonnier d’Alger Abdelmadjid Sellini a crié son ras-le-bol, en déclarant : «L’Algérie a besoin d’une vraie justice, pas d’une justice du téléphone et de le hogra.» Il a ajouté que «les avocats sont lassés par une justice aux ordres, y en a marre». Cette action, qui ne révèle pas moins la colère qui couve dans la corporation, risque de connaître un prolongement de la contestation qui verra les robes noires paralyser les juridictions de la capitale. Le gel des activités est déjà en cours au Tribunal de Dar El Beïda en solidarité avec leur confrère suite à la «saisie arbitraire» de son véhicule sur ordre d’un procureur, indique-t-on au niveau de la juridiction algéroise.
Cet incident «reflète la supériorité et la domination de certains responsables de la Justice», a jugé le Barreau d’Alger dans un communiqué rendu public à la veille de la célébration de la fête de l’Indépendance. D’où l’option de tenir le rassemblement d’hier tout en appelant à boycotter les audiences de la Cour d’Alger et ses Tribunaux. Le bâtonnat d’Alger a décidé également de s’adresser «à la plus haute autorité du pays pour l’interpeller sur les dépassements qui visent les droits de la défense».
Il y a un mois, les avocats sont montés au créneau pour dénoncer l’incarcération de leur collègue Arslane Abderaouf exerçant à Tébessa. «La décision est maintenant entre les mains des avocats. Soit nous affirmons notre existence, soit nous disparaissons», avait soutenu l’avocat Abdelghani Badi. De son côté, Maître Zoubida Assoul affirme que «maintenir notre confrère Arslane en détention provisoire est un affront aux 48 000 avocats et au droit de la défense». «Nous devons réagir vite avant qu’il ne soit trop tard pour défendre les libertés consacrées par la Constitution de l’Algérie nouvelle», a-t-elle ajouté à l’adresse de la corporation.
Il s’agit, de «s’engager dans des actions publiques pour faire entendre et protéger «la voix des avocats et l’exercice de leurmétier en toute liberté et conscience», soutiennent, unanimes, les avocats qui ont pris part à l’action d’hier, estimant que «la justice indépendante ne sera pas sans pouvoir judiciaire réel sous la loi et indépendante du pouvoir exécutif». A rappeler que l’Union nationale de l’ordre des avocats (Unoa) a constamment dénoncé «les atteintes aux libertés et aux droits de la défense» notamment dans les procès des manifestants du mouvement populaire arrêtés et mis en prison. La situation a été décriée également par des figures de la corporation. «Depuis que j’exerce comme avocat, je n’ai jamais constaté autant de cas d’atteinte aux droits et aux libertés, contraires à la Constitution…», s’est indigné Maître Mostefa Bouchachi.