Depuis quelques jours, un conflit entre Tayeb Louh, ministre de la Justice, garde des Sceaux, et Ahmed Ouyahia, Premier ministre, anime le paysage politique. Cette rivalité entre les deux hommes, un responsable au FLN et l’autre premier responsable du RND, n’est pas fortuite… Eléments de réponse.

C’est à partir d’Oran, où il s’était rendu la semaine passée, que Tayeb Louh a choisi de descendre en flammes son Premier ministre, l’accablant de faits liés principalement à l’emprisonnement de cadres dans les années 90, mais également sur les taxes introduites dans la LFC 2018 sur les documents biométriques que le chef de l’Etat a supprimé en Conseil des ministres. Ces attaques n’ont eu comme réplique qu’un communiqué laconique du RND fait principalement de rappels des faits, donc une réponse molle qui n’a pas eu d’effet sur Louh. Ce dernier a choisi plutôt de revenir à la charge, quelques jours après, pour maintenir ses propos et démentir toutes excuses de sa part.
D’aucuns s’interrogent sur l’étrange et inattendue sortie du ministre de la Justice, mais également sur le timing choisi pour tomber à bras raccourcis sur le Premier ministre. A vrai dire, et comme l’a souligné le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, la guéguerre entre Louh et Ouyahia ne concerne en aucun cas l’ex-parti unique, mais reste confinée au sein de l’Exécutif. L’attaque de Louh intervient, en effet, à un moment où tout le monde s’attendait à un changement de gouvernement. Selon les indiscrétions d’un ministre du gouvernement Ouyahia, «la liste du nouveau gouvernement est prête depuis quelques jours». Ce qui explique, selon lui, «cette charge de Louh contre le Premier ministre». «C’est une manière pour lui de hâter le lifting de l’Exécutif», surtout qu’«un gouvernement politique» est attendu pour «mener l’échéance électorale à venir en faveur du candidat du consensus». Même explication donnée par un ancien ministre réputé proche d’Ahmed Ouyahia. «Les attaques de Louh contre Ouyahia sont d’abord personnelles et informent, si besoin est, que l’Exécutif sera remanié au plus tard à la mi-décembre», a-t-il dit, confirmant la validation de l’idée du remaniement par le président de la République. Sauf que notre source ne s’est pas limitée à fournir cette analyse, mais va au-delà de la place que voudrait occuper les deux hommes au sein du gouvernement qui organisera l’élection présidentielle d’avril 2019, mais évoque «une offensive» de Louh destinée directement à ses pairs du FLN. «Tout le monde sait que l’une des ambitions de Louh est de prendre la tête du FLN», a-t-il indiqué. Précisant que le ministre de la Justice «veut se placer, d’ores et déjà dans l’après-Ould Abbès qui serait envisagé en haut lieu». Plus explicite, l’ex-ministre pense que «Louh veut tout simplement dire qu’il est le seul capable de tenir tête au RND d’Ouyahia». Cela prouve que sa sortie visait des objectifs personnels, d’où la réaction d’Ould Abbès qui s’est désolidarisé publiquement de lui.