L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a réagi fermement aux déclarations du chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP), sans le citer, réfutant les accusations portées à propos de supposées «nombreuses tentatives de modifier les résultats» des élections législatives de samedi 12 juin.

PAR INES DALI
«Les déclarations et communiqués émanant de certaines parties connues pour de telles pratiques et qui sont sans fondement attentent à l’engagement de l’ANIE et à son intégrité reconnue tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, en prétendant qu’elle n’est pas capable de protéger les voix des électeurs et en appelant le président de la République à assumer la responsabilité sur un ton de menace», s’est offusquée l’ANIE dans un communiqué, en guise de mise au point au MSP. Elle rejette, ainsi, les allégations qui visent à remettre en cause sa probité et son honnêteté mais, plus grave encore, également à l’Etat.
«Ces allégations portent atteinte aux valeurs de l’Etat et de la République, et sont un appel fallacieux pour semer l’anarchie et le doute», a-t-elle dénoncé dans le communiqué publié dimanche en soirée, soit quelques heures après les déclarations du parti en fin de journée. Pour les observateurs, l’ANIE aurait dû être plus prompte à réagir car les déclarations du président du parti islamiste, Abderrazak Makri, avaient déjà été largement diffusées. Profitant du silence de l’Autorité des élections, le MSP a revendiqué la victoire aux législatives à l’intérieur et à l’extérieur du pays, tout en mettant en garde contre des tentatives de fraude. Dans le communiqué signé par son premier responsable, il a affirmé être «en tête des résultats des élections dans la majorité des wilayas et à l’étranger». «Nous prévenons que certaines tentatives de vouloir changer les résultats, comme cela se faisait auparavant, auront des conséquences dommageables pour l’avenir du pays et l’avenir de l’action politique et électorale. Nous appelons le président Tebboune à protéger la volonté populaire exprimée réellement comme il l’a promis», a averti le chef de principal parti islamiste.
Se défendant encore contre les accusations la visant directement, l’ANIE a réaffirmé qu’elle est «digne de confiance et à la hauteur de cette responsabilité», soulignant avoir «honoré ses engagements et ses promesses conformément à la Constitution et à la loi organique sur les élections en assurant toutes les conditions et toutes les garanties qui ont permis au peuple de voter, ce qui a donné satisfaction aux candidats, des partis et des listes indépendantes, aux législatives du 12 juin».
La mise au point de l’institution que préside Mohamed Charfi s’adresse également à un autre parti, puisque le secrétaire général du FLN, a, lui aussi, fait des déclarations dans lesquelles il avance que son parti est vainqueur de ce scrutin, et ce, avant même la fin du comptage des voix à travers toutes les wilayas. «Les premières indications qui nous sont parvenues des wilayas du pays et de l’étranger montrent que le FLN est classé premier aux législatives», a estimé le président de l’ex-parti unique, Abou El Fadhl Baadji, dimanche après-midi. A rappeler que le MSP s’était déjà exprimé samedi soir, via un communiqué, pour signaler «deux dépassements à l’issue de l’opération de vote», citant le cas du «refus de l’Autorité nationale indépendante des élections de remettre le procès-verbal de dépouillement aux représentants des candidats, ce qui est contraire à la loi 01/21 portant code électoral, notamment l’article 152». Durant toute la campagne électorale, et même avant le début de la campagne, le chef du parti islamiste a, à chaque fois, évoqué le sujet de «la fraude». C’est un mot qui est revenu, et sur le même ton, dans pratiquement chacune de ses sorties médiatiques, à la radio, à la télé, estimant que si son parti n’était pas largement vainqueur, c’est qu’il y aurait eu fraude. Sa dernière sortie médiatique, dimanche, à propos de la fraude est donc une continuité dans le discours de Makri, mais qui est assimilée, vu le contexte, à une sorte de «forcing» et d’«exploitation de la brèche» ouverte par la lenteur qui caractérise l’opération de dépouillement. Dans une déclaration à la presse tard dans la soirée de samedi, soit le jour des élections, le président de l’ANIE, Mohamed Charfi, avait fait savoir que les résultats pourraient n’être connues que «dans 96 heures», l’opération de comptage étant compliquée en raison du nouveau mode du scrutin avec listes ouvertes.
L’opération prendra nécessairement plus de temps, avait-il souligné, notant que l’ANIE fera tout son possible pour donner les résultats provisoires et afin de permettre, aussi, au Conseil constitutionnel d’entamer la dernière étape pour la proclamation des résultats définitifs. <