C’est fait ! Makhloufi est monté sur le podium à l’issue d’une course mémorable où le champion du monde kenyan, Timothy Cheruiyot, a été le lauréat après une course folle dans laquelle il a été le lièvre et le gagnant. Makhloufi, le champion olympique de Londres, a été tout simplement, de son côté, époustouflant. Lui qui se relève de mauvaises blessures l’ayant tenu éloigné des courses de demi-fond depuis deux ans.

Il aura eu le mérite de ramener dans la besace algérienne une médaille, laquelle, d’argent, d’or ou de bronze ne nous fera pas oublier que cette récompense n’est qu’un arbre qui cache mal toute une forêt de courses aux postes, de lancers d’accusations, de sauts de la réglementation, et de tirs acerbes les uns sur les autres, pour rester dans le jargon de l’athlétisme. Du monopole mondial des courses de demi-fond, femmes et hommes, après les exploits de Hassiba Boulmerka et Noreddine Morceli, l’Algérie a encore fait illusion un moment, pour sombrer par la suite corps et âme dans les abysses du népotisme et de l’impotence cérébrale. Les scandales feront légion. Et si médailles il y avait pour les inconsistances et les écarts de conduite de nos responsables au niveau de l’athlétisme, l’Algérie aurait été sans conteste sur la plus haute marche du podium.

Le sport en otage
Les responsables qui se succèderont à la tête de la Fédération algérienne d’athlétisme (FAA) et à celui du comité olympique algérien ne marqueront leur passage que par du favoritisme, du clientélisme, et –surtout- d’une mise à l’écart de toute compétence sportive qui pourrait s’illustrer. Des champions en herbe en pentathlon, en courses de fond, demi-fond et rapides, de lancer de poids, de saut à la perche, marche, ou en 3000 steeple, pour ne citer que ces disciplines, verront leur carrière rester au ras des pâquerettes. Le même sort touchera aussi des pépites en natation, très vite étouffées dans des bassins glauques. La tutelle, dans notre cas le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS), ne verra rien des incartades et des foucades de ceux qui ont été cooptés aux destinées d’un sport qui nous a apporté tant de satisfactions dès les années 70 du siècle dernier. Le comité olympique algérien et la FAA, étant devenus des propriétés privées, les Ubu auto proclamés rois ne feront parler d’eux que lors des frasques de leur appétence sans limites pour les flonflons et les honneurs, grassement rétribués, normalement destinés aux athlètes. Les déplacements à l’étranger, surtout lors des championnats du monde et jeux olympiques, verront au sein de la délégation plus de membres des familles des responsables que d’athlètes qui avaient pourtant en poche les minimas exigés pour les joutes internationales.

Zorro et Ali Baba
Rio, Londres et Moscou, pour ne citer que ces destinations, ne seront pas un terrain de jeu pour nos athlètes mais des destinations touristiques pour femmes et enfants de messieurs les responsables. Les scandales qui suivront ces frasques ne vivront que le temps d’une déclaration à la presse, puis on passe à autre chose, un autre voyage aux frais des deniers publics, de préférence. Raouf Bernaoui, le ministre de la Jeunesse et des Sports, pour avoir osé dénoncer du bout des lèvres la présence de la famille de plusieurs responsables olympiens et fédéraux lors des jeux africains de 2019 au Maroc, des détournements du projet de réhabilitation du complexe sportif de Tikjda, entre autres, subira la foudre et les moqueries de Mustapha Berraf et de Amar Brahmia. Le premier, un ponte connu et reconnu dans les arcanes de l’olympisme, le second, un athlète de talent durant les années 80 dans le demi-fond mondial. Berraf tombera à bras raccourcis sur Bernaoui. Lui qui a encore osé découvrir que « les tenues des athlètes algériens en partance pour Doha valaient trois fois moins », le traitant d’ignare. Quant à Brahmia, il défiera le ministre de nommer « non pas vingt, mais une seule personne » qui ne méritait pas de figurer sur la liste au départ pour les jeux africains du Maroc. Berraf et Brahmia, qui ont survécu à plusieurs ministres de la Jeunesse et des Sports, ne sont apparemment pas prêts à se rendre aux évidences de «Zorro», et «l’ignare », les termes choisis par l’ancien champion du demi-fond pour qualifier Bernaoui, qui, qu’on le veuille ou non, représente l’Etat Algérien et à qui l’on doit le respect que l’on doit aux fonctions et aux institutions étatiques. Le calumet de la paix n’ayant émis aucune fumée et la hache de guerre loin d’être enterrée, la guéguerre entre les responsables des sports d’athlétisme et le ministère de tutelle se verra sûrement relancée dans les tous prochains jours. Et ce n’est pas la médaille d’argent ramenée de Doha par Makhloufi qui changera quelque chose.