Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’assurance «sinistres» n’a pas enregistré de hausse durant l’année en cours comme auraient pu le suggérer les incendies ravageurs qu’a connus le pays pendant l’été 2021 dont les effets sont toujours visibles près d’une année après.

Par NAZIM BRAHIMI
C’est du moins ce que révèle la dernière note de conjoncture du Conseil national des assurances (CNA) dans le volet dit «sinistres», en faisant savoir que les cas déclarés auprès des sociétés d’assurance, au titre du premier trimestre 2022, ont atteint 17,4 milliards de DA, en régression de 9,4%, et 21,8% en nombre de déclarations, comparativement à la même période de 2021. Pourtant, les pertes étaient si énormes que l’on s’attendait, en toute logique, à une percée du taux d’adhésion à cette branche d’assurance.
Idem pour les «Assurances agricoles», qui ont toujours réalisé un rendement faible par rapport au chiffre d’affaires du marché global, soit un taux de tout juste 1,3% réalisé durant le trimestre dernier, selon la même source.
Avec une production de 507,9 millions de DA, cette branche a connu une baisse de 15,3% par rapport au premier trimestre 2021, alors que sur l’ensemble de l’année 2021, elle avait affiché un taux de 1,6%, en recul de 4,2% par rapport à 2020. Pourtant, ils étaient nombreux les professionnels du secteur à plaider, dans le sillage des incendies ayant frappé plusieurs wilayas du pays, pour la promotion de l’assurance afin de protéger le patrimoine des sinistrés dans les cas d’incendies.
C’est ce qu’a suggéré au mois d’août dernier, Hassan Khelifati, P-DG d’Alliance Assurances, qui a considéré qu’il serait «opportun de mettre en place des outils économiques pour protéger le patrimoine des particuliers et des entreprises», expliquant que ces outils peuvent être soutenus par l’Etat, soit à travers un organisme déjà existant soit par un nouvel organisme du secteur des assurances.
Selon M. Khelifati, dans d’autres pays, l’Etat subventionne certains types d’assurances, mais n’intervient pas directement dans l’indemnisation, une manière d’encourager les citoyens à contracter des polices d’assurance, faisant savoir qu’en cas de catastrophe ou d’incendie, «c’est l’assurance qui intervient par des mécanismes économiques».
L’Etat peut, fait observer le responsable, «subventionner une partie de l’assurance alors que l’agriculteur ou l’éleveur prend en charge une partie également. En cas de catastrophe, ce sont les assurances qui pourront se substituer à l’Etat et éviter ainsi des dépenses importantes sur le budget de l’Etat».
Relevant que «suite aux incendies qui ont touché plusieurs wilayas du pays, l’Etat a été appelé à mobiliser d’importants moyens financiers qui n’étaient peut-être pas prévus dans ses budgets», alors qu’il serait judicieux «de créer un pool d’assurance et de réassurance ou rendre l’assurance obligatoire, tout le monde pourra y gagner», a-t-il affirmé.
Regrettant que les citoyens «ne prennent conscience de l’importance de s’assurer qu’après que la catastrophe survienne alors que les primes d’assurance ne coûtent généralement pas cher, M. Khelifati a estimé qu’il s’agit «désormais de trouver des mécanismes pour encourager, voire obliger les personnes à s’assurer».
D’autant plus que «cela permet aux sinistrés d’obtenir des indemnisations plus importantes, car relatives à la valeur des biens perdus et non selon un forfait fixé par l’Etat pour soutenir les sinistrés», fait-il observer.
Pour sa part, le Directeur général de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA), Chérif Benhabylès, a appelé à une assurance obligatoire pour les agriculteurs afin de réduire le fardeau des catastrophes causées par le changement climatique aussi bien pour eux que pour le Trésor public, avec l’application d’un modèle d’assurance pour les catastrophes naturelles d’origine climatique.
Le même responsable a mis en avant l’importance de l’assurance, déclarant que «la chose la plus importante dans l’assurance agricole est la qualité de la gestion des risques et le développement d’une stratégie à cet effet. L’assurance des risques devrait être obligatoire pour l’agriculteur, en vue de pouvoir protéger le produit et permettre à cette catégorie de reprendre son activité dans les plus brefs délais en cas de sinistre».
Pour le même responsable, malgré les campagnes de sensibilisation menées dans plusieurs wilayas à travers un réseau de plus de 560 agences réparties sur le territoire national, et 67 caisses régionales, la CNMA n’a pas atteint le taux d’adhésion nécessaire en assurance agricole, au vu du désintéressement à l’opération d’assurance, outre la dépendance des agriculteurs des indemnisations dont ils bénéficient du Trésor public en cas de catastrophe.
Cette situation nécessite, selon lui, d’aller vers l’assurance obligatoire pour permettre aux agriculteurs d’exercer leurs activités, soulignant que la possession par l’agriculteur d’un contrat d’assurance permettra de déterminer la valeur de la richesse détenue par chaque agriculteur ainsi que la valeur de la richesse endommagée, ce qui confère davantage de rapidité et de transparence aux indemnisations. n