L’assurance agricole reste le parent pauvre du secteur des assurances. Elle ne représente qu’entre 3 et 4% en termes de chiffre d’affaires. Car, d’une part, elle ne répond pas encore aux besoins réels des agriculteurs et, d’autre part, elle est boudée par les compagnies d’assurances publiques et privées, mis à part la Caisse nationale de la mutualité agricole (CNMA). Selon le Directeur de cette dernière, Chérif Benhabiles, ces compagnies ne commercialisent pas l’assurance agricole car ses bénéfices sont très limités et les sinistres naturels sont fréquents dans ce secteur. Résultats : la palette des produits d’assurance agricole n’est pas diversifiée et ce marché reste méconnu.
Pour toutes ces raisons, le Directeur de la CNMA a appelé, hier sur les ondes de la Chaîne III, à une réforme en profondeur des assurances agricoles, en les dotant d’une dimension économique qui dominera l’aspect administratif. Il a signalé, à ce propos, qu’un projet de réforme de cette assurance est inscrit sur la feuille de route du ministère de l’Agriculture et du développement rural pour la préservation des biens agricoles et la sécurisation des revenus des agriculteurs. «Le but est de renforcer l’apport des assurances au PIB, qui ne dépasse pas actuellement 0,8% en dépit des potentialités. Pour cela, il est essentiel de proposer des dispositifs assuranciels élargis, qui couvrent l’ensemble des risques climatiques et sanitaires», souligne-t-il. Les pertes subies en raison des risques climatiques sont telles, signale-t-il, que les compagnies d’assurances ne peuvent en supporter les coûts. «Il faut savoir que l’assurance agricole ne se commercialise pas sans le respect de l’itinéraire technique et sans un accompagnement», prévient-il.
Pour ce qui est de l’assurance sur le risque de sécheresse, il a signalé que ce n’est pas un produit assurable pour le moment, car il coûte très cher et n’est pas à la portée des petits agriculteurs. Mais les pouvoirs publics, en attendant que ce produit soit mis sur le marché avec une possibilité de subvention de 50%, ont mis en place un fonds de garantie des calamités agricoles qui couvre le risque sécheresse.
«La CNMA a interpellé la tutelle afin que l’assurance sur le risque de sécheresse soit subventionnée. Les subventions doivent intervenir en amont pour prévenir contre les risques et, ainsi, l’Etat ne sera plus obligé de puiser dans le Trésor public pour indemniser les sinistrés à chaque fois», dit-il. Précisant que la CNMA a soumis à la tutelle un projet dans ce sens qui a été validé en attendant sa présentation au ministère des Finances. Toujours concernant les assurances subventionnées, estime-t-il, elles doivent avoir un cachet obligatoire pour booster le secteur. D’autant plus que les textes réglementaires y afférant le prévoient. Par ailleurs, il est indispensable également d’œuvrer pour un dispositif des calamités agricoles. Ce dernier est aussi inscrit sur la feuille de route de la tutelle, affirme-t-il. Ce qui va permettre une sécurisation des revenus des agriculteurs et favoriser le développement de l’assurance agricole.
Seulement, avertit-il, ce type de dispositif en particulier et l’assurance agricole d’une façon générale, exigent l’intégration de la gestion de la prévention des risques pour anticiper les sinistres climatiques. Il a fait savoir, par ailleurs, que dans le secteur des forêts, les sinistrés touchés par les incendies ont tous été indemnisés. «Il faut savoir néanmoins que seuls les sinistrés assurés ont bénéficié de ces indemnités. Au total, 12 milliards de centimes d’indemnités ont été octroyés depuis le mois de janvier 2020», conclut-il.