Les inondations qui ont frappé ces derniers jours plusieurs régions du pays et les dégâts occasionnés font remonter à la surface le débat sur l’assurance contre les catastrophes naturelles.
Dix-sept ans après avoir été rendue obligatoire, suite aux tragiques inondations de Bab El Oued et au séisme de Boumerdès, respectivement en novembre 2001 et mai 2003, cette assurance continue à évoluer au ralenti et le chemin accompli auprès de la clientèle ciblée reste bien en deçà des attentes des pouvoirs.
Baptisée Cat-Net, cette obligation pèse, faut-il le rappeler, sur «tout propriétaire, personne physique ou morale, d’un bien immobilier construit et situé en Algérie» ainsi que sur «toute personne physique ou morale exerçant une activité industrielle et/ou commerciale», est-il mentionné par l’article 1 de l’Ordonnance 03/12 du 26 août 2003. Comprendre que tout immeuble, toute construction individuelle, et tout bâtiment à usage professionnel (commercial ou industriel) doit obligatoirement passer par cette assurance proposée par l’ensemble des compagnies d’assurance, publiques ou privées.
Or, aujourd’hui, le taux de souscription à ce produit reste faible, alors que Cat-Net devrait être un gisement financier qui permettrait aux personnes sinistrées, tout comme à l’Etat, de prendre en charge les dégâts enregistrés par les catastrophes naturelles, entre tremblements de terre, inondations et coulées de boue, tempêtes et vents violents ainsi que mouvements de terrain.
Alors que les huit premiers mois de 2020 ont été marqués par un faible rendement du secteur des assurances, toutes branches confondues, suite à la pandémie de la Covid-19, empêchant une visibilité réelle des chiffres, l’année 2019 rend compte du faible taux enregistré en la matière.
Au premier trimestre de l’année écoulée, l’assurance contre les catastrophes naturelles n’avait représenté que 4,3% du chiffre d’affaires global des dommages, contre 5,4% pour l’ensemble de l’exercice 2018, lit-on dans l’un des bilans fournis par le Conseil national des assurances (CNA). Au second trimestre de 2019, le même bilan indique que les assurances contre les effets des catastrophes naturelles et les risques de construction avaient évolué, respectivement, de 26,1% et 34,7% par rapport la même période de 2018, mais sans pour autant provoquer l’envol de ce produit.
Cat-Nat reste donc peu attirante pour la clientèle ciblée. Pour des raisons de culture, se précipite-t-on à justifier régulièrement. Mais pour des experts qui suivent de près le secteur, l’assurance contre les catastrophes naturelles pâtit aussi, et en premier lieu, de considérations « d’organisation de marché, de marketing et de conditions contractuelles », estime l’un d’eux.
Le nombre de contrats Cat-Nat conclus annuellement reste «bien inférieur aux taux requis», relève-t-il, non sans expliquer que cette faible performance est liée au manque de couvert pas à hauteur les biens et risques assurables. Un autre expert constate, de son côté, que l’assurance contre les catastrophes naturelles « ne bénéficie toujours pas d’une stratégie de communication capable de la promouvoir et de lui faire atteindre les taux qu’elle mérite ». Il s’agit aussi de « savoir vendre ce produit en l’intégrant dans d’autres contrats comme offre complémentaire», recommande notre interlocuteur. « Certes, cette démarche est adoptée par certaines compagnies, mais elle devrait se généraliser et être proposée par tous les assureurs dans les contrats d’assurance dommages », explique-t-il. n