Même si elle continue à dominer aisément son secteur, l’assurance automobile n’en finit plus d’enregistrer des reculs de son chiffre d’affaires. En témoigne clairement la dernière note de conjoncture, émise par le Conseil national des assurances (CNA) pour le compte du premier semestre 2021.

Par Feriel Nourine
Ce document relève que, durant cette période, la production de la branche dommages doit 51% de son chiffre d’affaires à l’assurance automobile, avec ses 33 milliards de dinars. Cependant, la locomotive du secteur a encore confirmé sa perte de vitesse, sachant que durant la même période de l’année dernière, cette participation était de 56%. C’est donc un recul de 2,3% qui est comptabilisé dans le passif de ce type d’assurance, signe d’un recul qui se poursuit, selon les indications du CNA. Pis encore, l’assurance automobile est l’unique produit de la branche dommages à avoir connu un repli pendant que les autres offres de la même branche ont pu croître et générer un volume additionnel de primes de 3,9 milliards de DA, soit une augmentation de 6,4%, fait savoir le CNA.
Pour justifier la baisse du chiffre d’affaires de l’assurance automobile durant la période référence, le CNA invoque deux raisons principales, à savoir «l’annulation de la taxe pollution», «la fermeture de showrooms et la suspension des importations de véhicules neufs et des activités des usines de montage automobile, entraînant l’arrêt de production». Sauf que le premier motif mis en avant par la note ne semble pas avoir réellement impacté les résultats de l’assurance automobile durant la première moitié de l’exercice en cours. La taxe pollution n’a duré qu’une année, après son introduction par la loi de finances 2020. Elle n’aura donc servi qu’à limiter la baisse des résultats d’une branche alors déjà entamée, avant de disparaître sous le coup de la LF 2021.
C’est donc dans le marché automobile local qu’il faudra aller chercher la véritable raison qui a inversé la tendance des performances commerciales de l’assurance auto. Après avoir profité, pendant quelques années, du boom du marché du véhicule, tous segments confondus, qui avait carrément révolutionné les plans marketing des compagnies d’assurances, sur fond d’une concurrence à multiples offres et formules, la branche automobile a vu, elle aussi, son élan coupé et son chiffre d’affaires subir l’impact négatif provoqué d’abord, par la suppression des importations de véhicules neufs au lendemain de la crise pétrolière de 2014, puis, par les volumes limités proposés durant quelques petites années par les usines d’assemblage, avant que la fermeture totale du marché au véhicule neuf ne vienne porter un coup quasi-fatal aux assureurs.
Ces derniers reviennent d’ailleurs régulièrement à la charge pour mettre en avant les pertes qu’ils endurent dans une branche automobile qui frôle désormais le zéro-immatriculation, alors que les autorités concernées par une relance de l’activité de concessionnaire ne semble pas se presser à libérer les agréments nécessaires qui permettrait au marché du neuf de renaître des imperfections qui lui ont été causées par le manque de vision et de visibilité au niveau des ministères qui l’ont géré. Les professionnels du secteur ne manquent pas d’attirer l’attention sur cette situation préoccupante. Ils sont les premiers à savoir qu’après avoir fait les beaux jours du secteur pendant plusieurs années, en portant son chiffre d’affaires à des taux de progression successifs, l’assurance automobile connaît, depuis au moins trois années, une régression de ses revenus qui impacte lourdement l’équilibre financier de leurs compagnies, qu’elles soient publiques ou privées. Pour limiter les dégâts, ces compagnies tentent quelques mesures, en attendant des jours meilleurs qui ne pourraient avoir lieu qu’avec le retour du marché de véhicules neufs.
Sur ce registre, les principaux assureurs agréés ont décidé de prolonger l’accord multilatéral, limitant à 50% les réductions sur l’assurance automobile.
Cette décision date de moins d’un mois et porte sur un accord en vigueur depuis janvier 2021, mais n’a jamais été appliquée dans le strict respect de son contenu par l’ensemble de ses signataires, laissant la concurrence dans cette branche se poursuivre à travers des prix, dont les réductions peuvent atteindre jusqu’à 90% dans le cadre de certaines conventions entre les compagnies et leur clientèle. En plus de peser sur la trésorerie des entreprises concernées, ce type de réduction sans plafond empêche ces dernières de tenir leurs engagements envers les assurés, notamment à travers les retards cumulés dans le traitement des dossiers des sinistres.