Par Feriel Nourine
Après avoir fait les beaux jours du secteur pendant plusieurs années, en portant son chiffre d’affaires à des taux de progression successifs, l’assurance automobile connaît, depuis au moins trois années, une régression de ses revenus qui impacte lourdement l’équilibre financier des compagnies d’assurances, publiques et privées.
Comparativement aux performances qu’elle réussissait à réaliser grâce à un marché automobile florissant, cette branche se trouve aujourd’hui carrément en crise. L’arrêt du marché des véhicules neufs cause d’énormes sinistres à l’assurance, poussant les assureurs à prendre des mesures pour, au moins, limiter les dégâts.
En ce sens, les principaux assureurs agréés en la matière ont décidé de prolonger l’accord multilatéral, limitant à 50% les réductions sur l’assurance automobile. Initié par les compagnies 2A, Alliances assurance, AXA, Caar, Caat, CASH, CIAR, CNMA, GAM, SAA, Salama et Trust, cet accord est en vigueur depuis janvier 2021, mais n’a jamais été appliqué dans le strict respect de son contenu par l’ensemble de ses signataires, laissant la concurrence dans cette branche se poursuivre à travers des prix dont les réductions peuvent atteindre jusqu’à 90% dans le cadre de certaines conventions entre les compagnies et leur clientèle. En plus de peser sur la trésorerie des entreprises concernées, ce type de réductions sans plafond empêche ces dernières de tenir leurs engagements envers les assurés, notamment à travers les retards cumulés dans le traitement des dossiers des sinistres.
Entre-temps, les assureurs lésés espéraient sans doute une reprise du marché du véhicule neuf, via les concessionnaires, depuis bientôt deux années, sans pour autant que ce projet se matérialise. Du coup, les pertes ont continué à pénaliser la branche, mais aussi le secteur qui en tire plus de 50% de son chiffre d’affaires.
Face à cette situation préoccupante, ledit accord sera reconduit en 2022, et ce, après avoir été validé par la Commission de supervision des assurances, relevant du ministère des Finances, fait savoir l’Union algérienne des sociétés d’assurance et réassurance (UAR).
«L’accord multilatéral relatif à la gestion de la branche assurance automobile, qui limite les réductions à hauteur de 50%, a été approuvé par l’organe régulateur du secteur des assurances, en l’occurrence, la Commission de supervision des assurances, sous l’égide du ministère des Finances», indique l’UAR dans un communiqué rendu public hier.
L’UAR a choisi de communiquer sur cet accord à l’approche de la nouvelle année, période de renouvellement des contrats d’assurance, et rappelle qu’il intervient «en premier lieu dans le but de protéger les intérêts des assurés», sachant qu’il permet «de mieux organiser le marché et de mettre fin à la pratique des réductions illimitées qui engendrent des déséquilibres techniques et financiers et réduisent la capacité des sociétés d’assurance à honorer les engagements pris envers leurs assurés, notamment en terme de durée de traitement et de niveaux de remboursements des dossiers sinistres», explique-elle.
A noter que les dernières statistiques du Conseil national des assurances (CNA) indiquent qu’au premier semestre 2021, les sinistres automobile à payer par les assureurs automobile s’élevaient à un peu plus de 39 milliards de dinars, soit une légère baisse par rapport à la même période 2020, alors que le recul des recettes de cette branche est conséquent entre ces mêmes périodes.
Quant aux sinistres impayés, toutes branches confondues, ils ont baissé de 6,1% à 87,2 MDA, contre 92,8 MDA durant la même période de 2020. Au 30 juin dernier, 1 293 143 dossiers sinistres étaient en instance de règlement, selon le CNA. <