Par Feriel Nourine
L’Association des oulémas musulmans algériens a décidé de s’impliquer dans la lutte contre les incendies de forêt en décrétant une fetwa qui rend illicite, du point de vue de la chariâ, l’achat du charbon destiné aux barbecues durant la fête de l’Aïd El Adha.
Cette fetwa, publiée sur la page faceboock de l’association, a été provoquée par la situation qui prévaut ces derniers jours dans des régions du territoire national où les feux de forêt ont déjà entamé leur marche macabre, ravageant des centaines d’hectares du patrimoine végétal, notamment à Khenchela où la situation a tout d’une catastrophe environnementale.
«L’achat de charbon est actuellement illicite, car il est lié aux incendies volontaires qui consument le couvert végétal dans plusieurs régions du pays». En décrétant illicite l’achat du charbon, ce sont les courtiers de ce combustible que l’association tente de contrecarrer en les accusant d’être à l’origine des feux de forêt pour collecter du charbon et le vendre à l’occasion de la fête religieuse, connue pour enregistrer chaque année un pic inégalable en matière de ce combustible destiné aux barbecues.
C’est une nouvelle fetwa qui vient donc s’ajouter aux nombreuses interventions du genre en provenance de l’Association des oulémas musulmans algériens. Laquelle semble être souvent forcée à intervenir et à faire parler la raison religieuse non pas pour la verser au compte d’une stratégie de sensibilisation, qui émanait d’une volonté politique sensée être conduite par les autorités concernées, mais plutôt pour faire au moins une infime partie du travail que ces mêmes autorités n’arrivent pas à faire, ou font dans une démarche acquise au bricolage, et sans opérations réellement porteuses en termes de sensibilisation du citoyen.
Avant cet appel, par voie de la chariâ, à ne pas encourager certaines parties actives dans les incendies de forêt, considérées comme étant «des criminels», l’association avait, en effet, dénoncé d’autres fléaux qui gagnent de plus en plus de plus du terrain dans le pays. A l’exemple de la violence dans les stades, le terrorisme sur les routes ou encore les actes de sabotage que subissent régulièrement les trains de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) et que des imams ont dénoncé du haut de leurs prêches. Mais souvent sans arriver à convaincre les auteurs de ces actes à abandonner leur sale besogne. Pis encore, ces derniers font des émules un peu partout dans le pays où le train passe. Dernier épisode de cet interminable feuilleton d’horreur, les jets de pierres perpétrés il y a à peine deux jours contre le train en provenance d’Oran vers Alger (Coradia) et le train en provenance d’El Affroun vers Alger, causant la blessure du conducteur du train en provenance d’El Affroun, qui a été évacué vers l’hôpital et le bris de pare-brises et de vitres des deux trains.
C’est dire combien les tentatives de sensibilisation émanant d’une association sans pouvoir d’intervention et de répression sur le terrain peuvent s’avérer sans l’effet escompté au sein de la société. Même en pouvant compter sur l’argument religieux dans l’espoir de faire admettre son message, cette dernière n’a pas plus de pouvoir d’influence que d’autres associations de la société civile qui activent sur le terrain, usant même d’un discours souvent plus proche des catégories visées que le discours religieux.
Autrement dit, l’essentiel de la solution à ces fléaux sociaux est entre les mains des pouvoirs publics. Lesquels brillent souvent par leur absence, ouvrant la voie à tous les dépassements au sein de la collectivité. Et dans bien des cas, ces dépassements ont la portée d’un véritable crime perpétré soit contre des citoyens, soit contre des infrastructures, soit contre le patrimoine national dans sa diversité, dont le couvert végétal qui s’en va en fumée.