«Les programmes nationaux de développement ne réussissent pas s’ils ne sont pas adossés aux programmes locaux.
Le développement national ne peut se réaliser sans le développement local». C’est en ces termes que s’est exprimé, hier à Biskra, Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), dans le cadre d’une réunion des adhérents locaux de l’association. Une première parmi les autres rassemblements qu’il a décidé d’organiser dans une «caravane nationale» pour la défense du développement local.

De notre envoyée spéciale à Biskra, Leïla Zaimi
Biskra, en effet, est la première étape d’un périple qui doit mener le président de l’ANCA et sa délégation dans plusieurs wilayas du Sud algérien, avec l’objectif de rencontrer les commerçants et les artisans de ces régions. Et de les sensibiliser sur leur rôle d’investisseur locaux dans la création d’entreprises et d’emplois à l’échelle de ces régions et de leurs communes, ainsi que sur leur «mission historique» à «développer le potentiel socio-économique, économique, patrimonial et touristique» de ces parties du territoire national. Une des grandes bannières hissées par cette caravane durant son «raod-show» est de faire la promotion du tourisme saharien et de ses multiples activités annexes et de leurs retombées en matière de création de richesses et d’emplois.
«Là où, justement, il y a nécessité de créer des territoires qui emploient et retiennent les jeunes qui ont pour la plupart du mal à trouver du travail», a souligné M. Boulenouar qui, lors de la rencontre-débat avec les opérateurs locaux de Biskra, a beaucoup insisté sur la nécessité de porter un œil attentif sur le tourisme saharien et de le promouvoir par ses propres atouts, mais également en créant les connexions nécessaires avec d’autres secteurs d’activité comme l’agriculture saharienne. Un point que le président de l’ANCA a beaucoup discuté sachant que Biskra abrite les plus belles palmeraies du pays et est le cœur de la production de dattes, une filière pas suffisamment exploitée, selon M. Belounouar, en dépit d’être l’une des plus actives à l’export actuellement.
Le président de l’ANCA, qui déplore que des pays non producteurs comme la France parviennent à faire de la datte un produit qu’ils exportent avec des résultats surprenants d’efficacité et de performance, a plaidé pour la mise en place d’une véritable industrie permettant aux agriculteurs et aux exploitants algériens de gagner des places sur les marchés internationaux. «Mais en écoutant les gens du cru, a-t-il insisté, si nous avons échoué à réaliser des programmes nationaux, c’est faute de ne pas accompagner correctement l’investissement et les projets locaux».
«Assouplir l’acte d’investir»
Des exploitants de palmeraies ont affirmé que 20% de la production de dattes sont exportés selon le circuit légal et 80% passent par l’informel ! «Tout doit partir de la proximité territoriale», a rétorqué M. Boulenouar, plaidant pour la «débureaucratisation» de l’administration locale, l’assouplissement de l’acte d’investir «dans le sud algérien» et en appelant à éviter la «centralisation de la décision» qui souvent occulte les réalités du terrain et ses «spécificités». Ces recommandations ont été saluées par les opérateurs présents à la rencontre-débat, lesquels ont dressé de leur situation un «tableau qui nécessite des interventions urgentes» en matière d’information car «les statistiques sont absentes» et ne permettent «ni l’évaluation ni l’anticipation» en matière d’action économique et d’entreprise. Ces patrons à la tête de petites PME ont plaidé pour un recensement des diplômés locaux, une «cartographie» des zones économiquement pertinentes et des zones à potentiel de développement. Ils ont appelé à la création de sites industriels «qui n’existent nulle part actuellement», alors que des opérateurs en ont besoin pour l’expansion de leurs investissements. Pour certains, la politique de l’Etat quant à l’investissement dans le Sud «n’est pas claire». «Le discours politique et économique encourageant le développement dans ces régions ne se concrétise pas sur le terrain». De plus, «le cadre juridique est en changement constant et perturbe les investisseurs. Ces derniers font parfois le tour de plus de 15 bureaux d’administration pour réaliser un dossier de candidature à l’’investissement», dira un intervenant. Pour sa part, le représentant du wali de Biskra a mis en avant « l’importance de l’investissement dans les wilayas du Sud», appelant les investisseurs locaux et nationaux à s’y intéresser davantage. «Le Sud est un terrain fertile, un espace d’investissement, et un marché par excellence pour différentes activités économiques et commerciales». «Le développement au Sud est l’une des priorités de l’Exécutif. Il s’agit d’une réelle alternative aux hydrocarbures qu’il ne faut pas manquer», a-t-il encore argué. Prochaine étape, Ghardaïa, après celle de Oued Souf. <

«Un avis sur la révision constitutionnelle et la question économique»

Le président de l’ANCA s’est félicité, hier, que le projet de révision de la Constitution «intègre la question économique et du développement». «En tant qu’association intervenant dans ces domaines, nous aurons à donner notre avis sur le sujet et nous participerons aux ateliers qui serviront à la discussion» de la mouture qu’aura préparé la Commission Laraba, du nom du juriste qui la dirige.
«En Algérie, nous avons des lois qui, malheureusement, freinent le développement économique parce qu’elles datent d’une autre époque, certaines sont héritées des années 1970 et ont perdu toute validité», a estimé Hadj Tahar Boulenouar, pour qui le débat sur la Loi fondamentale est une «opportunité pour plaider une législation favorable à l’investissement».
«Les lois sont faites pour encourager et développer l’économie nationale et non pas le contraire», a-t-il affirmé dans son intervention, rappelant « l’intérêt que porte le président de la République et son gouvernement au volet économique» et souhaitant que le projet de révision constitutionnelle soit «l’occasion pour libérer l’initiative d’entreprise». «Dans le nouveau gouvernement, nous avons 14 ministres ayant une relation de près ou de loin avec le secteur économique, ce qui est une bonne chose et une chance pour que les opérateurs comme nous soient entendus sur les questions qui les concernent», a-t-il estimé.
«La révision de la Constitution doit pouvoir aider à revoir certains textes de lois freinant le développement» et à en adopter d’autres «dans le sens de la densification du tissu entrepreneurial», a ajouté Hadj Boulenouar qui a souhaité un «autre regard du gouvernement sur la fiscalité». «Le taux élevé de la fiscalité est le premier facteur de la fraude fiscale», a-t-il insisté, avant d’envoyer des piques au «système bancaire qui ne joue pas le jeu» en matière d’encouragement de l’investissement.