Après son adoption en Conseil des ministres, le texte de loi devrait très rapidement présenté devant les deux chambres du Parlement. Mais face à la multiplication des rejets, les députés se retrouvent dans une position inconfortable.

Les députés n’ont aucune idée de la programmation de l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures en plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN). « Nous nous sommes déplacés à l’APN et nous avons constaté que le texte de loi n’est pas encore arrivé. Nous n’avons reçu aucune information à son propos », révèle un député FLN, interrogé sur la programmation du texte de loi pour débats et selon lequel, « y compris au sein de l’administration de l’APN, aucun responsable n’a été en mesure de nous dire dans combien de temps le projet atterrira sur le bureau de l’Assemblée, ni même de nous donner une date même approximative de sa présentation ». Ainsi le texte de loi, adopté et approuvé en Conseil des ministres, dimanche dernier, continue à entretenir le flou autour de lui. Les députés, qui ont un grand pouvoir de décision quant à son adoption ou non, se retrouvent présentement dans une position inconfortable. Divisés, en effet, entre les positions officielles de leurs partis respectifs et l’intérêt national, les députés ne savent plus quelle attitude adopter. Et ils le savent puisqu’ils le reconnaissent en coulisses : « Il est clair que beaucoup de députés FLN rejettent l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures mais le jour de son adoption, ils seront obligés d’adopter la position édictée par le parti », explique à Reporters un député du FLN d’Alger. Selon lui, y compris au Rassemblement national démocratique (RND), un nombre important de députés ne souhaitent pas cautionner « un projet qui brade les richesses du pays ». Mais, contrairement aux formations de l’ex-alliance présidentielle qui constituent, du reste, la majorité, les députés d’autres formations politiques sont fixés sur l’attitude à adopter par rapport à ce projet, y compris le groupe parlementaire des indépendants. « Le contexte économique et politique ne plaide pas en faveur de la présentation et de l’examen d’un tel projet », explique à ce propos Djebailia Youcef, le président du groupe parlementaire des indépendants. Selon lui, « il est préférable de reporter la présentation de l’avant-projet de loi après l’élection présidentielle». Les indépendants ne sont pas les seuls à souhaiter un report du texte de loi. C’est aussi le cas des députés du parti de Abdellah Djaballah, le Front de la justice et du développement (FJD). « Cette loi doit être retirée et ne pas être programmée simultanément à une campagne présidentielle. Il sera préférable pour le Parlement que cette loi soit programmée après l’élection présidentielle », expliquent les députés de ce parti. D’autres députés plus offensifs, à l’instar du RCD et du FFS, ne manquent pas d’ouvrir le feu à l’endroit du texte de loi. C’est ainsi que des députés FFS déclarent rejeter « dans le fond et dans la forme l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures» arguant qu’il est question d’un texte de loi « antinational». Selon eux, «aucune loi engageant l’avenir du pays ne sera efficace et efficiente si elle n’est pas le résultat d’un consensus et de l’adhésion totale du peuple algérien». Idem pour des parlementaires du RCD, selon lesquels il est question « d’une loi qui va brader une des richesses nationales qui engage l’avenir des futures générations». Côté sénateurs, même si beaucoup rejettent le texte de loi en off, personne en dehors du sénateur FLN Abdelwahab Benzaim n’a montré son hostilité à l’égard du texte du gouvernement. En effet, le sénateur FLN d’Alger a annoncé qu’il allait boycotter la séance d’adoption du texte de loi sur les hydrocarbures, une manière à lui de se montrer en phase avec ses convictions.