Guerre en Ukraine, catastrophes climatiques, insécurité alimentaire… Dans un monde assiégé par les crises, les dirigeants de la planète se succèdent depuis hier à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU éprouvée par des divisions profondes.

Synthèse Lyes Sakhi
Pendant près d’une semaine, quelque 150 chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier vont prendre la parole lors de cette 77e grand-messe diplomatique annuelle qui reprend en personne après deux années perturbées par le Covid-19.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a été au rendez-vous avec un discours d’ouverture dont il dévoilé le ton, lundi 19 septembre, en énumérant « conflits et catastrophes climatiques », « méfiance et division », « pauvreté, inégalité et discrimination ».
« Nous nous réunissons à un moment de grand péril pour le monde », a souligné le chef des Nations unies alors que le conflit en Ukraine fait craindre des développements dangereux et suscite l’agacement des pays du Sud qui n’apprécient pas que les Occidentaux focalisent leur attention sur la guerre dans ce pays alors que d’autres régions dans le monde sont en proie à des crises meurtrières.
« Nous ne voulons pas seulement parler de mettre un terme au conflit en Ukraine. Nous voulons que les conflits prennent fin au Tigré, nous voulons que les conflits prennent fin en Syrie, nous voulons que les conflits prennent fin où qu’ils pointent leur nez dans le monde », a ainsi martelé lundi 19 septembre la Première ministre de la Barbade Mia Mottley lors d’une journée préliminaire axée sur l’éducation et les objectifs de développement à laquelle a participé le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra en tant que représentant de l’Algérie à cette session de l’Assemblée générale.
« Au lieu de nous rapprocher, l’éducation est en train de devenir une source de grandes divisions », a déclaré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, appelant les gouvernements à investir dans des systèmes éducatifs qui aujourd’hui « creusent souvent les inégalités au lieu de les réduire ». Il a saisi cette occasion pour lancer un appel aux talibans qui ont repris le pouvoir en Afghanistan en août 2021. « Levez immédiatement toutes les restrictions qui entravent l’accès des filles à l’enseignement secondaire », a-t-il déclaré. « L’éducation des filles est l’un des meilleurs moyens d’assurer la paix, la sécurité et le développement durable et ce, partout dans le monde ».
Au-delà de l’éducation, Antonio Guterres a de nouveau appelé à l’unité face aux multiples crises que le monde doit affronter, du réchauffement climatique à la pandémie de Covid-19, sans oublier les conflits. « Si nous sommes unis, l’humanité surmontera tous les périls. Mettons-nous au travail. Remettons notre monde sur la bonne voie », a-t-il martelé, alors que cette Assemblée générale risque de mettre en lumière les divisions profondes de la communauté internationale.

Grogne mondiale
Dans son discours, hier, mardi, le chef de l’ONU a mis en garde contre un « hiver de grogne qui se profile à l’horizon », dans un monde « paralysé » par les divisions malgré les crises qui s’amoncellent, de la guerre en Ukraine au réchauffement. « La crise du pouvoir d’achat se déchaîne, la confiance s’effrite, les inégalités explosent, notre planète brûle », et malgré tout, « nous sommes bloqués par un dysfonctionnement mondial colossal », a déclaré Antonio Guterres. « Ces crises menacent l’avenir même de l’humanité et le destin de la planète », a-t-il estimé. « Ne nous berçons pas d’illusion. Nous sommes dans une mer agitée. Un hiver de grogne mondiale se profile à l’horizon ».
Alors que Moscou a annoncé hier mardi un référendum d’annexion de la région de Kherson sous contrôle de ses troupes, la guerre en Ukraine sera au coeur de cette semaine diplomatique de haut niveau. Avec notamment une intervention mercredi du président ukrainien Volodymyr Zelensky –par vidéo grâce à une autorisation spéciale votée la semaine dernière par les Etats membres– et un Conseil de sécurité jeudi au niveau des ministres des Affaires étrangères.
Sur le conflit en Ukraine, le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé hier à trouver une sortie « digne » pour toutes les parties à la guerre. « Ensemble, nous devons trouver une solution diplomatique raisonnable qui offrira aux deux parties une sortie digne de la crise », a déclaré le chef de l’Etat à la tribune de l’Assemblée générale. « Nous continuerons d’intensifier nos efforts pour mettre fin à la guerre (…) sur la base de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de l’Ukraine », a-t-il ajouté. Le président turc a dit espérer que « la guerre ne puisse l’emporter » et qu’un « processus de paix équitable puisse triompher », en rappelant que par deux fois depuis le début de la guerre, le 24 février, la Turquie avait réussi à réunir les représentants de la Russie et de l’Ukraine à Antalya (sud) et à Istanbul. « « J’invite les organisations internationales et tous les pays à soutenir sincèrement les efforts de la Turquie », a-t-il encore lancé.
Le dossier nucléaire iranien a aussi sa place en haut des préoccupations, alors que le président Ebrahim Raisi sera pour la première fois présent à une Assemblée générale. Dans une interview diffusée dimanche sur la chaîne américaine CBS, il a réclamé des « garanties » de la part des Etats-Unis. « Nous ne pouvons pas faire confiance aux Américains en raison de leur comportement passé », a-t-il insisté, en référence à la dénonciation par Donald Trump de l’accord de 2015 visant à garantir le caractère civil du programme nucléaire iranien.
Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a pris part à la réunion de concertation des ministres arabes des Affaires étrangères convoquée par la ministre libyenne des Affaires étrangères et de la Coopération, présidente de la session en cours du Conseil ministériel de la Ligue arabe. Une organisation, qui sera confrontée, lors du prochain sommet d’Alger en novembre prochain, aux grandes questions de la région dont la cause palestinienne. n