A l’arrêt depuis de nombreux mois, des usines automobiles pourraient renouer avec leur activité d’assemblage, notamment celles n’ayant pas fait l’objet de saisie par la justice ou dont les patrons n’ont pas été mêlés aux scandales qui ont terni l’image de cette filière.

Par Feriel Nourine
Cette option, étouffée dans l’œuf par le nouveau cahier des charges mis en place par l’ex-ministre de l’Industrie, est redevenue jouable pour les opérateurs concernés depuis l’arrivée de Mohamed Bacha à la tête du secteur.
Si ce dernier fait preuve à ce jour de discrétion quant à la démarche qu’il compte réserver à un dossier très mal géré par son prédécesseur, des sources indiquent que M. Bacha serait attentif aux doléances des acteurs de l’industrie automobile qui seraient revenus à la charge ces dernières semaines pour exploiter la brèche ouverte par le limogeage de Ferhat Aït Ali et espérer décrocher l’autorisation de faire redémarrer leur outil de production.
Au-delà des nombreuses lacunes qu’avait laissé transparaître l’industrie automobile locale en quelques petites années d’existence, ces acteurs tenteraient de mettre en avant les conséquences désastreuses de l’arrêt de leurs sites de production sur le marché de l’emploi, sachant que ce sont des milliers de travailleurs qui avaient été embauchés par cette filière depuis ses débuts en 2014.
Or, la majorité de ces travailleurs se retrouve aujourd’hui sans emploi, faisant les frais de plans sociaux devenus inévitables après l’arrêt des usines, provoqué en premier lieu par l’interdiction d’importation des kits SKD-CKD destinés à l’assemblage de véhicules. Le nombre de chômeurs dans la filière automobile est, en effet, énorme, et confondu avec celui de la filière électroménager, privée elle aussi de matières premières. Il est chiffré à plus de 51 000 par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaaboub. Une raison parmi d’autres qui auraient convaincu les pouvoirs publics quant à la nécessité de rouvrir les usines susceptibles de reprendre leur activité, perdue depuis plus d’une année. L’information est même confirmée par un acteur de la sphère industrielle, en l’occurrence le président du Conseil national consultatif de la petite et moyenne entreprise (CNCPME), Adel Bensaci.
Intervenant mardi sur les ondes de la Radio nationale, ce dernier a, en effet, fait savoir qu’il détenait des informations faisant état de «constructeurs automobiles qui ont reçu l’autorisation de relancer leurs lignes de montage afin de solder tous les encours de fabrication et de permettre de lever la pression sur la demande de véhicules». Cette autorisation fait suite à la mise en place de la commission chargée d’étudier les dossiers déposés par des opérateurs dans le cadre de l’activité d’industrie mécanique, a précisé M. Bensaci. Et c’est peut-être dans cette logique qu’il faudrait inscrire la toute récente visite effectuée par le délégué local du médiateur de la République à l’usine Renault où ce dernier a écouté les doléances des quelques responsables et employés toujours en place après la compression d’effectifs qui y a été opérée en plusieurs étapes. Une visite précédée par les préoccupations exprimées quelques jours auparavant par l’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette. «Parmi les grandes réalisations, il y a évidemment aussi l’usine Renault d’Oran inaugurée en 2014. Elle est à l’arrêt depuis plus d’une année et a dû procéder récemment à une réduction importante de ses effectifs. C’est malheureux. L’importation des kits de montage nécessaires à la reprise de son activité reste, à ce stade, bloquée. Mais je puis vous assurer que nos entreprises, en général, sont animées de la volonté de nouer des partenariats de long terme en Algérie», a-t-il indiqué dans un entretien accordé à un quotidien national. Ceci étant, si des usines à l’arrêt sont réellement relancées, elles ne pourront certainement l’être qu’en cas d’assouplissement de certaines mesures introduites par le nouveau cahier des charges portant sur l’industrie mécanique. Principalement celle ayant trait au régime préférentiel auquel ils n’ont plus droit que s’ils remplissent plusieurs conditions dont l’intégration locale fixée à 40% dès l’entame du projet. Elles pourront, de ce fait, continuer à activer, mais sans avantages fiscaux, douaniers et autres accordés par ce régime dans le cadre de l’importation des kits SKD-CKD, comme l’avait souligné à plusieurs reprise l’ex-ministre de l’Industrie, sans que cette voie ne soit ouverte aux opérateurs sur le terrain.
Bien au contraire, et contrairement aux opérations de déblocage de plusieurs quotas de kits annoncées par le même ministre, ils seraient aujourd’hui des milliers de produits du genre à souffrir dans les ports, selon certaines affirmations émanant de responsables d’usine.<