La libération des conteneurs de kits CKD/SKD, destinés aux usines d’assemblage automobile et bloqués aux ports depuis avril 2019, aura sans doute un effet grandement positif sur le moral des entreprises concernées. L’annonce à ce propos, faite la semaine dernière par le ministre de l’Industrie et des Mines, devrait, en effet, se traduire par un relatif soulagement au sein des usines qui ont été lourdement impactées par le blocage de leur collections d’assemblage bloquées au niveau des ports suite à des mesures décidées par le gouvernement Bedoui dans le cadre des importations de kits CKD-SKD destinés à l’assemblage automobile. En plus de réduire les quotas pour l’année 2019, le ministère de l’Industrie avait, rappelons-le, bloqué des dizaines de conteneurs de ces kits, mettant d’abord au ralenti l’activité des sites pénalisés par cette démarche, puis poussant certains parmi les responsables de ces même sites à carrément arrêter leur activité faute de matière première, provoquant ainsi la mise au chômage technique ou, dans le moins mauvais des cas, à un réajustement du temps de travail et des salaires des employés.
Sur ce registre, l’usine Gloviz Kia, à Batna, a fait parler d’elle la semaine dernière, lorsque la direction a décidé de baisser rideau, selon des informations rapportées sur place, mais qui précisent que cette fermeture est « momentanée » et qu’elle ferait « suite à un incident survenu hier lors de la protestation des employés qui réagissaient à la proposition d’un nouveau plan de production de l’usine et qui réduira considérablement le temps de travail des salariés ».
C’est dire la tension qui règne depuis des mois dans l’usine appartenant à Global Group, mais aussi dans quasiment toutes les autres usines où, en plus des contraintes d’approvisionnements, se pose le problème des patrons emprisonnés, à l’exemple de Mohamed Baïri (Ival), les frères Tahkout (Tahkout Manufacturing Company), Mourad Oulmi (Sovac Production) et Ahmed Mazouz (Cherry).
Mais la crise que vit actuellement la filière assemblage automobile, mais aussi le marché automobile en Algérie, n’est pas le résultat de la réduction des importations de kits CKD-CKD, du blocage des containers ou encore d’emprisonnement des patrons d’usines. Derrière cette vitrine de facteurs se cachent mal, très mal, la démarche adoptée par les pouvoirs publics, censée avoir été mise en place pour jeter les bases d’une filière automobile locale qui viendrait participer à l’implantation d’une industrie nationale diversifiée et réduirait des dépenses en monnaie forte occasionnées par des années d’importation de véhicules finis.
Autrement dit, surtout le ministre de l’Industrie et des Mines Ferhat Aït Ali Braham n’ignore assurément pas qu’avec le dossier automobile, il a du pain sur la planche.
Et la libération des conteneurs de kits CKD-SKD annoncée par le premier responsable du secteur a tout d’une première réponse aux instructions données récemment par le Président de la République afin d’assainir la filière en allant vers des solutions « d’urgence » pour un dossier « sensible».
Il s’agit, en effet, de l’une des « décisions urgentes » prises par le gouvernement pour permettre à ces usines de poursuivre leurs activités, a souligné M. Ali Braham, lors de l’émission de la Télévision nationale « El-Hiwar El-Iktissadi », diffusée mardi dernier. « Avant la fin de cette semaine et au plus tard jeudi, les conteneurs des kits CKD/SKD destinés aux usines de montage, bloqués dans les ports depuis avril dernier, seront libérés comme mesure « d’urgence», a-t-il précisé, ajoutant que cette opération concernait tous les kits de montage importés par le biais des banques et dont les coûts d’importation ont été payés, en attendant le recouvrement de frais de transport. Il a rappelé, en outre, que les opérateurs concernés par les activités de montage seront soumis à de nouveaux textes juridiques en vue d’encadrer cette activité au niveau local.
Le ministère de l’Industrie procédera, à cet effet, à la révision du système juridique régissant le secteur afin mettre un terme à l’importation pour les compagnies activant dans le domaine du montage ayant bénéficié, auparavant, de plusieurs avantages sans que les prix des produits localement montés ne soient compétitifs ni qu’ils aient contribué à une augmentation du taux d’intégration national. n