36 suspects dont trois femmes arrêtés ! Cinq jours après l’horrible assassinat dont a été victime Djamel Bensmaïl à Larbaa Nath Irathen, les premières conclusions de l’enquête criminelle ouverte au lendemain du meurtre collectif ont été communiquées hier par le patron de la police judicaire. Selon Mohamed Bouchakour, trente-six suspects, dont trois femmes, sont aux mains de la justice, alors que d’autres personnes sont toujours recherchées. L’investigation se poursuit.

Par Feriel Nourine
Quelques jours après le crime abominable commis contre Djamel Bensmaïl à Larbaâ-Nath-Irathen, les premières révélations de l’enquête déclenchée par la services de police ont été communiqués hier aux médias nationaux.
Lors d’un point de presse qu’il a animé, le directeur de la police judiciaire, Mohamed Chakour, a annoncé l’arrestation de 36 personnes dont 3 femmes suspectées dans cette affaire qui a coûté la vie, mercredi dernier, au jeune homme parti de Miliana pour se joindre à l’élan de solidarité national qui s’est formé pour la Kabylie, assiégée par des dizaines d’incendies dont celui qui a ravagé Larbaa Nath Irathen. L’enquête se poursuit et la police est actuellement sur d’autres pistes menant à d’autres personnes qui seraient impliquées dans le meurtre de Djamel, a ajouté M. Chakour.
Le directeur de la police judiciaire a souligné que parmi les 36 suspects en état d’arrestation figure le jeune homme qui avait poignardé la victime. «Il portait un t-shirt comme le montre la vidéo de la scène du crime et son arrestation a eu lieu alors qu’il tentait de prendre la fuite vers le Maroc», a-t-il précisé.
Parmi les trois femmes arrêtées se trouve celle «qui a appelé à égorger la victime après son immolation», a ajouté premier responsable de la police, avant d’adresser un message de remerciements «aux citoyens qui ont largement contribué à ces arrestations en publiant des vidéos et des photos des suspects».
«Tous les présumés coupables ont participé d’une manière ou d’une autre au crime», a poursuivi le chef de la police.
En réponse aux accusations qui reprochent, depuis le jour du crime, aux services de police de Larbaa Nath Irathen de ne pas avoir suffisamment protégé la victime de la foule en délire qui a réussi à l’arracher du fourgon qui la transportait, l’intervenant expliquera qu’au moment où le drame fatal s’est produit, les effectifs de ce corps de sécurité étaient divisés en trois groupes. «Le premier groupe était occupé à participer à l’opération de sauvetage des citoyens face aux feux, le deuxième traquait les personnes suspectées d’être à l’origine des incendies, alors que le troisième groupe était composé de 4 agents, entre ceux qui ont transporté Djamel et ceux qui devaient l’accueillir au poste de police de la ville», a-t-il expliqué. Autrement dit, le nombre des agents en poste était trop faible pour pouvoir riposter à l’offensive criminelle massive contre la victime.
Quant aux tirs de sommation dont ces agents n’ont pas fait usage pour essayer de dissuader les auteurs du crime par lynchage puis immolation du corps de «Jimmy», M. Choukar a affirmé que les éléments de sûreté qui transportaient la victime à bord du véhicule de police n’y ont pas recouru «pour éviter tout dérapage».
Le directeur de la police judiciaire est également revenu sur les faits de l’arrestation de Djamel Bensmaïl en tant que suspect dans les actes criminels ayant incendié plusieurs régions de la Kabylie. Il révèlera que la victime était venue de Miliana à Larbaa Nath Irathen en compagnie de deux autres personnes, à bord d’un véhicule touristique et que «dès que Djamel a constaté qu’il y avait des soupçons autour de lui, il a appelé la police, qui l’a conduit au commissariat de la localité». La foule l’avait malheureusement précédée sur les lieux signant d’avance son acte de décès par les plus atroces des pratiques criminelles.
Dans le cas des deux autres suspects qui se trouvaient en compagnie du défunt, Echourouk Online a annoncé qu’ils devaient être présentés hier au Tribunal de Sidi Mhamed pour être entendus par le parquet.
Après le point de presse de Mohamed Chakour, des vidéos ont été montrées aux journalistes contenant des témoignages et des aveux de certains suspects arrêtés. L’un d’entre eux a admis s’être introduit à l’intérieur de véhicule de police à la demande d’une personne qui portait un t-shirt rouge. «J’ai asséné les coups à Djamel Bensmail sur son visage alors que j’étais persuadé qu’il est réellement derrière le déclenchement les incendies», a-t-il avoué.
Une autre vidéo montre un autre suspect déclarant avoir aidé dans l’extinction des incendies, et qu’«une fois que nous avons appris que celui qui avait mis le feu avait été arrêté, nous avons suivi la voiture de police», a-t-il raconté. «Il y avait une foule nombreuse devant le commissariat de police, qui a agressé le défunt. Je l’ai moi-même battu. Je demande pardon, je n’ai pas l’habitude d’avoir les ennuis, ils m’ont trompé», ajoutera le même suspect.
Quant à la femme paraissant sur les vidéos en train d’appeler à la décapitation de la victime après son immolation, elle reconnaîtra avoir agi de la sorte.
«Je suis allé avec mon ami à Larbaâ-Nath-Irathen pour aider les gens là-bas, à cause les incendies qui ont frappé la région. Quand nous sommes arrivés sur place, nous avons aperçu un rassemblement où se trouvait le corps de feu Djamel Bensmail. J’avoue que j’ai demandé que sa tête soit coupée, parce que j’avais peur et que je ne savais pas comment agir. Tout le monde a tort, que Dieu me pardonne», a-t-elle encore ajouté.
Quant à la personne ayant pris une photo selfie à côté de la victime gisant par terre, elle avouera l’avoir fait, mais après quelques heures, je me suis rendu compte que j’avais fait une erreur et je l’ai supprimée, avant d’apprendre sur les réseaux sociaux que la victime était innocente», a-t-elle ajouté.