2900 milliards de dinars ont été engloutis par les entreprises publiques en difficulté. Ce montant représente la contribution financière permanente de l’Etat propriétaire destinée à la remise à flot de ses sociétés. Ce chiffre pour le moins effarant témoigne de l’extrême difficulté des entreprises publiques à sortir la tête de l’eau malgré la taille de la bouée de sauvetage.

Par Hakim Ould Mohamed
Parce que la situation économique et financière que traverse le pays ne permet point une énième mise sous perfusion financière des entreprises publiques, le gouvernement pense devoir mettre en place une réforme du modèle de gouvernance de ses sociétés et œuvrer, par la même, à garantir d’autres outils pour leur financement, en vue d’alléger la charge sur le trésor public. C’est ce qu’a indiqué le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, présent à la conférence nationale sur la relance industrielle qui s’est clôturée hier. Cette réforme envisagée en matière de gouvernance des entreprises publiques sera opérée, selon le ministre de l’Industrie, à la faveur de l’octroi de davantage de prérogatives aux conseils sociaux (notamment les conseils d’administration) pour une gestion «efficace» de ces entreprises. «Le Gouvernement œuvrera à garantir d’autres outils pour le financement des entreprises publiques, en vue d’alléger la charge sur le trésor public», affirmant que la «contribution de l’Etat à l’assainissement des entreprises publiques en difficulté a dépassé à ce jour 2.900 milliards de DA».
Il sera question également de soumettre les gestionnaires à une évaluation périodique, semestrielle et annuelle pour évaluer l’efficacité du processus de gestion, a ajouté le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, présent, lui aussi, à ladite conférence. Il a, à cette occasion, appelé les gestionnaires des entreprises publiques à ouvrir des centres de développement et de recherche scientifique en vue d’améliorer la compétitivité des produits locaux. Le Premier ministre a mis l’accent également sur la poursuite par le gouvernement de son plan visant à relancer les entreprises publiques qui connaissent une stagnation en s’appuyant sur des partenariats fructueux. Il cité, dans ce cadre, le complexe des cycles et motocycles de Guelma relancé grâce à un partenariat avec le ministère de la Défense nationale et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique en vue de garantir des produits d’une meilleure compétitive. Quant aux nouveaux outils de financement dont il est question et qui devraient se substituer au concours permanent du Trésor public, il s’agit, entre autres, de l’ouverture du capital de certaines entreprises publiques via la Bourse, a indiqué, pour sa part, le Premier ministre, soulignant l’importance d’améliorer les mécanismes de gestion de la Bourse d’Alger en lui conférant un rôle important. De toute manière, une quelconque opération d’ouverture de capital à la fois des entreprises et des banques passe inévitablement par une réforme en profondeur du marché financier et boursier, étant donné que l’état de léthargie dans lequel évolue actuellement la Bourse d’Alger ne plaide aucunement en faveur de l’aboutissement de la démarche gouvernementale. En tout cas, ce énième plan de réforme des modes de gestion et de financement des entreprises publiques a pour objectif de les affranchir des subventions permanentes du Trésor public, lesquelles ont atteint des montants dépassant l’entendement, mais dont le retour sur investissement est resté infime, voire nul. Sur l’autre chapitre se rapportant au soutien aux entreprises algériennes, le directeur général du Budget au ministère des Finances, Abdelaziz Fayed, a levé le voile, à la même occasion, sur une enveloppe de 1500 milliards de dinars ces dix dernières années, mobilisée sous forme d’aides financières aux entreprises. Il s’agit, plus précisément, de financements mobilisés à travers le dispositif de bonification des taux d’intérêt des crédits bancaires accordés et qui ont atteint ces dix dernières années le montant de 700 milliards de dinars. Mais pas seulement. Les opérations d’assainissements des dettes des entreprises algériennes ont dépassé le montant de 900 milliards de dinars durant la même période, a-t-i fait savoir. A ces montants s’ajoutent les exonérations fiscales consenties en faveur des entreprises, lesquelles avoisinent annuellement le montant de 600 milliards de dinars.