Des affrontements entre militaires indiens et chinois ont été signalés récemment à la frontière himalayenne entre l’Inde et la Chine. Ce regain de tension rappelle celui plus sérieux qui avait opposé les deux pays durant l’été 2020. Il indique qu’entre les deux puissances, la question du tracé frontalier – qui avait déjà allumé les feux d’une guerre en 1962 – demeure toujours d’actualité et qu’elle reste source de contentieux durable.

Synthèse Lyes Sakhi
Mardi, 13 décembre 2022, l’Inde a accusé la Chine de tenter de « changer unilatéralement le statu quo » sur leur frontière himalayenne contestée, après des affrontements la semaine dernière qui ont fait des blessés des deux côtés, selon l’Inde. L’armée chinoise a quant à elle indiqué hier que des soldats indiens avaient franchi « illégalement » leur frontière disputée dans l’Himalaya et fait obstruction aux troupes de Pékin. Auparavant, Pékin avait qualifié la situation de « stable » à sa frontière avec l’Inde, l’appelant à « maintenir ensemble la paix et la tranquillité de la (…) région frontalière ». L’affrontement, rapporté lundi 12 décembre par la partie indienne, est survenu après de récents exercices militaires conduits conjointement par les Etats-Unis et l’Inde près de la frontière. Les relations sont au plus bas entre les deux puissances nucléaires depuis des heurts dans l’Himalaya en juin 2020, qui avaient fait 20 morts parmi les soldats indiens et au moins quatre dans les rangs chinois. La frontière entre les deux pays, dont une partie se situe à plus de 4.000 mètres d’altitude et n’a jamais été tracée avec exactitude, a fait l’objet d’une guerre en 1962. Le ministre indien de la Défense Rajnath Singh a confirmé que les troupes indiennes et chinoises s’étaient engagées dans une confrontation le 9 décembre dans l’Etat indien d’Arunachal Pradesh (nord-est).
« Le 9 décembre 2022, les troupes de l’APL (Armée populaire de libération, armée chinoise) ont tenté de modifier unilatéralement le statu quo en empiétant sur la Ligne de contrôle effectif », a déclaré Rajnath Singh, faisant référence à la frontière de facto. « Une échauffourée a eu lieu lors de ce face-à-face. L’armée indienne a courageusement empêché l’APL d’empiéter sur notre territoire, et a forcé (les soldats chinois) à quitter leurs positions. Quelques soldats des deux côtés ont été blessés dans l’escarmouche ».
Il a précisé qu’« aucun de nos soldats n’est mort, et aucun n’a été grièvement blessé ». Une source militaire indienne a rapporté à l’AFP qu’au moins six soldats indiens ont été blessés. Selon une autre source, proche de l’armée indienne, l’incident a causé des « blessures mineures » dans les deux camps. Les militaires chinois se sont approchés de la zone située à proximité de la frontière de facto où il avait été convenu qu’aucune des deux parties ne patrouillerait, selon ces sources, suscitant une réaction « ferme et résolue » des soldats indiens, selon la première source.
D’après M. Singh, l’incident a été à l’ordre du jour d’une réunion le 11 décembre entre les commandants locaux des deux parties. Un porte-parole de l’armée chinoise a déclaré mardi que les troupes chinoises « ont été entravées par l’armée indienne qui a illégalement franchi la Ligne » de contrôle effectif. « Nos mesures de réaction ont été professionnelles, classiques et fermes, et elles ont stabilisé la situation sur le terrain », a-t-il ajouté.

« Stable dans l’ensemble »
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Wang Wenbin avait auparavant refusé de commenter précisément l’incident, qualifiant la situation de « stable dans l’ensemble ». « Les deux parties ont toujours maintenu un dialogue sans entrave sur la question frontalière par les voies diplomatiques et militaires, nous espérons que la partie indienne avancera dans la même direction que la Chine », a-t-il dit. Pékin a exhorté New Delhi à « mettre en œuvre avec sérieux l’important consensus atteint par les deux dirigeants, respecter strictement l’esprit des accords et des conventions signés par les deux parties, préserver ensemble la paix et la tranquillité de la région frontalière Chine-Inde ». Selon des sources anonymes citées par les médias indiens, 300 membres de l’Armée populaire de libération chinoise étaient impliqués dans l’incident et les blessés étaient plus nombreux côté chinois. Une source militaire a indiqué qu’un autre « face à face » était survenu entre les troupes indiennes et chinoises fin novembre dans le Ladakh (nord-ouest), près de l’endroit où s’était déroulé l’incident de juin 2020, sans savoir s’il a fait des blessés.
Selon cette source, l’armée chinoise a accru ses activités dans le Ladakh, et une « possible » violation de l’espace aérien par les forces aériennes chinoises aurait eu lieu dans la même zone. Le mois dernier, des exercices militaires conjoints entre l’Inde et les Etats-Unis dans l’Etat indien d’Uttarakhand (nord), frontalier de la Chine, avaient suscité la colère de Pékin. Déjà avant l’affrontement de juin 2020, l’Inde se rapprochait stratégiquement des Occidentaux, approfondissant sa coopération en matière de sécurité avec les États-Unis, le Japon et l’Australie dans la région Asie-Pacifique. Unis par leur inquiétude face à l’influence croissante de la Chine dans la région, ces pays forment ensemble ce qu’on appelle le « Quad », le Dialogue quadrilatéral sur la sécurité.
(Source AFP)