Le Premier ministre japonais reçoit aujourd’hui le président sud-coréen Moon Jae-in et le Premier ministre chinois Li Keqiang pour des pourparlers à Tokyo sur la Corée du Nord. Cette rencontre est la première depuis deux ans.

Elle intervient alors que les contacts entre Corées du Sud et du Nord s’accélèrent après une rencontre historique en mars dernier et la tenue prochaine d’un sommet entre le leader nord-coréen Kim Jong Un et le président des Etats-Unis Donald Trump en juin prochain. Elle devrait servir au dirigeant japonais de reprendre la main dans un dossier dont il a semblé relativement exclu, probablement en raison du rôle discret mais grandissant joué par Pékin pour inciter Pyongyang à privilégier la détente sur le dossier de son arsenal nucléaire, mais également en raison de l’attitude intransigeante de Tokyo vis-à-vis du régime nord-coréen avec lequel les échanges verbaux sont frappés du sceau de l’hostilité.

Kahina Terki
Selon les observateurs, le Japon, qui cherche aujourd’hui à garder une visibilité dans les négociations complexes menées par les trois pays avec la Corée du nord, a la position la plus dure et a longtemps appelé à « ne pas discuter pour discuter » avec le régime reclus, se retrouvant finalement dans une position de spectateur lorsque Washington et Séoul ont engagé un rapprochement spectaculaire avec le dictateur Kim Jong Un. Par le biais de cette réunion tripartite, le Premier ministre japonais Shinzo Abe dit vouloir « discuter en profondeur de la manière d’engager la Corée du Nord sur le droit chemin, résoudre les questions des enlevés, des missiles et du nucléaire ». Par « enlevés », M. Abe faisait référence aux ressortissants japonais, dont des adolescents, kidnappés dans les années 1970 et 1980 par la Corée du Nord.
Selon un spécialiste de l’Asie du Nord-Est et de la Corée du Nord à la Tokyo International University, approché hier par l’AFP, «le Japon pourrait simplement dire qu’il serait imprudent de s’enthousiasmer trop vite et de lever les sanctions » après l’annonce de Pyongyang de mettre fin à ses essais nucléaires et ses tests de missiles intercontinentaux. « La Chine et la Corée du Sud ne peuvent s’opposer frontalement à cela », ajoute le professeur Hajime Izumi. Dans un entretien publié mardi par le quotidien japonais Yomiuri Shimbun, le président sud-coréen Moon Jae-in dit espérer « la coopération et le soutien actifs du Japon sur le futur chemin vers une paix permanente sur la péninsule ainsi qu’en faveur de la réussite du sommet entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ».

Tokyo, Pékin et Séoul, des relations pas si faciles…
La semaine dernière, les médias japonais rapportaient que Tokyo appellerait à une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord. Mais Séoul juge préférable que les trois pays approuvent la Déclaration de Panmunjom signée fin avril à l’issue de leur rencontre par les dirigeants des deux Corées, selon un responsable de la présidence sud-coréenne. Cette déclaration affirme qu’ « il n’y aura plus de guerre sur la péninsule coréenne » et que « la Corée du Sud et la Corée du Nord confirment l’objectif commun d’obtenir, au moyen d’une dénucléarisation totale, une péninsule coréenne non nucléaire ».  Les observateurs rappellent que la rencontre tripartite prévue aujourd’hui au Japon est la septième du genre depuis 2008 mais il s’agit néanmoins de la première visite d’un dirigeant sud-coréen au Japon en plus de six ans. M. Moon passera moins de huit heures sur le sol japonais. Les relations du Japon avec ses voisins chinois et coréen du sud, rappellent-ils, sont rendues difficiles par des différends territoriaux et par le poids de l’histoire de l’occupation japonaise en Corée de 1910 à 1945 et en Chine de 1932 à 1945.  Le Premier ministre chinois Li Keqiang, arrivé hier soir à Tokyo, restera au-delà de la rencontre d’aujourd’hui pour des discussions bilatérales qui devraient en partie servir à préparer des réunions ultérieures de M. Abe avec le président chinois Xi Jinping. Sa visite sera la première d’un Premier ministre chinois en huit ans et se produit au moment où les deux pays marquent les 40 ans de la normalisation de leurs relations.
«Je veux favoriser au cours de cette visite un développement stable et sain des relations bilatérales sur le long terme », a-t-il déclaré dans les colonnes du quotidien japonais Asahi Shimbun. Il rencontrera l’empereur du Japon, des hommes d’affaires et se rendra sur la grande île septentrionale de Hokkaido. Il devrait signer plusieurs accords économiques bilatéraux. Enfin, il paraphera un engagement de la Chine à remettre au Japon deux ibis nippons, oiseaux menacés d’extinction, dont la disparition de l’archipel avait été déclarée en 2003 avant une réintroduction grâce à des dons de Pékin.