L’idée
Il y a 15 ans, j’ai voyagé au sud de l’Espagne. Lors de ce voyage, dans une ville, j’ai vu plusieurs photos d’un enfant accrochées aux murs. J’ai demandé «Qui est-ce ?» et on m’a répondu qu’il s’agissait d’un enfant qui avait disparu, et dont la famille était à la recherche. Là, j’ai eu la première étincelle de mon intrigue et je l’ai gardée pendant des années en tête.

L’Espagne
Deux choses m’y attiraient principalement : d’abord, l’ambiance du pays et la culture, et puis aussi ce fait divers, qui était à l’origine de l’idée. Ces deux éléments ont fait en sorte que, pendant toutes ces années, je ne pensais qu’à l’Espagne.

Le lieu
Cette histoire devait se dérouler dans un village. Il s’agit de rapports humains entre villageois. Leurs relations ne sont pas les mêmes que celles de citadins. J’avais par ailleurs depuis longtemps envie de tourner dans un petit village, en pleine nature. L’autre point que je tiens à préciser est que les personnages du film, tout en étant pris dans une situation compliquée, sont des êtres simples. Et justement, placer les protagonistes dans un village renforçait cette simplicité.

La langue
J’ai écrit le scénario en farsi dès le début. Des années durant, je suis revenu dessus, j’ai pris des notes et continué à rédiger. On le traduisait simultanément à l’écriture. J’ai fait plusieurs voyages en Espagne. J’ai discuté avec mes amis qui y vivaient. Et tout cela a influencé le récit. Mais durant tout ce temps, j’ai rédigé en farsi et, heureusement, avec une collègue (Massoumeh Lahidji) qui connaissait bien mon style d’écriture, la version traduite est devenue très proche de celle que j’avais écrite dans ma langue. Le but était de transmettre en espagnol ce qu’on ressentait à travers les mots persans.

Les comédiens
Les deux personnages principaux étaient écrits pour Penélope et Javier. Je leur ai parlé du scénario pendant quatre ans. On s’était déjà mis d’accord pour qu’ils jouent ces rôles. Donc pendant l’écriture, j’avais déjà ces deux comédiens en tête, mais les autres ont été choisis une fois le scénario achevé. Tout au long du projet, ils ont généreusement répondu à mes questions concernant d’autres acteurs ou d’autres sujets. Ce sont tous les deux des comédiens très doués, mais aussi des personnes profondément humaines. Et notre relation dépasse maintenant la collaboration professionnelle.

Le chef-opérateur espagnol, José Luis Alcaine
Je crois qu’il est l’un des plus grands chefs-opérateurs au monde. Il a 78 ans maintenant et l’énergie d’un jeune homme de 30 ans. Je redoutais que son style ne soit pas proche de celui des films que j’ai tournés jusque-là, ce style réaliste que je cherche toujours à traduire en images. Nous avons beaucoup discuté avant le tournage. Il avait déjà vu mes films et les connaissait bien. Notre collaboration s’est très bien passée. Il veillait à ce que tout soit au service du réalisme que je cherchais à transmettre. C’est un excellent chef-opérateur qui connaît très bien la peinture et les questions de lumière. Il veut toujours tenter de nouvelles idées, éviter les clichés, et ce avec cette audace que l’on associe souvent à la jeunesse.

La sympathie
Ce que je cherche toujours lors de l’écriture et de la réalisation d’un film, et qui domine dans mon esprit, se résume en un mot : la sympathie. Je ne compte pas transmettre nécessairement un message au travers de mes films. Si des spectateurs de n’importe quels lieux du monde, de n’importe quelles cultures et langues, aux caractères très divers, parviennent à éprouver de la sympathie pour mes personnages sans pour autant les connaître, s’ils peuvent s’imaginer à la place de l’un d’entre eux, j’aurai atteint mon objectif. C’est ce que je mets toujours le plus en avant à chaque film, ce dont j’ai besoin moi-même et dont le monde d’aujourd’hui a besoin : cette sympathie envers les hommes par-delà les frontières et les cultures…