Très remonté après l’énorme claque reçue jeudi dernier face au club norvégien de Bodø/Glimt (6-1), José Mourinho a publiquement attaqué une partie de son effectif, estimant que l’écart était trop grand entre titulaires et remplaçants. Un message risqué pour l’entraîneur de l’AS Rome, qui a tenté de piquer dans l’orgueil certains de ses joueurs. Au risque de les perdre ?
Tout avait pourtant idéalement commencé avec une série de six victoires toutes compétitions confondues lors des six premiers matches de la saison. Mais le premier accroc est arrivé un dimanche de la mi-septembre avec une défaite sur la pelouse de l’Hellas Vérone (3-2). Avant un autre plus gros sept jours plus tard : un revers dans le derby face à la Lazio (3-2). Toujours habile face aux médias, véritable expert en matière de communication, le Special One est alors resté plutôt calme, appelant toutes ses troupes à l’unité.
Problème, la situation ne s’est guère améliorée depuis, avec un nouveau coup d’arrêt contre la Juve (1-0) le 17 octobre dernier. «Il y a banc et banc en Serie A, se plaignait-il dans la foulée en conférence de presse. Aujourd’hui, Karsdop a été incertain jusqu’à la dernière minute. Et sur le banc, on avait des joueurs comme Reynolds, Kumbulla et Calafiori…» S’en est suivi un blanc d’une vingtaine de secondes, avec plusieurs hochements de tête et moues explicites. Comme pour faire comprendre aux journalistes présents ses nombreux doutes sur le niveau de certains joueurs. Mais sans le dire. Ou du moins pas encore. Opposée au club norvégien de Bodø/Glimt en Ligue Europa Conférence, la Roma est repartie avec un cinglant 6-1. Une humiliation historique, tant pour le club que son entraîneur, qui n’avait jamais encaissé six buts dans sa carrière de plus de mille matches. «Cette défaite, c’est ma faute», a-t-il assumé dans un premier temps lors de l’après-match. Avant de rejeter la faute sur une partie de son effectif, qu’il a toujours jugé trop limité. Mais cette fois, tout a été étalé sur la place publique.
J’AI UN GROUPE DE 13-14 JOUEURS, ET UN AUTRE PLUS LIMITÉ
« Je voulais donner du temps de jeu à des joueurs qui travaillent dur mais en ont moins. L’écart est trop grand (entre les titulaires et remplaçants), a-t-il lâché. Je connaissais les limites de mes joueurs, rien de nouveau. Je m’attendais à un autre match. J’ai un groupe de 13-14 joueurs, et un autre plus limité. Maintenant, au moins, vous ne me demanderez plus pourquoi ce sont toujours les mêmes qui jouent. » Boum. Mais ce n’est pas tout. Selon le Corriere dello Sport, l’ancien technicien de Chelsea se serait également emporté dans le vestiaire. « Certains d’entre vous ne joueraient même pas en Serie B ou en Norvège », aurait-il lancé à ses joueurs à la mi-temps. Les actes ont suivi les paroles : Diawara, Villar, Kumbulla, Reynolds et Mayoral, tous titulaires en Norvège, ont assisté au choc face au Napoli (0-0), dimanche dernier, en tribunes.
« C’est difficile de pardonner, s’était justifié Mourinho en conférence de presse. C’est un message pour tout le vestiaire. Le football est cruel. Cette défaite restera dans mon histoire. Mais je compte toujours sur eux et j’espère les récupérer rapidement. Tout dépend d’eux. Moi, j’ai quand même un groupe de 13-14 joueurs. » En Italie, on se demande quand même si le Special One a employé la bonne stratégie envers son groupe. Son vestiaire peut-il vraiment rester uni après de telles sorties ? Comment certains joueurs vont-ils réagir après ces attaques publiques ? Les questions sont légitimes. Même le timing a de quoi interroger. Puisque la saison est encore (très) longue, était-ce vraiment utile de prendre le risque de perdre une partie de son équipe en cours de route ? Même si la plupart de ses histoires se sont souvent terminées par une rupture difficile, Mourinho attend généralement un peu plus avant de s’en prendre à ses joueurs.

UNE STATÉGIE QUI DIVISE
« En tant qu’ancien joueur, je peux vous dire que je n’aurais pas accepté de tels propos, a réagi Paolo Di Canio, ex-attaquant italien et désormais consultant sur Sky Italia, dimanche lors de l’émission «Sky Club». Comment tu peux te donner à plus de 100% à l’entraînement quand ton propre coach a décidé de t’humilier publiquement ? Moi, je lui aurais dit : ‘Mais tu es qui exactement pour dire ça ?’. Je l’aurais envoyé chier. » Présent lui aussi sur le plateau, Giuseppe Bergomi, légende de l’Inter Milan, a alors interrogé son collègue : « Mais tu aurais réagi comment sur le terrain ? ». Comme pour sous-entendre que Mourinho a utilisé cette stratégie, certes risquée, pour piquer certains joueurs dans leur orgueil et les pousser à donner encore plus. En substance : « Prouvez moi que j’ai tort et faites-moi taire ». « C’est compréhensible de vouloir secouer certains joueurs qui jouent moins, mais le linge sale ne se lave jamais en public mais dans le vestiaire, a estimé de son côté l’ancien milieu de terrain Alessio Tacchinardi. Faire une telle sortie, ce n’est jamais beau. De la partie de la raison, il est passé à celle du tort. Mourinho a été trop virulent. Dans une saison, tu n’utilises pas onze joueurs, mais tu as aussi besoin de tes remplaçants. » À travers ses propos, l’entraîneur portugais a également voulu faire passer un message à ses dirigeants. Pour viser haut, il faudra une profondeur de banc plus importante. Et ce dès janvier prochain. Dans une situation économique délicate, la Roma, rachetée par la famille Friedkin en août 2020, va devoir toutefois vendre avant d’acheter. Selon La Gazzetta dello Sport, les cinq «bannis» de Roma-Napoli seront notamment invités à faire leurs valises. Seul Kumbulla fera d’aiilleurs son retour mercredi pour le déplacement à Cagliari. Les autres ? En tribunes, encore. « Mais si vous voulez connaître le onze que je vais aligner, je peux déjà vous le dire. Ce sera le même qu’aujourd’hui » avait-il annoncé après la rencontre face au Napoli, dimanche. Au grand bonheur de ses remplaçants… n